sylvain thévoz

30/11/2013

Plus qu'un droit à l'anniversaire

israel,palestine,bds














Le 29 novembre est la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Elle est célébrée depuis 1977 sur demande de l’assemblée générale de l’ONU.  Pourquoi cette date? parce que le 29 novembre 1947, l’assemblée générale de l’ONU, par la résolution 181, marquait le partage de la Palestine en évoquant les droits inaliénables du peuple palestinien à l’autodétermination et à créer un Etat indépendant. Depuis 1947, ce droit demeure virtuel. Ni les déclarations et résolutions accumulées depuis,  ni la condamnation du mur par la Cour internationale de justice en 2004, ont changé quelque chose à l’affaire. La voie politique semble sans issue. Et si la solution était économique ?

Sanctions

Nouveauté, à partir du 1e janvier 2014, toute entité israélienne – entreprise université  association, située au-delà des frontières de 1967 ne pourra plus recevoir de financements européens. Le gouvernement israélien a immédiatement pris le contre-pied de cette directive européenne en s'engageant à les indemniser. Cette indemnisation sera proportionnelle et payée sur le budget du ministère de l’Économie. Les choses bougent. Et si la position européenne était un vrai pas vers le changement ?  

 

israel,palestine,bdsNouvelle génération

Une nouvelle génération entre dans l’adolescence en Palestine. La génération post-mur (2004). Une génération qui n’a rien à voir avec les générations précédentes et qui a tourné le dos à la violence. Cinq jeunes hommes assis en cercle, un seul à la tête levée. Est-ce parce qu’il est le seul à se révolter ? Non. Les quatre autres sont sur Facebook. Qu’est-ce que Facebook ? Pour le paysan palestinien, c’est un tournevis pour déboulonner les présidents! Pour les autres : une soif d’apprendre, d’échanger, d’étudier, une fenêtre sur d'autres mondes pour gagner la bataille des idées. Ceux qui ont écrit sur le facteur Facebook dans les pays arabes comme détonateur de révolution peuvent aller se rhabiller. Les gouvernements ne tombent pas d’un coup de clic sur Facebook. Sinon, en ce 29 novembre, la Palestine existerait déjà, avec les plus de 10 millions de like de son peuple. Quel sera le rôle des nouvelles technologies dans la lutte pour l’émancipation ? Aujourd’hui, 94% des palestiniens ont un téléphone portable. Mais ils n’ont pas accès à la 3G. Israël bloque les fréquences. Que fera cette nouvelle génération ? Quels seront ses nouveaux moyens de combat face à la colonisation ? 

israel,palestine,bdsOrganisation

Le Fatah du président Mahmoud Abbas est contesté par la base : combien de colonies avez-vous réussi à faire démanteler, combien de checkpoints à lever lui demandent les palestiniens, fatigués de se voir entraver dans leurs déplacements et de vivre une existence d’emmurés. Les gens veulent la fin de l’occupation, c’est tout. Ils désirent une solution globale, et ne la voient pas venir. Donnez-nous une terre, un espace pour vivre et un terrain. Donnez-nous une vie qui ressemble à toute vie, riche de possibles. Quels fruits les compromis successifs entamés par l’autorité palestinienne ont-ils donné ? L’autorité palestinienne s’est efforcée d’être un bon élève suivant les réquisitions d’Israël et des pays occidentaux. Résultat ? De nouvelles colonies, un mur qui s’enfonce profondément en territoire Palestinien, plus de 4000 prisonniers dans les prisons israéliennes et des jeunes arrêtés arbitrairement tous les soirs parce qu'ils écrivent "j'aime palestine" sur leurs murs facebook. Jeunesse cloîtrée en révolte sourde et privée d'anniversaire.

israel,palestine,bdsFragmentations

L’accession au pouvoir démocratique du Hamas dans la bande de Gaza (2006) a changé la donne, et servi les intérêts d’Israël orchestrant une mise au ban internationale du mouvement. La Palestine est de facto aujourd’hui séparée en deux entités. La bande de Gaza et la Cisjordanie. La Cisjordanie étant elle-même désormais constituée de trois « cantons » par les colonies sauvages israéliennes et les découpages géopolitique qui rendent la construction d’un état Palestinien comparable à un chemin de croix. Est-ce que cette fragmentation extrême laisse encore espérer un Etat Palestinien pour la nouvelle génération ? Certains pensent que non, qu’il y aura à terme un seul Etat. Comment Israël, pensé par le sionisme comme Etat juïf sinon rien, qui étend ses frontières vers l’est au mépris du droit international,  pourra-t-il devenir un état multiculturel et démocratique incluant les palestiniens sans imploser ? Quelles révolutions intérieures Israël est-il prêt à faire pour sortir des logiques ultra-sécuritaires ? Les palestiniens vivront-ils en Cisjordanie comme à Gaza toujours plus dans des prisons à ciel ouvert, toujours plus petites, surveillées, toujours plus étroites? Viable ? Les tenants de la solution à deux états rappellent eux qu’Israël avait des colonies à Gaza jusqu’en 2007. Puis, il les a démantelées. Les marches arrière existent donc. Est-t-il possible d’en faire de même en Cisjordanie, ou les colonies sont des villes, dotées d’université, de routes, toute une infrastructure, où il y en a plus de 170, et des centaines de milliers de colons. Mais pourquoi Israël renoncerait-il au droit du plus fort pour le droit tout court. Qu'est-ce qui pourrait le faire changer? 

 

israel,palestine,bdsColonisation

Condoleeza Rice a fait plus de 18 visites en Israël ces dernières années, chaque fois pour dire sorry ou mimer l’effroi lorsqu’on lui apprenait que de nouvelles colonies avaient vu le jour. Le mur s’allonge chaque jour. Il n’y a plus d’eau. La situation est catastrophique. La jeune génération est bloquée. Quoi qu’il arrive, il faudra faire de douloureuses négociations. Les Palestiniens en ce jour de « fête » les ont déjà faites, se sont efforcés à l’inacceptable : ne pas avoir d’état, ne pas avoir Jérusalem comme capitale, voir son territoire couvert de colonies, de checkpoints, d’une présence militaire violente et intrusive, d’être soumis à une présence militaire dans la plaine du Jourdain, de voir les colons cultiver leurs terres, confisquer l’eau, et exporter leurs produits en Europe et aux Etats-Unis, accepter que les frontières de 1967 s’éloignent et qu’Israël prenne maintenant les frontières du mur comme base de négociation, etc., etc, Les conflits en Syrie, l'instabilité en Egypte limite les approvisionnements dans les camps palestiniens, la nourriture est moindre, la situation se tend.

 

israel,palestine,bdsSolution 

Et si une partie de la solution venait de l’extérieur, et notamment de l'Europe ? Les importation israéliennes sont évaluée à plus de 230 millions dans la zone euro, les échanges militaires sont multiples. Ueli Maurer envisage même l’achat de drones israéliens pour l’armée suisse en 2014 ! Simultanément, la situation des palestiniens dans les camps coûte plus de 300 millions par an à l’Union européenne qui paie de facto rubis sur l'ongle la colonisation. Une campagne de boycott, de sanctions, et le désinvestissement d’Israël est une des voies de solution. Elle a fonctionné en Afrique du Sud! L’Europe commence à réaliser qu'elle ne peut entretenir et financer une situation d'occupation et de violations du droit international sur les bords de la méditerranée, continuer à manger le bonnes dattes de la vallée du Jourdain cultivées par des colons, si elle veut jouer un véritable rôle géopolitique.Les européens, les Suisses, ont leur porte-monnaie et leur vote pour agir afin que les enfants palestiniens aient eux aussi le droit de fêter leur anniversaire le 29 novembre prochain, et surtout... de l'exercer!  

 

 


 

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28/11/2013

Ni de droite ni de gauche, hors-la-loi

La confidence d'un conseiller municipal après la manifestation contre les coupes en Ville de Genève du lundi 25 novembre m'a surpris. Alors que plus de 500 manifestants issus de la fonction publique du tissus associatif, syndical, politique, s'étaient massés devant l'hôtel de Ville pour dénoncer les coupes, ce conseiller municipal regrettait sur son siège de ne pas s'être fait huer. Il aurait voulu, oui, que son nom soit crié, qu'il soit pointé du doigt, dénoncé. "Ils m'ont à peine vu passer", regrettait-il. Le pauvre. Toutes ces coupes, toute cette agitation, et même pas une tomate pour lui, pas une pancarte à son effigie. Qu'un bonhomme de paille le représentant soit brûlé, cela aurait été le paradis pour lui. Mais non, rien. Les citoyen-ne-s, ne se préoccupaient pas de l'incendiaire, ils luttaient contre l'incendie pour dire sur leurs affiches ce qui fait leurs engagements: des liens sociaux préservés, des assemblées d'aînés organisées, la vitalité des espaces de quartier, des engagements et des projets pour lutter contre la solitude, contre l'isolement et pour un tissus social irrigué.

Faites-moi de la pub (sur votre dos)

Lui, il maugréait: pourquoi ne m'ont-ils pas crié dessus, ne m'ont-ils pas pris à parti? Et si, plutôt qu'un rapport de force, c'était un rapport affectif qu'une partie de la droite extrême cherchait? Et si plutôt que de coupes dans la fonction publique, c'était une manière d'être entendu mais surtout cajolé par le pouvoir exécutif qu'ils voulaient? Exister aux yeux de l'autre. A entendre certains parler de Sandrine Salerno, on a le sentiment qu'ils s'adressent à une mère plutôt qu'à une conseillère administrative et que les finances publiques plutôt que d'être l'enjeu de tractations politiques découlent de transferts psychologiques ou affectifs, d'une profonde frustration de cette droite extrême. "Le conseil administratif ne nous écoute pas, nous avons dû aller à l'épreuve de force pour nous faire entendre"; nous avons dû passer par les médias et prendre en otage une partie de la population pour cela. Malgré nous. Ah. Celui qui crée le coup de force est-il donc si faible?

Ma question : quelle écoute auront-ils pour la rue: pour les étudiant-e-s, les aînés-e-s, les mères et pères de famille et professionnels qui disent : vos coupes, on n'en veut pas, elles sont brutales et arbitraires. Il y a d'autres manière de se faire entendre.  

