sylvain thévoz

13/12/2013

Titeuf et Dany le rouge montent aux barricades

Que partagent en commun Daniel Cohn-Bendit, Dany le rouge, député européen, Zep, dessinateur, Yves Patrick Delachaux, écrivain, ancien policier et expert de police ? Le fait de signer, avec 13 autres personnalités de premier plan, un appel du 14 décembre pour que les conseillers municipaux de droite rassemblés dans une alliance trouble MCG-UDC-PLR-PDC ne coupent pas l'essentiel de ce qui forme le coeur et les valeurs de la Ville de Genève : la prévention sociale. Cette prévention sociale fait faire des économies à la Ville de Genève, il ne faut pas la supprimer. 

Face à l'attirail de tronçonneuses, tenailles, haches, tronçonneuses adoucies, petits canifs dont la droite se plaît à faire étalage ces derniers jours, détaillant avec jubilation les différentes coupes qu'elle pourrait opérer ce samedi lors du vote du budget (49 emplois cisaillés, 32 placés en respiration artificielle, 17 découpés, amputation de deux services), ce petit jeu du docteur risque de tourner à l'opération à vif sans anesthésie, au risque d'une hémorragie de la cohésion sociale.

Si l'escalade célèbre la défense et résistance historique des genevois contre l'envahisseur, il est stimulant de relever le prolongement que marque cet appel du 14 décembre. Des genevois-e-s et étranger-e-s s'unissent contre une menace qui est désormais intérieure: celle de voire l'action sociale et les liens de solidarités passés au crible des pertes et profits et sommés, en plus d'être rentables, d'être super-rentables pour rembourser des dettes anticipées ou plutôt: faire des bénéfices. La menace n'est désormais plus symbolisée par des échelles sur une muraille mais par des lignes barrées colonnes après colonnes sur un budget. Au final: un déficit abyssal de sens et des charges supplémentaires pour les services sécuritaires qui sont déjà entravés dans leurs missions fondamentales pour faire du travail de médiation sociale et de liens, ce qui est contre-productif et coûteux.  

La volonté de gérer la Ville comme une entreprise cotée en bourse montre que la droite réunie sous la grande bannière de la faux joue avec ses engagements vis-à-vis de la Ville et ses citoyen-ne-s, mais aussi ses valeurs profondes. Si une entreprise privée doit des comptes à ses actionnaires, il est surprenant que des conseillers municipaux prennent leurs ordres dans des états-majors cantonaux contre les intérêts de leur cité et de ses citoyen-ne-s.     

Dans l'appel du 14 décembre, Titeuf et Dany le rouge, parmi d'autres, montent aux barricades pour rappeler des fondamentaux. Une tradition humaniste, des valeurs d’équité, de solidarité et de diversité, conditions indispensables au développement d’une société durable. Cet appel est à prendre au sérieux. Ce ne sont pas que des mots, mais le reflet d'actes et des contours que prendra la Genève de demain, qu'on l'appelle Grand Genève, Genève internationale, agglomération, cette Genève qui se construit et construira à cheval sur plusieurs frontières devra faire bien attention à prendre avant tout soin de ses citoyen-ne-s, favoriser les liens sociaux et la cohésion sociale, dans toutes ses ramifications, complexités.  

Genève ne se construira ni à coup de baguettes magiques ni à coups de haches. Noël approche. Les démocrates chrétiens et le MCG, surprenante alliance, se sont unis à la cognée pour casser des branches. 

Ne laissons pas faire du petit bois de ce qui fait la richesse et la sève de notre ville: son capital humain. Car au final, ce ne sont pas que de chiffres que l'on parle. Et ce qui est brisé se reconstruit difficilement.        


Appel du 14 décembre 2013 pour une administration innovante en matière d’action sociale et de développement durable.

Le 14 décembre 2013, le conseil municipal de la Ville de Genève devra se prononcer sur l’opportunité du maintien du Service Agenda 21 et du secteur de l’action communautaire du Service social. Au nom des valeurs qui nous animent, nous publions cet appel pour rappeler les engagements de la Ville de Genève et affirmer notre conviction en faveur d’une action publique qui s’inscrit dans le long terme.

Fidèle à sa tradition humaniste, la Ville de Genève défend et promeut des valeurs d’équité, de solidarité et de diversité, conditions indispensables au développement d’une société durable.

La lutte contre les discriminations, la précarité sociale et financière, l’isolement ainsi que le soutien à la diversité et à la mixité sociale, économique et culturelle obligent la Ville à améliorer ses stratégies de prévention pour modifier en profondeur les comportements. C’est un effort indispensable pour inverser les tendances lourdes de la société que sont l’individualisme et l’isolement.

S’engager en faveur du développement durable ne se limite pas à une perspective environnementale mais comprend également les dimensions économiques, culturelles et sociales. L’humain devient alors une ressource, tant pour lui-même que pour les autres, raison pour laquelle la Ville soutient depuis plus de dix ans l’approche communautaire et incite à la participation citoyenne.

Ces enjeux complexes sont autant d’impératifs d’adaptation et de réactivité pour l’administration publique. Face à cette complexité, il ne peut plus y avoir de réponses uniformes. Les actions sectorielles ne suffisent plus, l’approche doit être systémique et les pouvoirs publics doivent considérer l’ensemble des dispositifs comme un tout. La modernité de l’action publique passe par là. Sa responsabilité n’est pas seulement de réparer ni de se limiter à ses fonctions vitales ; agir en amont (principe de précaution) réduit le coût à long terme des politiques sociales ou environnementales. C’est d’économie dont il s’agit : une administration plus efficiente dans le traitement de ces problématiques est une administration moins coûteuse. Agir en amont sur la prévention plutôt que sur la réparation pour limiter les dépenses publiques.

En adoptant un programme stratégique qui allie renforcement de la cohésion sociale, protection de l’environnement, soutien à une économie de proximité, la Ville de Genève affirme des valeurs qui font le socle de l’action publique.

Andrea Baranzini, professeur haute école de gestion de Genève ; Gabriel Bender, sociologue, professeur et chargé de recherche à la HEVS Santé-social, Valais ; Sandro Cattacin, professeur, département de sociologie de l’Université de Genève ; Daniel Cohn-Bendit, député européen ; Yves Patrick Delachaux, écrivain, ancien policier et expert de police; Yves Flückiger, professeur d’économie, Université de Genève ; Susana Jourdan, directrice de LaRevueDurable ; Nicolas Levrat, professeur de droit, Université de Genève ; Joëlle Libois, professeure en travail social ; Gérard Magnin, fondateur du réseau européen energy-cities ; Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de LaRevueDurable ; Pierre Morath, historien du sport, réalisateur ; Jean Panet-Raymond, professeur émérite à l’école de service social de l’Université de Montréal, écrivain ; José V. Ramirez, professeur d’économie à la haute école de gestion de Genève ; Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement ; ZEP, dessinateur.

appel14decembre@gmail.com

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