sylvain thévoz

24/12/2013

Pourquoi encore fêter Noël ?

Pourquoi encore fêter Noël... aujourd'hui? On pourrait après tout le fêter demain ou après-demain. Le 24 décembre n'est rien d'autre qu'une date arbitraire. Jésus n'est certainement pas né un 24 décembre et certainement pas il y a 2013 ans. Et puis, enfin, pourquoi le fêter tout court? Jésus n'est peut-être pas né du tout, et si c'était le cas, faut-il vraiment s'en réjouir? Le Christianisme semble en Europe un monument en décrépitude; le temps de la foi et de la religion semblent appartenir au passé. L'engouement pour la fête sonne creux, à moins que nous ne fêtions désormais un Noël dé-christianisé, ce qui est possible aussi, mais alors: nettoyons les vieux chants et inventons de nouveaux rites. Il y a encore trop de christianisme dans notre fête commerciale. Et puis, si le Christianisme rime si peu avec fête, avec quoi résonne-t-il? -Avec accueil et recueillement peut-être-. Mais qu'accueille-t-on au juste et en quoi se recueille-t-on alors?

Fêter Noël, pour quoi faire?

Pour célébrer une ancienne fête religieuse dont on ne sait plus trop ce qu'elle veut dire; révérer un fétiche à la messe de minuit; la récupération chrétienne arbitraire d'un passage au solstice d'hiver; s'adonner à l'orgie commerciale? Pour célébrer la famille, les amis, se couvrir de cadeaux ? - Tant de gens sont seuls pourtant, et tant ne se font plus de cadeaux- Noël: une guerre froide? La célébration des solitudes plutôt que des solidarités, des isolations forcées tout autant que les retrouvailles? Je ne fête pas Noël, mais je m'approche comme une bête, un animal, en rampant d'une baraque en torchis ou un couple fugitif a mis bas un enfant destiné à la mort. Et c'est peut-être cela que j'accueille: un témoignage inédit sur la bête humaine.

Je ne fête pas Noël

Je ne fête pas la trêve, l'ennui, le morne moment symbolique à passer, mais je m'arrête devant le mystère qui demeure cloué en moi et continue de m'agiter : comment se fait-il qu'ils disent qu'au début était la parole, et qu'ils y croient; que tout soit parti de là, d'une parole, et d'une foi, et puisse être incarné, sans la chaire mais dans la chaire, puisque Joseph l'a toujours affirmé: je ne l'ai pas touchée ; et sa femme l'a répété: il n'aurait pas osé me tripoter; comment se fait-il alors qu'au début il y ait quelque chose plutôt que rien et que ce quelque chose soit avant tout nommé ? Que de cela il soit fait mémoire et mémoire, encore, alors que l'on a, semble-t-il, tout oublié?

Je fête l'éveil

Et si Noël me semble toujours attaché à "antan", comme la boue colle aux souliers crottés, j'essaie de m'en défaire. Et si Noël semble toujours placé dans le temps, lointain, dans le domaine des : il était une fois et des contes de fées, des Noëls de l'enfance, la naissance du petit Jésus (Yeshoua le va-nu-pied) n'est pas relégable au rang de mythe Disney, il y entre la poudre de la révolution. Il y a cette phrase bouleversante de l'évangile de Jean que des générations de moines ont écrit en tremblant: Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Après cela, tu peux bien ouvrir tes huîtres et réajuster le sapin. Denner ferme à 19h, il est encore temps d'aller acheter une bonne bouteille de blanc. Noël est un récit de l'origine qui raconte quelque chose d'intemporel qui te place à la fois devant ta vie, devant ta mort, le dépassement des deux, et te plante aujourd'hui devant une étable vide et nettoyée.      

Noël a-venir

Noël parfois me semble aussi éloigné dans le temps, que la planète Mars l'est dans l'espace, à tel point qu'il semble ne plus signifier grand chose ici et maintenant. Et pourtant, en même temps, il y a cette parole simple de l'évangile de Jean : Celui qui vient après moi m'a précédé, car il était avant moi. Et avec cela, la temporalité prend un monumental coup dans la mâchoire, l'espérance est relancée. Noël est a-venir, pas à célébrer comme une messe mortuaire. Noël n'est pas encore arrivé. Noël est cela qui vient, les naissances à venir, annonce une résurrection à Pâques, comme la tienne quand tu seras tombé et que la mort sera enfin derrière toi.  

Je ne fête pas Noël, je le mâchonne.

Je ne fête pas Noël, je le rumine.

Je ne fête pas Noël, je m'y enfonce malgré tout, avec des bougies, des spectres, des co-naissances et quelques bêtes amies. Et je me dis qu'au final, c'est-à-dire au tout début, à l'origine, c'est peut-être Noël, la naissance d'un petit bonhomme, qui fête l'Homme, et que je n'ai que cela à recueillir: l'accueil de celui qui est venu pour rapprocher Dieu des Hommes et que ceux-ci ont rejeté de la même manière que la lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres n'ont point reçue. Combat de tous les jours, quête quotidienne pour en être, sur la frontière, sur la limite.  

Je te souhaite, ami voisin humain, frère, soeur, prochain, dans la lumière comme dans la nuit, un Noël intense.

Et s'il est aussi joyeux, alors tant mieux, je m'en réjouis.

 

12:07 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noël, jésus, yeshoua va-nu-pied | |  Facebook |  Imprimer | | |

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