Ni de droite ni de gauche hors-la-loi

Un élu municipal vote à double pour son voisin. Ce faisant, il méprise et foule aux pieds le suffrage universel, fondement de notre démocratie : un Homme, une voix. Lui dispose d'un statut particulier. Pour lui c'est : un Homme, deux voix. Ses prises de position? Au printemps, les homosexuels sont des pédophiles, à l'automne les suisses récemment naturalisés doivent rendre leur passeport, en hiver l'antisémitisme le plus crasse est de mode : "L'essentiel, c'est qu'Israël soit sur la voie de la carbonisation" écrit-il, pas peu fier de lui. Quand des membres d'associations lui écrivent pour lui demander de ne pas couper dans le budget du social, il répond que le Conseil Administratif pourrait supprimer leurs subventions. Comment alors croire son parti "populiste" quand c'est bien du peuple suisse composé, dans sa grande diversité, de juifs (si si), d'homosexuels (ça existe), de femmes (eh oui), de naturalisés (voilà), de fonctionnaires (malgré tout), de citoyen-ne-s (ah, si on pouvait s'en passer), bref: du peuple, qu'il prétend représenter mais qu'il méprise en lui déniant ses droits de base, et abusant des siens. Un Homme, une voix, c'est le principe que le peuple respecte et que cet élu foule au pieds, en étant pleinement soutenu et protégé par son parti qui le cautionne et l'encourage. Son chef de parti joue au théâtre guignolesque. Une fois il dit lui avoir téléphoné, une autre fois il fait comme s'il l'engueulait, une autre fois encore il se dit profondément peiné. C'est vrai, ce parti en le couvrant n'est ni de droite ni de gauche, mais hors la loi et pratique une forme de loi clanique contre celle de la communauté.  

Faites-moi un procès

A chaque saison sa provocation, à chaque mois sa transgression. Flirtant avec le pénal, cherchant dans la provocation et l'intimidation, les insultes, à embarquer ses adversaires politiques dans son jeu, au nom bien sûr de la liberté d'expression, cet élu joue avec les limites de la loi pénale pour transgresser les lois éthiques, démocratiques. Les transgressions se rapprochent, comme si la surenchère devait être permanente. Faites-moi un procès, que j'existe, que je brille, faites-moi un procès que je puisse avoir encore ma bouille dans le Matin et aller aux émissions télé. Faites-moi un procès que nous ayons encore, mes amis et moi, un peu plus d'audience. De la pub please, faites-le moi ce plaisir. Nous ne lui ferons pas ce plaisir. Et nous ne cautionnerons rien. Nous ne cèderons pas sur les principes de la démocratie, qui ne se négocient pas à la louche, ni ne se comptent en "goutte d'eau".

Cette manière de faire de la "politique" est-elle le nouveau visage du populisme? Ce "populisme" là, nous devons l'appeler par son vrai nom: l'extrême droite, et elle progresse pour l'instant, c'est vrai. Nous continuerons de travailler de toutes nos forces et intelligence pour qu'elle soit contenue. Par qui? Par le peuple, à qui reviendra toujours le dernier mot, dans les urnes, ou dans la rue.

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27/11/2013

« Roms » précaires : l'angle du droit

photo(9).jpgC'est une brochure compacte que publie l'Université de Genève sur le droit des personnes "roms" en situation précaire à Genève. Rédigée sous forme de 38 questions et d'avis de droit en français et roumain, avec l'appui de pictogrammes pour les personnes analphabètes, elle place sous l'angle du droit et du respect de la légalité des questions trop souvent passionnelles ou/ et politisées. Aboutissement d'une année de travail d'étudiant-e-s en droit sur le terrain supervisés par Olivia Le Fort et Djemila Carron, dans le cadre d'une Law Clinic sur les droits des personnes vulnérables, cet ouvrage se glisse facilement dans la poche. Iulia Hasdeu, anthropologue, a apporté son aide à la traduction et à la mise en forme. Exercice de vulgarisation réussi! La sobriété de la rédaction fait toute l'efficacité de cette démarche. Placée en annexe, une carte de Genève indique les lieux d'accueil et d'hébergement d'urgence ainsi que des associations de référence. Elle permet aux "roms précaires" de s'orienter, de mieux exercer leur droit garantis dans la nouvelle constitution (conditions minimales d'existence) et d'en connaître les limites.    

photo(2).JPGDroits de base, base du droit

Cette brochure distingue entre les "roms" et les "roms" précaires. En effet, beaucoup de personnes "roms" en Suisse sont bien intégrées, exercent un travail, poursuivent des cursus scolaires avec succès. Ces dernières sont malheureusement trop peu médiatisées, ce qui contribue à donner une image détériorée ou charitable des "roms", en poussant aux amalgames ou à l'ignorance. Cette brochure s'adresse spécifiquement aux "roms" précaires, aux personnes de nationalité roumaine qui migrent à Genève pour des raisons économiques. Pourquoi le terme "rom" est-il volontairement placé entre guillemets. Parce que les caractéristiques attribuées aux personnes "rom" pour en faire un groupe ne résistent pas à une analyse sociologique, comme le rappellent Jean-Pierre Tabin et René Knüsel, dans leur rapport sur la mendicité "rom" avec ou sans enfant(s), cité en introduction de cette brochure.

 

photo(1).JPGDes questions, des réponses

Qu'est-ce que le domaine public et comment peut-il être utilisé? Ai-je le droit de passer mon temps dans les lieux publics? Le droit de dormir sur le domaine public est-il assuré? Est-il autorisé de laver les vitres de véhicules sur le domaine public? etc., Ces questions, extrêmement pratiques, si elles touchent les "roms" peuvent évidemment concerner toute personne placée dans une situation d'extrême précarité devant survivre à la rue. Elles interpelleront aussi tout professionnel en contact avec la population "roms": gendarmes, policiers, ouvriers de la Voirie, travailleurs sociaux, etc., elle permettra à chacun-e- de comparer ses pratiques avec le respect du droit. Peut-être aura-t-elle aussi un effet indirect, celui de rappeler que si la Ville de Genève est la seule commune qui ouvre des lieux d'accueils gratuits (uniquement pour la période hivernale, soit du 15 novembre au 31 mars, ces places étant limitées à 200 et limitées à 20 jours), elle pourrait être imitée par d'autre communes, ce qui permettrait de respecter l'article. 38 de la Constitution genevoise (Droit au logement) qui rappelle que le droit au logement est garanti. Toute personne dans le besoin a droit d’être logée de manière appropriée. Réaliser ce droit permettrait certainement de faire des économies en terme de police et de force de voirie contraint d'une manière disproportionnée à faire la chasse aux pauvres.   

 

photo(7).jpgUne brochure pour faire du lien

La brochure "les droits des personnes "roms" en situation précaire à Genève" sera présentée lors de deux séances d'informations aux personnes "roms" et aux personnes qui travaillent avec elles, ainsi qu'à tout public intéressé, durant le mois de décembre.

Le 2 décembre à 18h30 à l'Espace solidaire Pâquis (49 rue de Berne).

 Le 17 décembre à 18h30 à Uni Mail (salle S160).

  

Cette brochure peut-être obtenue gratuitement à la faculté de droit de l'université de Genève ou être téléchargée sur le site de celle-ci à l'adresse suivante:

http://www.unige.ch/droit/actus/2013/personnes-vulnerable...

 

 

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20/11/2013

Eaux-vives: ni jeux ni plage?

625650_557675444253089_425232650_n.jpgIl n'y aura pas de plage aux eaux-vives avant 2020, dans le meilleur des cas. Et les habitant-e-s ne pourront bientôt même plus se contenter de l'existant. En effet, l'installation de jeux située à Baby Plage doit être démantelé rapidement. Un carton laconique aux tonalités de pierre tombale l'indique: "Dans l'impossibilité de rendre nos installations conformes aux normes européennes, nous nous voyons contraints de les démonter. Nous vous prions de ne plus les utiliser. Un grand MERCI aux membres de l'association, et aux donateurs pour leur soutien. Le comité de l'Association Cheetah-Baby Plage. 19 novembre 2013." C'est le début de la fin pour les jeux de Baby-Plage. On démantèle en discrétion en novembre ce qui manquera en juin.

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Une installation suspendue

Comment en est-on arrivé là? Les chambres à air installées ingénieusement par Jean-Georges Ernst en 2011 et l'association Cheetah baby plage ne répondent pas aux normes européennes. Elles doivent donc être supprimées. Pour mémoire, Manuel Tornare, conseiller administratif socialiste, s'était vigoureusement opposé aux services juridiques et avait défendu le maintien de cette installation. Il a permis ainsi à des milliers d'enfants de continuer à jouer sur cette installation autrement plus ludique, créative et ingénieuse que des toboggans et bascule en plastoc made in china bien conformes aux normes européennes. Il y a  donc déjà un grand nombre d'années que les chambres à air entremêlées de Baby Plage ne répondent plus aux normes européennes. Qu'est-ce qui a subitement changé? Ce qui a changé, c'est que Manuel Tornare avait pris sur lui et assumé un risque politique pour offrir un statut d'équipement singulier à Baby Plage. Le maire, résidant des eaux-vives, parti au conseil national, ce sont aujourd'hui les inspecteurs cantonaux de la police du feu qui décident de l'application des normes et qui font la loi. Ce qui a changé? Le courage politique d'assumer les risques.

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Pourtant... ça marche!

Pourtant, l'installation est durable, résistante. Pourtant, plus de 900 personnes ont signé en quelques jours une pétition ce printemps pour maintenir l'installation. Pourtant, Jean-Georges Ernst, âgé de 81 ans, a trouvé un successeur, qui est prêt à assurer l'entretien de l'installation. Et puis, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les arbres ne souffrent pas de cette installation ludique. Un grand soin a été pris à intégrer harmonieusement les chambres à air d'une manière non nocive pour ceux-ci. Le Service des espaces verts de la Ville l'a relevé à plusieurs reprises. Le matériel donne toutes les garanties de sécurité. En 14 ans d'existence, aucun accident n'a été déploré. Pourtant ça marche donc. Pourtant, l'installation devra être démantelée. A moins que.... 

download4.jpgNi jeux ni plage?

Baby Plage: début de la fin, ou maintien de l'existant? Cela dépend désormais de la mobilisation rapide des habitant-e-s et du courage politique que sauront montrer les responsables exécutifs de la Ville et du Canton. Le temps est désormais très court avant que les genevois ne soient placés devant la norme du fait accompli et qu'il n'y ait plus ni plage ni jeux aux eaux-vives. 


Pour plus d'informations, on lira le bel article de Sylvie Meynier sur le site de Signé Genève rédigé en avril 2013 http://www.signegeneve.ch/geneve/centre/a-baby-plage-comme-dans-la-jungle.html

 

 

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18/11/2013

Hollande en Israël: diplomatie ou complaisance?

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Elles ne sont pas des jeunes filles. Elles ont respectivement 101 ans et 80 ans. Elles vivent dans le camp de réfugié d'Al-Arroub, 10'000 habitants pour 1km carré de surface, à 15 kilomètres de Bethléem. Depuis 1948 elles sont hébergées dans une maison en préfabriqué construite par l'ONU pour une durée qui devait être de... 7 jours, avant qu'elles puissent rentrer chez elle. Depuis 65 ans elles attendent de pouvoir exercer ce droit au retour dans leurs maisons quittées de force en 1948. Elles ont, comme la plupart des habitants ayant fui à cette époque, fermé soigneusement la porte en partant, gardé précieusement leur clé, et leurs registres établissant leur droit de propriété. Cette clé est devenue le symbole du droit au retour, garanti par la résolution 194 des nations unies en 1948 puis la résolution 3236 en 1974 qui affirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d’où ils ont été déplacés et déracinés". Ce droit n'a jamais été appliqué. Cette clé, symbole d'une solution du conflit, reste pour l'instant dans les boîtes en bois des déplacés, propriétaires de terres cultivables auxquelles ils n'ont plus accès. Le camp reçoit une aide alimentaire de la part des Nations Unies. 

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Tour de garde et barbelés

Au pied du camp, il y a une tour de garde, et une barrière qui peut être fermé de la même manière que l'on parque les bêtes à l'enclos, au bon vouloir des soldats. Les tours sont un des moyens de contrôler et d'épuiser les habitants des territoires occupés. Elles sont innombrables. De plus, on comptait en 2008, rien que sur les routes, 630 obstacles divers, 93 checkpoints et 537 obstacles matériels recensés. Ces obstacles sont en constante augmentation. Dans le camp d'Al-Arroub, qui ne diffère pas des autres en la matière, pratiquement tous les jeunes hommes ont été arrêté au moins une fois. Les détentions sont arbitraires et indéterminées. Elles se font de nuit. Les soldats entrent de force dans les maisons, cassent les portes, y jettent des gaz lacrymogènes, et, ou des grenades assourdissantes, c'est selon. Parfois, il n'y a personnes à arrêter, il faut juste que l'armée s'entraîne, pratique ses techniques d'arrestation. Il est bon de se faire la main dans des villages de réfugiés, imposer sa domination afin d'en forcer la reconnaissance. Partout, dans le camp, des graffitis rappellent la détention:"La prison ne nous fait pas peur". Des drapeaux sont mis au fenêtre quand un jeune revient de détention.  

Ballet diplomatique

Que Saeb Ereka, chef des négociateurs palestiniens ait donné sa démission le 14 novembre n'a ébranlé personne dans le camp. Depuis 100 jours que duraient les négociations 6'000 constructions de maison avaient été annoncées par Israël dans les territoires occupés, suivies de 20'000 en plus à la mi-novembre. 19 palestiniens ont été tués, plus de 129 maison détruites. Les violences commises par les colons contre les locaux ont augmenté de 49%. Le mur de séparation continue d'avancer et de couper des villages entiers de leurs champs et donc leurs moyens de subsistance. Jérusalem-Est est isolé de son arrière pays. Continuer de parler de "processus de paix", dans ces conditions équivaut à cautionner le processus planifié d'anéantissement culturel; jouer le jeu de négociation un jeu de dupe, qui sert unilatéralement les avantages d'Israël, progressant sur le terrain en violant en toute impunité les droits de l'homme dans les territoires occupés. Conflit en Syrie, tensions en Egypte, Liban bouillonnant, Irak explosif, Iran nucléaire, les sujets de crise se sont multipliés dans la région. Les israéliens auraient-ils les coudées franches pour continuer d'acculer les palestiniens. Qui mettra un frein au bulldozer israélien dans les territoire occupés? Hollande? Arrivé à Tel Aviv ce dimanche, cela semble peu probable. Son objectif affiché: une pincée de diplomatie, beaucoup de complaisance, un maximum de business, c'est annoncé. Les droits humains, dans ce contexte, qui les fera respecter?

Coquillages et crustacés

Mais c'est trop déprimant tout ça. Vas vite à Tel-Aviv t'amuser, c'est une ville branchée, les lumières y sont stroboscopiques. Tu verras de jolies choses dans la boutique. L'offre y est généreuse. Tu peux toucher du doigt les objets , te faire offrir le thé même et discuter les prix avec le patron. Vitrine dorée d'une boutique où, dans son arrière cour, on castagne joyeusement les gens. Et si tu demandes d'où viennent les cris que tu entends, on te dira au mieux que cela vient de la rue, au pire que ce sont quelques arabes à mater. On taira que ce sont les cris d'un peuple singulier, avec une culture unique, cherchant à survivre sur sa terre face à des colons russes et de Brooklyn fraîchement débarqués pour s'y imposer Non. Le patron montera un peu le son "raisons de sécurité" -rien de tel pour danser- et se détendre, c'est si chouette. Tel Aviv est à 3h d'avion de l'Europe, faut pas se prendre la tête. Ce n'est pas un shekel donné en plus ou en moins qui changera la donne. Mais va jeter je t'en prie, avant le duty-free, un oeil dans l'arrière boutique de la vitrine israélienne, tu m'en diras des nouvelles. Tu pourras ensuite bronzer au soleil avec la petite musique des vies cassés en tête, ou repenser comment le boycott, le désinvestissement, et les sanctions ont permis de faire évoluer la situation en Afrique du Sud dès les années 60.

Corps mort: risque sécuritaire?

Ce ne sont pas des jeunes filles, l'une s'est fait opérer du dos. Les médecins lui ont lui a mis une plaque, chinoise, de mauvaise qualité, il a fallu la changer. Elle ne peut plus bouger, c'est son amie qui s'occupe d'elle et quelques voisins. Le toit fuit, elle arrive en riant à faire en sorte qu'on vienne le lui réparer. Qu'est-ce qu'elle espère? Etre désormais enterré dans son village. Morte ou vive, d'exercer son droit au retour, retrouver sa terre et reposer auprès de ses aînés. 

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15/11/2013

L'important c'est de pouvoir participer

L'académie de football, et le stade d'Al-Bireh financés par la FIFA, la France et l'Allemagne, a été inauguré non terminé en grande pompe en avril 2011 par Joseph Blatter et Lilian Thuram. Il a fière allure. Malgré l'attaque de la colonie de Psagot située sur la colline en vis-à-vis qui a exigé sa démolition ainsi que l'académie de football, le stade est là. L'argument des colons était le suivant: la présence de milliers de palestiniens dans le stade pourrait constituer une menace pour la colonie, avec d'éventuels jets de pierres. Les lumières du stade empêcheraient aussi les hélicoptères d'intervenir en cas de trouble. L'argument fait amèrement sourire quand on voit que cette colonie est distante d'environ 1km, située sur une colline qui surplombe le stade, entourée de gardes et de barrières. La construction du stade a donc d'abord été stoppée par l'état d'Israël, qui a ensuite délivré un ordre de démolition. Pour l'instant, le futur du stade demeure incertain.

Il n'y a toujours pas de piste d'athlétisme en Palestine. Les athlètes s'entraînent dans la rue. Pas de stade, de lieu pour faire du saut à la perche, pas des haies, etc., le comité exécutif olympique palestinien n'a jamais pu se réunir. Ses membres n'ont jamais reçu les autorisations nécessaires pour le faire; résidant entre la bande de Gaza et la Cisjordanie. Ils se téléphonent... 

Nous voulons jouer

C'est ce que disent les responsables sportifs palestiniens et les joueurs. Nous voulons jouer, tout simplement. ll y a environ 300 clubs de sports en Palestine, 180 clubs de football, une administration, une ligue professionnelle. Tout cela s'est construit à partir de 1998 et la reconnaissance de la fédération palestinienne de football par la FIFA. En tant que membre de l'association, la fédération palestinienne devrait avoir les mêmes droits que tous les autres membres. Ce n'est malheureusement pas le cas.

Les joueurs de football, par exemple, ne disposent pas d'installation pour jouer à domicile. L'équipe nationale joue au Qatar, à Dubaï. L'équipe ne peut pas rentrer chez elle, pour des "questions de sécurité", décidées par israël. Mais lesquelles? Des joueurs de foot qui veulent jouer ensemble! Les entraves à la circulation sont nombreuses. Coachs retenus aux frontières, joueurs qui ne reçoivent pas leurs permis d'entrée. Le dernier entraîneur de l'équipe, un français, avait reçu un permis de 3 mois, puis 1 mois, puis de quelques semaines. Difficile de préparer son équipe dans ces conditions. Le coach actuel, un homme jovial et vif à la petite moustache, jordanien, est resté bloqué trois mois en Jordanie. Il a finalement reçu un court permis de résidence. Au terme de celui-ci, il devra ressortir du pays et redemander un visa, etc., les joueurs des équipes africaines et d'Amérique latine sont fréquemment retenus au douane. Le fait qu'elles viennent jouer en Palestine s'apparente pour Israël à une forme de reconnaissance internationale. Et c'est dangereux. Un match, parmi tant d'autres, Palestine-Mauritanie a dû être annulé en 2012. 8 joueurs palestiniens ont été retenus aux douanes avant d'être libéré .. le jour même du match. Fair-play? En janvier, lors du championnat des moins de 14 ans, l'armée israélienne a envahie le terrain et empêché le match d'avoir lieu. Les gamins voulaient juste jouer au foot. Fair-play? Lors du voyage en Iran de l'équipe nationale, cette dernière est retenue aux douanes. Au retour, même chose :"pourquoi êtes-vous allé à Téheran? - Pour jouer au football. Pourquoi jouez-vous au football? - ... - attente durant 8 heures. Personnellement, je n'aime pas Téhéran dit le coach, je suis un entraîneur, je veux juste pouvoir entraîner, et que mon équipe joue.

Dans les ligues inférieures tout est aussi ardu. Se déplacer de Jéricho à Tubas, de Hébron à Ramallah est un casse-tête. Impossible de savoir si le match pourra avoir lieu ou non. Les arbitres sont retenus, les gardiens, les entraîneurs. Ils n'arrivent pas à l'heure du match, bloqués aux checkpoints. Match annulé parce que : Où allez-vous? A Naplouse. Pour faire quoi? jouer un match de football. Pourquoi? Pour jouer au football. Pourquoi? .... - attendre 4 heures pour la vérification des documents-

Equipements

La FIFA a envoyé du matériel, des chaussettes, des T-shirts, des Cd et des flips-charts a la palestine, qui y a droit en tant que membre. L'envoi a été bloqué au port d'Ashdod par Israël et renvoyé à la FIFA pour "raisons de sécurité". Le Qatar a envoyé 82 boîtes de T-shirts. 58 ont été détruites. Le reste est arrivé détérioré. Fair-play? Platini était en Palestine en 2010. Il a promis des ballons et du matériel d'entraînement. Le container a été refusé par les douanes israéliennes durant 6 mois. Les Palestiniens ont payé 52'000 dollars pour recevoir leur cadeau d'une valeur de 6000 dollars par le patron de l'UEFA. Un cadeau, ça ne se refuse pas. 

Un marathon pour la paix

Ce jeudi, le marathon de Jérusalem a eu lieu. Pour des "raisons de sécurité" il a dû être limité à 9km. Il a traversé 2 camps de réfugiés, et longé le mur, un checkpoint. C'était le quatrième du nom. Tous les concurrents n'ont pu être au départ pour "raison de sécurité", ils ont été bloqués ici et là. L'arrivée a eu lieu dans le stade Faissal-Al-Husseini, où les coureurs ont effectué 5 tours pour rendre hommage aux 5 anneaux olympiques et à la devise du comité "l'important c'est de participer".

De pouvoir participer, oui.


Article 3 des statuts de la FIFA: Toute discrimination d'un pays, d'un individu, ou d'un groupe de personnes pour des raisons de couleur de peau, d'origine ethnique, géographique ou sociale, de sexe, de langue, de religion, de conception politique ou autres, de fortune, de naissance ou d'autre statut, d'orientation sexuelle ou pour toute autre raison est expressément interdite, sous peine de suspension ou d'exclusion.

 

 

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14/11/2013

Prier en athée

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Comment cuisiner une bonne colonie? D'abord avoir une bonne casserole bien étanche, ne rien laisser sortir ni entrer que l'on ait décidé. Avoir de bonnes valves bien serrées pour pouvoir réguler la pression et un contrôle sur le feu, laisser mijoter à feu doux. Quand la pression est trop forte, ouvrez un peu les vannes ou baissez le feu doucement. Voilà, comme ça, vous pouvez aussi rajouter un peu d'huile, arroser le tout de sauce grasse, ça rend le dessus du panier plus docile et le bouillon plus digeste. Servir chaud mais pas trop. Ne jamais laisser refroidir surtout. Vous devez maintenir la pression. Un conseil: si vous en avez les moyens, fractionnez, divisez le contenu et cuisinez-le dans quatre casseroles séparées. Il n'en sera que plus tendre à traiter. Montrez toujours bien qui est le chef et qui tient la spatule.

La colonie, une économie

Passer le checkpoint à pieds, dans les longs couloirs à bestiaux: 80mètres de tubes grillagés qui avalent tous les matins leur quota de travailleurs sous-payés et les recrache au soir après les avoir bien digérés fragmentés et malaxés dans ses entrailles durant la journée. L'économie du mur est bonne pour Israël. Les coûts de construction, ce sont les USA qui les paient. Les gains, c'est l'économie locale qui les prend. Le contrôle social est maximal. Les palestiniens qui veulent obtenir un permis de travail en Israël doivent avoir au moins 35 ans, être marié, avec des enfants, n'avoir pas eu, sur trois générations, un proche qui ait tiré une pierre ou eu maille à partir avec la puissance d'occupation; cas échéant, le permis est refusé. A la moindre incartade, il est retiré. Très bon incitatif pour se tenir à carreaux en toute occasion. Les droits du travail sont régulièrement violés, il y a très peu de risques de plaintes. Si plaintes il y a, peu de chance qu'il y soit donné suite. La compétition entre travailleurs sous-payés est forte. La main d'oeuvre palestinienne est petit à petit remplacée par des chinois, philippins, etc., Un bon business que ce mur finalement. Pareil pour l'eau. Les puits sont confisqués. Entourés d'une haute barrière. L'eau est ensuite revendue à ses propriétaires expropriés. Même business pour les oliviers arrachés sur le tracé du mur. Rien à dire: une colonisation bien en place, ça rapporte. Et moins ça conteste, moins ça résiste, plus c'est rentable.

Les bédouins sous la tente. Feu de bois pour faire cuire à manger: riz et poulet dans de larges casseroles. Tu te demandes ce que les moutons peuvent manger: pierre et terre ocre à perte de vue sans une mèche d'herbe. Grillages à perte de vue : tu te demandes comment les bédouins peuvent encore bouger. A la nuit ça chante et ça danse. Tu te demandes comment ça peut encore danser et chanter. On t'offre le thé.

Hébron

Les gamins lancent des pierres tous les jours, mettent les bouchées double le vendredi. Le déroulement est le suivant: un colon colle un gnon à un gamin ou pire.... Le gamin rentre chez lui. La nouvelle se répand. Les petits descendent dans la rue et caillassent le checkpoint pour venger leur copain. Les soldats sortent en nombre: grenades assourdissantes et gaz lacrymogènes: le grand manège. Les gamins se déplacent et caillassent les soldats depuis un autre endroit. Et ça dure ainsi une partie de l'après-midi et de la nuit, à jouer au chat et à la souris dans la vieille-ville. Les marchands continuent de vendre, les passants de passer. Scènes surréalistes au milieu des étals. Une femme court avec sa poussette entre pierres et gaz pour faire son chemin. Un oiseleur, tranquille, ne bouge pas. Il reste sur sa chaise devant sa devanture, comme si de rien n'était. C'est le quotidien. Avec les pierres, les gamins lancent des insultes. Les mots fusent comme des noms d'oiseaux. Les marchands engueulent les petits quand les pierres les frôlent. C'est mauvais pour le tourisme, (pas plus de 40 personnes par jour), mauvais pour les affaires, mais c'est l'intifada, la résistance. Les marchands sont solidaires des petits qui zigzaguent dans le marché pour se planquer. Jets continus. Jours après jours, ça ne faiblit pas. Malgré les caméras partout, dans les coins, sur les toits, sur les tours, dans la mosquée, sur les casques des soldats. Il y a ces kids qui ramassent les pierres et à 40 mètres visent quelque part entre casque et gilet pare-balle sans parvenir à toucher. Les explosion de rages jubilatoires se paieront cash, c'est sûr. En attendant, ils font le V de la victoire. Une petite fille sur le chemin de l'école met un mouchoir devant son nez.

Prier en athée

Un soldat traverse la rue en courant. Il marche sur une pierre que les gamins ont lancé, se tord la cheville et grimace. Les commerçant rient mais se détournent pour que les soldats ne les voient pas. La rue entière trouve le soldat ridicule et lui aussi doit sentir qu'il l'est, maladroits et pataud, bêtement méchant à suer derrière des gamins sous les pierres. Mais il doit agir comme un soldat, protéger les colons qui viennent se mettre au milieu des palestiniens et les harceler pour qu'ils partent, parce que dans une écriture mythique d'un récit historiquement non attesté il se trouverait là le tombeau de quatre patriarches et matriarches. Adam, Eve, Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob et Léa. Sur ce point fictif, tout le monde est d'accord, c'est un lieu saint pour les trois religions. Sur ce tombeau des patri-matri-arches se trouve une mosquée, une synagogue; et ce fût un temps une église. Aujourd'hui musulmans et juifs y prient côte à côte dans le même lieu, mais désormais séparés par des portiques de sécurité et l'armée. Tu y entres pour y prier en athée. Si cela a été possible hier pourquoi cela ne le serait-il pas demain? Le samedi, les juifs prient dans la mosquée, mais ne prennent plus soin, dit l'imam, d'enlever leurs chaussures en entrant...

La poésie vaincra

Le poète Mahmoud Darwich a sa tombe dans un musée en forme de livre à Ramallah. Dans une salle: ses affaires personnelles, lunettes, stylo, cafetière. Il en était addict au café, et pouvait dire, selon le café qu'on lui servait, à sa saveur, à qui il avait à faire.  Un film passe en continu où subitement, en lisant, il se met à pleurer. Le public de l'assistance se lève, l'applaudit. Il pleure encore plus, essuie ses larmes et tout en les essuyant, doucement d'abord, puis de plus en plus fort, recommence à lire. Sur sa tombe, il n'y a pas de combat d'appropriation, non, ici c'est très calme. Il flotte un air doux, passage des oiseaux et du vent. Deux vers entêtants reviennent en boucle : "Ce siège durera jusqu'à ce que nous enseignions à nos ennemis Quelques morceaux choisis de notre poésie anté-islamique."  et: "Lui ou Moi. Ainsi débute la guerre. Mais elle s'achève par une rencontre embarrassante, Lui et Moi."

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13/11/2013

Rouages de la domination

 

IMG_4610.JPGAvant le passage du checkpoint de Qalandyia. Une femme te dit : tu vas aller sur ma terre. Moi je n’ai plus le droit d’y aller. Tu viens de l’autre bout de l’Europe et tu peux voyager avec facilité. Je n'y ai plus accès. Elle habite à 10 kilomètres de chez elle, de l’autre côté du mur. Un jour, elle a pu obtenir une autorisation pour le franchir. Elle s’est rendue avec une amie sur son terrain pour voir sa maison. Des personnes lui ont demandé ce qu’elle faisait là. Elle a dit qu’elle admirait la nature. Elle ne pouvait pas dire pourquoi elle était là. On l’aurait chassée. Des gamins habitent à 20 km de la mer Méditerranée. Ils n'y sont jamais allé. Des vieux ne l'ont plus revue depuis 60 ans. 

Pendant le passage de Qalandyia. Tu comprends petit à petit le tourbillon administratif et ses complexités. 1)Les résidents des Territoires occupés ont une carte orange, ils ne peuvent entrer dans le bus et passent à pieds le checkpoint, leurs automobiles ont des plaques vertes, et ne sortent pas des territoires. 2)Les résidents « permanents » de Jérusalem ont des cartes d’identité bleues, leurs automobiles ont des plaques jaunes, elles peuvent entrer dans les territoires occupés. Obtenir toute pièce administrative est un chemin de croix.

Un seul peuple, régi arbitrairement par le découpage d’un mur et l’occupation. La séparation du mur impose des statuts complètement différent. L'ordre administratif impose à des familles d’être séparées, de ne plus pouvoir se voir; à des villageois de perdre l’usage de leurs champs. Ce dernier est juste de l’autre côté du mur, mais il faut un détour de 45 kilomètres, franchir un checkpoint, pour y rentrer, à des heures spécifiques, étriquées, et toujours au risque des brimades, refus, pertes de temps imposée. Tu lis René Backmann, un mur en Palestine (Folio, 2009). Lire, comprendre, avoir bien visible devant les yeux ces rouages de domination. Ici, ça malaxe et broie de vies. Le soleil brille, l'air est si doux. Des chats jouent dans la rue.  

2013-11-09 16.01.18.jpgPassage de Qalandyia. Les militaires israéliens montent à trois dans le bus, gilet pare-balle et arme en bandoulière. Ils contrôlent les documents de chacun-e-. Avec rudesse. Une jeune soldate demande du menton à un homme de retirer la casquette de sa tête, ce qu’il fait. Il la remet. Elle lui demande de la retirer une deuxième fois, ce qu’il fait encore. Il te glisse doucement : « they are crazy ». Ils demandent à une femme au fond du bus de sortir. Elle ne veut pas. La soldate insiste pour qu’elle sorte. Elle gagne du temps. Les passagers du bus la soutiennent. Les soldats vont parler au chauffeur du bus et s'en vont. Le chauffeur du bus se lève. Il demande à la femme de sortir. Elle y est obligée, prend son enfant sous le bras. Les soldats l’entourent à 4. Le bus repart. Un homme engueule le chauffeur du bus durant le reste du voyage.   

Après le passage de Qalandyia. Dans le bus, une mère de famille qui revient de Gaza, y travaille comme pédiatre. Gaza-Ramallah : 83 kilomètres. Des familles entière séparées. Pour aller à Gaza elle doit passer par la Jordanie, puis de là en Egypte, avant d’entrer dans la bande par le poste frontière. C'est comme si, pour aller à Berne, tu devais passer par Paris en avion et entrer par l'Allemagne (en beaucoup plus compliqué risqué et coûteux). Les comparaisons sont faiblardes et bancales, car tu es libre, toi.

Sa voisine enseigne à l’université Al-Quds (Jérusalem). Excédée de tout, fatiguée, mais avec une rage qui ne laisse pas place au doute. Elle vient d’aller voir sa sœur malade à Bethléem. Pour cela, il lui faut sortir de Ramallah, passer le check-point de Qalandyia, entrer à Jérusalem, passer le checkpoint de Bethléem, et rebelote dans l’autre sens pour rentrer chez elle. 6h minimum de déplacement pour aller de Genève à Morges. Elle parle de l’interminable attente pour avoir cette autorisation pour entrer seulement 24h en Israël. Pendant ce temps, sa sœur meurt. Elle lui parle par téléphone. Elle dit: je suis résolue, je n'arrêterai pas de lutter jusqu'à la fin de l'occupation, mais je me sens aussi comme un hamster qui se démène dans sa cage. Jusqu'à quand? 

checkpoint,humiliations,administration,aparthied,stapartheid,israël,palestineDes gens vont à l’hôpital en Israël. Ils obtiennent des autorisations de 24h. Pour faire les examens, rester en observation, recevoir les résultats, il leur faudrait le double et plus.Humiliations en passant aux checkpoints où il n’y a pas de contacts humains. Une voix derrière une paroi dit : tu poses tes affaires là, tu avances de quatre pas, tu lèves les mains. Tu avances de huit pas. Bien. Une voix lui crie dessus si elle ne fait pas exactement ce que la voix veut qu’elle fasse. Tu recules de huit pas! (c'est donc cela ce qu'ils appellent processus de paix) Une voix qui la rend pareil à une chose. Une voix qui se protège d’elle-même peut-être, de sa propre humanité, derrière la cloison. Les gants en plastique sur sa peau. Elle dit: être traité comme moins qu'une chose. On prend plus soin du matériel que des gens ici.

A la sortie de Qalandyia, l’embouteillage est monstrueux. Chaos de voitures et de bus qui se poussent. On reste deux heures coincé à parler. Sa fille l’appelle, elle veut savoir quand elle sera rentrée à la maison. Elle dit: bientôt... 

J'arrive.

08:04 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : checkpoint, humiliations, administration, aparthied, stapartheid, israël, palestine | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/11/2013

Yasser est mort, Staline prend du galon

IMG_4635.JPG11 novembre, anniversaire de la mort de Yasser Arafat. Il y a 9 ans que s'est éteint à Paris le père de la nation Palestinienne. Il y a foule à la Moqat'a des anciens, des jeunes, des enfants, militaires, militants, politiques et la garde officielle. Le portrait de Yasser est ni plus ni moins que d'habitude toujours présent dans toute la ville. Le résistant, père pour les orphelins, repère pour les autres, militant terroriste dirigeant survivant fedayin prix Nobel de la Paix, est allongé là. S'il repose à la Moqata'a, siège du gouvernement, malgré son souhait d'être enterré à Jérusalem, c'est aux israéliens qu'il le doit. Ils lui ont refusé cette dernière volonté.  

 

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Du polonium dans la Stapartheid

Le 8 novembre, les dirigeants palestiniens désignent Israël comme responsable de l'empoisonnement au polonium de Yasser. Alors que la bande de Gaza est sous contrôle du Hamas (qui a refusé d'autoriser une journée d'hommages au défunt), les différences économiques se creusent entre palestiniens; avec des classes privilégiées qui se créent à Ramallah, suscitant la frustration des sans terre et des paysans chassés, une diaspora qui se fait harceler aux douanes israéliennes pour renoncer à revenir, un printemps arabe et les conflits syriens, irakiens qui rendent les appuis meubles; des palestiniens résidant en Israël privés de contacts avec la Cisjordanie par le mur, rien n'est simple. Avec des israéliens amenant à la table des négociations des demandes prenant désormais le tracé illégitime du mur comme base de frontière sur le mode de " ce qui est à nous on le garde, on négocie maintenant ce qui vous appartient", technique institutionnalisée par Staline. Israël aurait-elle, à la barbe de l'occident, créé son monstre: la Stapartheid? Mélange d'apartheid et de stalinisme dans la conduite des conflits; de roublardise, de sadisme, de séduction et de force pour servir la séparation raciale des groupes? Le retour d'Avigdor Liebermann, faucon d'extrême droite au poste de ministre des affaires étrangères ce même jour en est un signe inquiétant.    

Si la figure de Yasser Arafat occupe, avec une pointe de nostalgie peut-être, une place si prépondérante aujourd'hui, c'est que le présent demeure sous le joug de l'occupation, et l'avenir, tel que certains le dessinent, intolérable. 

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L'arme à gauche

Tambours des sareyyet, fifres et tambours, drapeaux et chants. Un cortège aux flambeaux déboule sur l'esplanade de la Moqata'a chassant des centaines de gens devant lui. Les journalistes télés et photographes demandent aux jeunes à keffieh de prendre la pose, et faire le V de la victoire. Eux ne l'auraient pas eu cette idée. Pas de quoi se réjouir aujourd'hui, ni de crier victoire, mais il y a des images plus vendeuses que d'autres et les stéréotypes ont la vie dure. Les brigades des martyrs d'Al-Aqsa rebaptisées Brigades de Yasser Arafat le Chahid, branche armée du Fatah, sont rangées sous leurs bannières; démonstration de force à grands renforts de cris et de poings levés. Pourtant, les gamins sont tout jeunes, des pious pious qui lèvent haut les jambes en courant avec des drapeaux presque plus grand qu'eux criant à la vie à la mort. Les filles font pareil, et il semble que leur habit noir soit presque trop grand pour elles, leurs bras trop fins pour empoigner les couronnes de fleur qu'elles posent avec soin sur la tombe d'Abou Amar. Un groupe de japonais vient lui rendre hommage en se recueillant en joignant les mains et s'inclinant pendant que derrière eux des musulmans saluent debout, en rang devant la tombe au pied de laquelle un garde a laissé son fusil - oubli, appui, symbole-  ou: rappel à l'ordre, on ne sait pas.

 

07:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, yasser arafat, staline, liebermann, aparthied, stapartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/11/2013

Le paradis c'est exactement ici

IMG_4424.JPGTu vas dans un sens qui plaît à la sécurité israélienne : direction les territoires occupés. Tu passes moins d'heures au checkpoint. La route traverse la ville de Qalandyia, le chauffeur t’indique le camp de réfugiés. Des personnes vivent ici depuis 1948 –une vie de déterré- d’autres viennent d’arriver. C'est de là que descendent les gamins qui lancent parfois des pierres. Il y a 2 mois, en réaction à la mort d'un gamin assassiné, il y a eu des jets de gravats contre les miradors. Comme punition collective, les israéliens ont posé des blocs de béton. Résultat: le checkpoint est plus lent à passer ; le chaos interminable aux heures de pointe. La frustration des gens augmente et le ras-le-bol devant les discriminations, les tracasseries des soldats, éreinte. La ville est prise dans un étau, le mur l’a entouré. C’est invivable. Pourtant, ils tiennent.

Ramallah Dream

Tu montes vers Ramallah. Paysage d’une ville nouvelle. Ramallah récolte des capitaux étrangers grâce à la politique économique de l’ancien premier ministre Salam Fayyad. Une grande partie de l’aide des pays donateurs y arrive. La ville est en plein(e) boom (bulle) économique. Les grues des immeubles en construction sont nombreuses, les immeubles de plus de 10 étages légion. Jolis cafés, boutiques coquettes, restaurants sélects ; tiens, même un hôtel Mövenpick – Ouvert en 2010, les israéliens ont immédiatement interdit l’importation des célèbres glaces de l’enseigne – enfin de vraies raisons sécuritaires!- Pas un diplomate suisse pour protester contre l’outrage, on achètera quand même votre technologie militaire, soyez sans crainte- Ramallah en jette par son dynamisme, mais on peut penser, comme certains analystes, que les israéliens contrôlent stratégiquement ce développement. Laisser grandir Ramallah lui laisser des attributs, ne serait-ce pas en faire de facto la petite capitale des territoires occupés? Multiplier simultanément, pour les palestiniens de Jérusalem Est les entraves, les vexations, tout faire pour les décourager puis les chasser facilement, délégitimiser l’idée de deux états avec Jérusalem pour capitale? Au droit au retour que demandent les Palestiniens les israéliens répondent par les expulsions devant le mur qui déblaie les paysans devant soi et avale la terre. Israël tient la Palestine à la gorge, laisse passer un peu d’air, serre plus fort au besoin. Lis Benjamin Barthe : "Ramallah Dream" (éd.Découverte 2011). Tu ouvres grand les yeux. La résistance de ce peuple est hallucinante.

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Un modèle de colonisation

De fait, israël est partout. Ton shawarma vient d’israël, ton halva, ton agneau ton poulet, ton boeuf, tes aubergines, tes carottes, viennent d'israël, ton jus d'orange, ton café, ton chocolat, tes glaçons viennent d'israël. Ton Mars ton lait ton Kit et Kat viennent d’israël. Tout ce qui entre est d’israël, sujet au bon vouloir du prince. En sens inverse, tout ce qui vient des territoires occupés est étiqueté israël, en violation encore du droit international. Si israël ne reverse pas aux Palestiniens mensuellement le produit des taxes qu’elle perçoit à son compte, c’est la banqueroute immédiate pour l'Autorité Palestinienne. La dépendance économique est totale. La sujétion militaire aussi : en deux minutes, les forces d’israël seront au palais présidentiel, feront tomber Abbas, si elles le veulent. Les policiers Palestiniens ne sont pas armés. La Palestine, c’est la cour d’une prison. Certains sont dans la cour, d’autres dans des cellules d'autres dans le placard de leur cellule. Certains dans un sac dans le placard. La résistance de ce peuple est hallucinante.

 

Pour un clic ou pour un rien

Facebook est la fenêtre de la prison derrière laquelle des gamins agitent des mouchoirs. Le 8 novembre, 30 palestiniens ont été arrêté, dont un grand nombre des jeunes filles, parce qu’elles tapotaient des slogans entre deux mots d'amour sur le net. La plus forte armée du monde fracasse les portes des maisons pour sortir du lit des kids de 12 ans qui pourraient être tes fils et tes filles si tu avais oublié de leur mettre le contrôle parental, et qui ont écrit Fuck Israël sur leur mur virtuel – les gros terroristes!-. Un mur virtuel face au gros mur et aux "raisons sécuritaires" qui cassent leur vie pour vrai. L’armée israélienne pourchasse les gamins, les prend en photo et les arrête pour un clic ou pour un rien. Elle les tue aussi. Arbitrairement, par ennui, stratégie ou accident.

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Le paradis c'est exactement ici

Fadwah t’emmène de nuit à Jéricho avec ses filles. Elle te montre sur les collines les colonies illégales : ici Ariel, ici Ma'ale Adumim, ici encore une colonie et une autre, comme de petits Los Angeles sur la terre colonisée, toujours en hauteur, toujours au-dessus. Comme à Hébron où les soldats sont sur les toits avec les colons, et balancent sur les palestiniens en-dessous d’eux tous ce qui leur tombe sous la main ou leur urinent dessus. Plus loin un camp militaire ; là où il y a de grosses lumières; c’est une source d’eau accaparée. Là une prison, ici une route barrée, et derrière ces murs un centre militaire délivrant des autorisations de passage au compte-gouttes. Ce territoire est mité, bouffé par les installations d'occupations militaires et les colonies illégales en regard du droit international. Mais Israël pisse à la raie du droit international. Trop de radicalisme rend con, pas assez de radicalisme complice. L’écoeurement monte. Tu te demandes comment ils font pour respirer dans cet espace confiné, résister. Dans la voiture monte une clameur sur une chanson de Faïrouz, voix fortes. أنا لحبيبي وحبيبي إلي Je suis à mon amour et mon amour est à moi. Les filles tapent dans les mains, il faut bien se lâcher, sinon on devient dingues ici. Tu lis cette inscription sur le T-shirt de l’une d’elle –humour palestinien-

« Paradise is just where you are ». Le paradis c'est exactement là où tu te tiens.

Retiens bien la leçon.

C’est quand que le Dalaï Lama ou Frère François viennent visiter Ramallah ?

 

 

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10/11/2013

Droit dans le mur

2013-11-08 14.59.33.jpgTu sors de l’aéroport. Les amis t’avaient dit qu'ils t’attendaient là, que l’on allait venir te chercher, mais il n’y a personne, hormis un juif orthodoxe qui s’approche en souriant et te parle en hébreu. Tu entends « shalom » et « kippa » ; tu lui dis que tu ne parles pas hébreu, que tu es Suisse, et chrétien… pour arranger le tout. Il rit de sa méprise:tu as l’air si juif pourtant. Il ne manque que la kippa ! Juif, toi? Non. Mais il a raison : chemise blanche, veston bleu marine et barbe. Tu as (presque) tout du look du juif orthodoxe. Les « démarqueurs identitaires » sont trompeurs, source de méprise et d’ambivalence. Mais as-tu passé les douanes facilement parce que la douanière t’a vu plus juif que militant-poil-à-gratter; par pur arbitraire ou parce que le pouvoir voit en toi plus que tu ne vois toi-même ? Comment apprivoiser cette transparence et ruser avec les codes alors ? Tu hésites presque à twitter ou facebooker ça, mais… et si « le pouvoir » te lisait? Suspect, non?

Prudence de la parano

Bon, voilà, c’est fait, tu es parano. En même temps, il paraît que c’est commun dans ce pays, tout est fait pour que tu le sois, rien d’anormal. Faut juste vivre avec, et puis ça va être de belles vacances. Si les amis ne sont pas là pour t’accueillir, pourquoi ne pas passer directement de l’autre côté, monter à Ramallah, au nord de Jérusalem ? Le mur est partout en Israël, dans les champs dans les têtes, autant y aller tout droit. Mais on t’avait prévenu : si tu veux aller dans les territoires occupés, tu dois entrer dans une voiture à plaques jaunes (israéliennes) et non vertes (palestiniennes). Tu sors de l’aéroport, il n’y a que des voitures à plaques jaunes ! On t’avait dit aussi : si c’est un conducteur juif, il refusera de t’amener à Ramallah, si c’est un palestinien, il le fera. Le taximan face à toi veut bien t’amener à Ramallah, mais il doit s’arrêter au checkpoint de Qalandyia. C’est donc un juif. Qalandyia, c’est déjà ça de pris sur le chemin. Okay, marché conclu, tu as déjà un pied dans le taxi, puis tu hésites. Ce serait  préférable de donner ton argent à un Palestinien plutôt qu’à un israélien. Même si, en fait, les deux sont israéliens... oui, mais ils n’ont pas le même statut. L'un peut aller jusqu’à Ramallah, l’autre doit s’arrêter à Qalandyia.

5000 à 0

Faudrait-il stopper le taxi là et en sortir : parce que ce chauffeur n'est pas palestinien ? Non. Pourtant, si tu avais pu (su) choisir, tu aurais préféré aller avec un chauffeur palestinien, c’est  vrai. Parce qu’il t’aurait emmené directement à Ramallah ou parce que tu préfères donner ton argent à celui qui subit le pouvoir de domination plutôt qu'à celui qui l'exerce?Tu regardes le conducteur de taxi. Tu essaies de percevoir en lui le pouvoir de domination. Il met un peu plus fort la musique, se retourne vers toi et te demande si tu as fait bon voyage. Tu lui dis oui, un bon voyage. Le passage des douanes s’est bien passé. Il te regarde d’un air étonné: pourquoi cela se serait-il mal passé... Avec tout ça, tu as oublié de lui demander le prix de la course. -Combien pour aller au checkpoint de Qalandyia? 200 shekels. 200 shekels (50 francs) ! C’est cher. Tu essaies de négocier –trop tard- Il dit qu’il y a 80 km. Il veut bien baisser à 180 shekels, pas moins. Tu lui demandes pourquoi il ne peut pas aller à Ramallah. Il a de la peine à répondre, il dit qu’il comprend mal l'anglais. Tu lui demandes s’il est déjà allé à Ramallah, il dit oui : il y a plus de vingt ans. C’était comment ? Il ne comprend plus la question. Avec l’armée ? Oui, avec l’armée. Sur la route il te montre la prison d’Ofer, plus de 1100 prisonniers palestiniens détenus dans celle-ci, un cinquième de tous les détenus Palestiniens par Israël. Pourquoi il te montre ça ? Aucune idée, tu ne lui avais rien demandé pourtant. Combien de prisonniers Israéliens en Palestine déjà? - Aucun. 

Le mur de séparation

Le long de l’autoroute : murs et fils de fer barbelés et devant : Qalandya, le gros checkpoint comme un paquebot échoué. Ou plutôt: un titanic qui coule. Les palestiniens d'Israël dans des canots a plaque jaune, les autres qui rament ou crient en silence, t'a prévenue une amie. 50 km de route depuis Ben Gourion. Le chauffeur te dépose. Salut. Un homme s’approche: Ramallah? Oui, Ramallah. Combien? 200 shekels. 200 shekels ! Oui, parce que c’est dangereux. Dangereux ? Oui. On est vendredi, il risque d’y avoir des jets de pierre. Pourquoi? Parce que la colère. Lors de la sortie de la prière du vendredi, on ne peut plus comprimer la rage de la semaine, du mois, de l’année... des 60 dernières années. Mais pourquoi se ferait-il tirer des pierres, il est palestinien? Oui, il est palestinien, mais il a des plaques jaunes, vit en Israël. Et le passage du checkpoint est risqué. Il y a un camp de réfugié à côté et les gamins en descendent parfois avec des pierres. Peu importe quand tu es là-dedans qui tu es. Les pierres tombent, parfois ça tire, et si tu es au milieu, voilà, tu risques d’en prendre une.

Tu te souviens de ton look d'orthodoxe juif alors. Ta petite chemise blanche, ton petit veston bleu marine. Tu veux les enlever maintenant ? Ce qui est sûr c’est que la barbe tu la gardes, ça peut servir. Tu négocies (très mal) le prix à 150 shekels, le chauffeur donne 50 shekels à un homme qui gardait le parking. Bien que la Cour internationale de justice de la Haye ait arrêté en 2004 que le mur de plus de 700 kilomètres érigé en sinuant par Israël (le frontière de la ligne verte fait 370km) en Cisjordanie était contraire au droit international; bien qu'elle aie obligé Israël à réparer les dommages causés aux Palestiniens, bien que l'assemblée générale de l'Onu ait voté une résolution par 150 voix contre 6, le mur, complètement illégal, le mur est encore et les "dommages" se poursuivent.  

Le temps de charger deux autres personnes et la voiture se met en route en cahotant pour le franchir au checkpoint.


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09/11/2013

Jure de dire la vérité toute la vérité tout le temps

Arriver en Israël. Longue file d’attente à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Tu en as tellement entendu parler de cette arrivée, du pouvoir discrétionnaire qui fait que tu peux te retrouver durant 8h soumis à un entretien avec des membres de la sécurité que tu paranoïes un peu. Tu n’as pourtant rien à te reprocher. Tu viens en vacances en Israël, désireux de voir Jérusalem, les lieux saints, et bien entendu aussi aller en Cisjordanie, rencontrer les palestiniens qui vivent de l’autre côté du mur de séparation. Est-ce illégal ? Non.  

Tu vas voyager à Ramallah, à Bethléem? Bien entendu. Pourquoi, c'est mal? C'est déjà suspect pour l’état sécuritaire, et pourrait te valoir un petit détour par la « cabine d’essayage » et d’y rester un long moment en rade? Possible même que l’on te renvoie à la maison direct ? Peut-être. Paraît que ça se fait. C’est tout le pouvoir du pouvoir de laisser dans l’ambivalence peser sa force. Une règle de base de la domination : plus les règles seront floues, plus la possibilité d’arbitraire élargi, plus l’autocontrôle et la soumission seront grandes.

Si on te demande si tu vas dans les territoires occupés, tu diras non te recommandent tes amis. Ah non, tu diras oui, parce que tu es quand même invité pour 5 jours de festivités culturelles et sportives à Ramallah, et que c’est pour tes vacances. Tu ne vas pas mentir quand même? Pourquoi faudrait-il le cacher ? Après tout, Ramallah vaut bien Tel Aviv, il paraît que les shawarmas y sont même meilleurs.

Sous le regard du pouvoir

Tu doutes quand même. Ce pourrait-être une mauvaise réponse que de dire la vérité. Il vaudrait mieux ne pas tout dire, construire un récit plus «vendeur ». Bon, finalement, quoi que tu dises ce ne sera pas LA bonne réponse. Pas de garantie. Le pouvoir n'est pas entre tes mains. Te revient alors en tête ce débat sur les protections des données et la vidéosurveillance. L’argument de ceux qui disent que l’on n’a rien à craindre lorsque l’on n'a rien à cacher, et qu’il n’y a pas de soucis à être filmé ou fiché tant que l’on ne fait rien de « mal » est bidon. Longeant les couloirs de l’aéroport de Tel Aviv, tu te dis : ici et là je ne fais rien de répréhensible ou d’illégal, et pourtant, j’ai le sentiment de cacher quelque chose, et que cela pourrait m’être reproché. Comment est-ce possible ? C’est la société de contrôle, bien réelle qui t’est rentrée dans la moelle et le cerveau et tu l’as assimilée. A Genève, à New-York, Tel-Aviv ou Pékin, c’est la même logique en place, Celle du pouvoir et du contrôle, avec des degrés et des mise-en-scène différentes. Le pouvoir du pouvoir, c’est de faire porter à l’individu le poids de celui-ci. Dois-tu craindre l’œil tout puissant d’Israël, l'observer soigneusement, ou en parler à ton psy ? Les migrants africains qui doivent penser à  mentir comme toi à Ben Gourion ou à Cointrin n’ont pas de psy, eux, et pas de solution de retour. Ils sont autrement coincés que toi.

Dire oui dire non 

Tu penses à eux qui arrivent aux frontières et doivent construire des récits, aménager les vérités pour faire entendre aux fonctionnaires derrière les vitres ce qu’ils veulent entendre. Tu penses aussi à la petite commission des naturalisations du conseil municipal de la Ville de Genève. Comment, là, il faut se montrer plus suisse qu’un suisse à l’examinateur, étant entendu qu’être soi-même, ça risque d'être insuffisant suivant ce que pense l’examinateur de ce qu’être suisse veut dire. Perversité du système qui conduit l’autre à devoir coller à un modèle non-clairement signifié. Bon, si tu pouvais tout expliquer, tout irait mieux, Mais en même temps non, au contraire, plus il y aura de mots, d’interprétations, de complexités, moins tu seras compris ; plus la machine paranoïde sélective du pouvoir sera alimentée. Alors reste sobre : répondre par oui ou par non, c’est assez… si c’est possible… la file avance. 

La culture comme décodeur

Des images du film de Fernand Melgar, la Forteresse, ressurgissent. Les récits « vrais » ne sont pas toujours crus, ils sont pris pour des récits inventés par l’administration, alors que les récits construits, plus vrais que nature, passent mieux parfois. Accommodements stratégiques avec les contraintes de la parole et de la situation. Tu ne sais toujours pas ce que tu vas leur dire de ce que tu viens faire là…  parce que tu ne le sais pas vraiment toi-même finalement. La file avance. Un autre film surgit en tête : « Omar » de Hany Abu-Asad. La culture offre du matériel pour penser le réel. Ces films vus avant le voyage sont comme des décodeurs.  

Un couple de retraités suisses s’inquiète juste devant toi dans la file. Est-ce qu’ils vont être retenus, questionnés ? En riant tu leur dis d’être sage, et tout se passera bien. Clin d’œil, ils rient. Ils passent, après 10 bonnes minute. A ton tour, tu t’avances. Jolie douanière, yeux verts, elle te demande ce que tu viens faire en Israël, tu dis : voir Jérusalem, les lieux saints, la Mer Morte et Massada. Ce qui est vrai. Elle sourit. Tu as envie de lui faire une blague. Tu te retiens. Elle te sourit. Elle te donne ton visa d’entrée. Tu lui souris encore. L’attente du passage a duré 1 heure. Le passage : 3 minutes… seulement. Enfin, pour toi.

 

08:34 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israel, douane, vérité, migrants, identité, contrôle, pouvoir, territoires occupés | |  Facebook |  Imprimer | | |

06/11/2013

Une grève pour la sécurité

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Le service de la protection des mineurs (SPMI) et le Service de protection des adultes (SPAD) sont en grève illimitée depuis le 4 novembre. Une grève nécessaire et motivée par plusieurs raisons extrêmement graves liées au manque de ressources dans ces services dédiés pour l'un à la jeunesse et pour l'autre aux adultes en difficulté. Au SPMI, boulevard Saint-Georges 16, la grève est très suivie. On ne rigole pas, les visages sont serrés. On sait l'importance de ce travail pour les mineurs suivis et ce n'est pas de gaieté de coeur que les travailleurs font grève. Ils y sont acculés.

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Acculés, tout d'abord, par un déménagement dans un immeuble inadapté à la confidentialité requise pour les entretiens avec les familles. Espaces en "open space", non-isolés. On voit dans l'ascenseur des cartons qui couvrent des parois défoncées par les poings rageurs des parents à qui l'on a retiré la garde de leurs enfants. Faire ce boulot est un risque quotidien. Les responsabilités sont lourdes, les conséquences des décisions dramatiques. Il y faudrait des moyens en suffisance, or c'est exactement l'inverse qui arrive. 4000 dossiers annuels traités, plus de 60 suivis par chaque travailleur, il en résulte un manque chronique de temps pour suivre les situations, un risque accru d'erreur et d'oublis. Le stress est intense, les burn-out fréquents, signe d'un malaise et d'un épuisement profond. Gérer sur un mode urgence permet de fonctionner un temps, puis tout lâche. Ce point de rupture est atteint aujourd'hui, les travailleurs l'écrivent sur des pancartes "Service Sociaux au bout du rouleau"... en bout de chaîne aussi. C'est quand les situations deviennent ingérables, incontrôlables, que l'on s'adresse à eux. La grève est ni plus ni moins un acte de légitime défense dans des situations de maltraitance institutionnelle, afin d'obtenir une juste considération et des moyens suffisants afin de faire leur travail, en respectant les critères professionnels.

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Il n'est pas correct que des travailleurs sociaux soient rétribués à la même hauteur qu'un animateur social alors que leurs charges et responsabilités sont plus élevées. Il est singulier qu'ils aient des conditions moins bonnes que les policiers par exemple, alors que leurs expositions au risques est équivalente si ce n'est supérieure dans certains cas. Lorsque les travailleurs sociaux du SPMI vont dans des familles pour des interventions sensibles, les policiers ont des gilets pare-balle, eux non. Et ils passent devant.

Depuis début 2013, le cahier des charges a pris du volume pour les travailleurs du SPMI. Ils sont désormais titulaires des dossiers qu'ils suivent, responsables pénalement. Mais s'ils ont plus de responsabilités, leur nouveau statut qui entrera en vigueur en 2014 les paie moins! On n'est pas dans le mythe du travailler plus pour gagner plus, mais dans la réalité d'absorber plus de responsabilités et de risques pour un salaire raboté! Certes, les salariés passent dans une classe supérieure, mais ils perdent leurs annuités, et surtout, doivent payer leurs cotisations sur un mode rétroactif. Leur diminution de salaire est évaluée à 10%! La grève, dans ces conditions, est un acte de légitime défense contre la maltraitance institutionnelle.

 

 

Leur lieu de travail? Les locaux du boulevard Saint-Georges sont ultra-sécurisés - claustrophobiques s'abstenir- n'entre pas qui veut. Il y faut bien une grève pour pouvoir y entrer! Le SPMI ressemble à une prison, et si on laisse le tout sécuritaire l'emporter sur les liens de parole et de confiance, l'avenir est mal barré, ou plutôt : tout tracé. Les sociaux doivent faire les flics (et de plus en plus les flics font du social, alors qu'ils n'y sont pas formés). On ne demande plus aux sociaux d'améliorer des situations mais de les sanctionner. Pourtant on ne peut gérer le social comme on gère des prisons ou une entreprise de communication. Le nouvel immeuble du boulevard Saint-Georges a coûté et coûtera encore des millions à l'Etat. Les travailleurs sont en colère quand ils voient l'argent public dilapidé et les petits arrangements financiers faits entre Mark Müller et Thierry Barbier-Müller sur le dos des travailleurs et des jeunes. Pour rappel, L'Etat devra verser à la société dont Thierry Barbier-Müller est président, environ 52 millions de francs sur 10 ans pour la location de ce bâtiment! Il faudrait donc accepter que l'argent destiné à des conditions de travail digne et à l'avenir des jeunes aille aux promoteurs? Entre les promoteurs avides et les jeunes en difficulté, vous voulez privilégier qui vous?    

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Dans cette dernière semaine avant les élections, les Conseillers d'Etat actuels seraient bien inspirés, avant de s'en aller, de changer la situation au SPMI et au SPAD. On souhaiterait aussi que les candidats  prennent des engagements fermes, afin de donner des garanties pour que la situation dans ces services en souffrances soit améliorée le plus rapidement possible. Il est dangereux que l'obsession policière l'emporte sur la sécurité et le manque de suivi des jeunes qui basculent dans la délinquance si un encadrement suffisamment bon ne leur est pas proposé. Il est dangereux de siphonner le social, la santé, la culture pour engager des policiers uniquement. C'est en amont que se règlent les situations. En aval: c'est plus difficile et coûteux. Chaque année 600 jeunes quittent le système scolaire sans que l'on sache ce qu'ils deviennent. Les professeurs ne peuvent les suivre. Les déscolarisés d'aujourd'hui seront les délinquants de demain s'ils ne sont pas suivis. 

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Cette grève n'est pas un caprice de fonctionnaire gâté mais un signal d'alarme très grave d'un dysfonctionnement social profond et du tic tac d'une bombe à retardement sur le point d'exploser dans les bureaux et dans les rues si la prévention ne se fait plus, si des décisions de qualité pour les jeunes ne peuvent plus être prises au profit d'une gestion policière et médiatique du corps social.

Avant de construire plus de prisons, il faut se donner les moyens pour que les jeunes n'y arrivent pas. C'est bien le sens de cette grève: faire comprendre aux décideurs que les arbitrages budgétaires en faveur des petits copains promoteurs et du graissage du bâton sécuritaire produisent des dégâts graves. Enfin, attirer l'attention des travailleurs de l'enseignement, travailleuses de la santé, travailleurs du social, citoyens, citoyennes, que cette grève est la leur, car c'est leur sécurité et leur avenir qui est en jeu. 

Remerciements à Eric Roset pour son travail photos. Tous droits sur celles-ci lui sont réservés. 

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05/11/2013

Une nuit à la rue avec les roms

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Eric Roset, photographe, réalise un livre sur les roms. Nous passons la nuit avec lui. Premier arrêt derrière un bâtiment public. Une dizaine de roms dorment là, tapis de mousse sur le gravier, ou plutôt: essaient. 21h, à peine le temps d'échanger quelques mots arrivent deux gendarmes -lampes torches sur les visages- qui intiment l'ordre à tout le groupe de dégager "Dégagez". Et pour aller où ? -N’importe où mais pas là. « Dégagez » c’est un mot que les roms connaissent très, très bien. Toujours bouger, pour aller.. nulle part. Alors dix, quinze, vingt fois par jours, si ce n’est plus, ils « dégagent », obéissent à l'illégalité de ces éloignements forcés. La police use à répétition de la contrainte pour obliger les personnes précaires à se déplacer sans cesse. Parmi les personnes précaires, elle en cible arbitrairement certains. La police a ses têtes de turc et les roms ont le profil. ils s’exécutent respectueusement, se déplacent, évitent le conflit. Ils racontent que certains policiers leur demandent d’aller à un endroit, d’où sont chassés d’autres roms au même moment pour aller là où ils se trouvent. Les groupes se croisent et se retrouvent en quelque sorte encerclé par deux polices qui leur demandent d’aller là où les autres doivent en dégager. Kafkaïen. Inutilité de mettre des personnes en mouvement, sans rien proposer d’autre qu'un harcèlement répétitif. Mobilisation des forces de police à vide qui seraient bien mieux utilisées à faire, par exemple, respecter le code de la route, verbaliser ceux qui le transgressent, mettent leur vie ou celles d’autres en danger; des forces de police qui seraient par exemple plus utiles en protégeant les citoyen-ne-s contre les nuisances sonores, la criminalité. Notre police, dans cette situation, est payée pour faire la chasse aux pauvres. Et l’argent du contribuable sert là à activer un déplacement sans fin, sans résultats. Cette situation en devient presque risible tellement elle est absurde. Combien de policiers engagés en plus cette année? 19, rien qu'en ville, et combien au canton? Cela fait cher la chasse aux pauvres. Et si on investissait plutôt dans le social, la santé, l'éducation maintenant, d'une manière plus durable?

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21h10, le temps d'enrouler les matelas, les couvrir de plastique, et c’est le début de la marche. Nous croisons un deuxième groupe délogé qui cherche un autre abri, sautons dans le tram. Regards de mépris, une jeune femme se moque. Si nous nous taisons, on ne nous identifie pas. Par le fait d’être avec eux, nous y sommes assimilés. Les apparences et les préjugés s’enclenchent très vite. Sac de couchage, sac plastique, on devient vite un moins-que-rien. Supporter ce regard est une expérience. Entendre ce qui se dit, un choc. 

La marche nous amène dans le préau d'une école, complètement désert à cette heure. La pluie menace. Les roms racontent les abus de droit quotidiens de la part des services de police. Ils citent : l’argent confisqué, les téléphones ramassés, les affaires saisies et jetées à la benne par la voirie, le fait d’être fréquemment embarqués au poste pour y être retenu. Demande-t-on aux jeunes qui font des fêtes dans l'espace public, par exemple rue des Acacias, de bouger ? Non. Est-ce que les corps de police demanderaient à des jeunes de se déplacer d’un banc pour aller marcher plus loin, ou à deux amoureux qui s'embrassent ? Non, jamais. Alors pourquoi cela est-il fait avec les roms, au nom de quoi ?

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Ils aimeraient juste qu’on les laisse dormir un peu, en paix. Ils nettoient le lieu où ils dorment en partant. Ils ont compris que leur survie était à ce prix. Ils se font discret, veulent dormir et si possible travailler, est-ce un crime? Ils sont pourtant l’objet d'un harcèlement constant, fréquents coups de pieds pour les réveiller, et occasionnels sprayages de nuit pour les faire « dégager ». C’est leur quotidien, sans qu’ils n’aient commis aucuns délits. Si certains policiers font leur travail avec respect (c’est à dire, leur demandent de dégager sans violences supplémentaires), d’autres non. Insultes, mépris, intimidation, confiscations. Les roms peuvent donner les jours, les heures: ça c’est passé ici et là. On partage le thé, un peu de vin que l’on a amené. La fatigue se fait sentir. Encore quelques histoires et on va essayer de dormir. 

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23h30, à peine le temps de dérouler les matelas, trois policiers municipaux arrivent et sans ménagement, exigent que nous dégagions. Les roms commencent à plier bagage. Il est illégal de nous évacuer d'un espace public, sans que nous ayons commis quoi que ce soit de répréhensible et sans nous donner aucune raison. Nous contestons. Les policiers sont décontenancés, affirment que c'est un espace privé, enfin.. qui appartient au Département de l’instruction publique, enfin... « Dégagez! ». Ils deviennent nerveux, demandent qu'Eric Roset arrête de prendre des photos. Ils ne semblent pas très au clair sur l’espace dans lequel ils interviennent, au nom de quoi. Reçoivent-ils des ordres ? Ils disent ne faire qu'appliquer les directives comme des enfants pris en faute. Mais quelles directives ? Ils l'ignorent ou le gardent pour eux comme un secret et continuent de pointer leur lampe torche sur les visages en mettant la pression : « bon, maintenant il faut dégager ». Le préau est désert, silencieux. Bouger mais pour aller où ? C’est absurde, il va pleuvoir. « Vous dégagez» Puis, menace à peine voilée: "Vous refusez donc de quitter les lieux" qui semble lourde de conséquences funestes. Brrrrrr. Une image nous revient en tête des films américains, ou au moins dans la fiction, le policier lit à la personne qu’il arrête ses droits. Ici, non. Trois policiers que les roms craignent parce qu’ils les connaissent pour leur donner des coups et du spray et les forcent, de jour comme de nuit, qu'il pleuve ou qu'il vente, à quitter un abri où ils n’importunent finalement personne pour tourner en rond dans la ville et se faire chasser ainsi par d’autres patrouilles de police, en pure perte. 

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Nous cédons. Par crainte que notre opposition coûte cher aux roms en représailles, quittons les lieux. Nous tournons en rond. Arrêt proche d'un arrêt de bus, mais impossible de dormir devant ce bâtiment. Le concierge évacue lui aussi. Une heure passe, la pluie menace de plus en plus. Nous rebroussons chemin vers le préau de l'école, y déroulons à nouveau les matelas. Il est deux heures du matin. La nuit passera ainsi, rythmée par les cris des jeunes qui boivent dans le parc, des ombres passantes. En veilles, réveils en sursaut, et sans retour de la police à cet endroit. C'est dire si leur intervention a porté ses fruit...
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A l’aube, le concierge arrive. Il ne parle pas. En levant son téléphone, il montre simplement qu’il appelle la police. Cela devient pavlovien. Nous replions les matelas, direction la plaine de Plainpalais pour un café que les roms ne veulent pas prendre dans un bistrot de la place par crainte d’en être chassés et pour ne pas créer de problèmes. Nous prenons des cafés à l’emporter et les buvons sur un banc. D’autres sans-abris arrivent. Il y a l’Armée du salut (environ 80 places), mais le Canton ne fait rien pour accueillir les personnes sans domicile fixe. On se salue, on hésite à se poser. Chacun-e- prend des nouvelles d'un tel ou une telle. Les roms reconnaissent Eric qui continue de prendre des photos. Il leur promet de les leur envoyer par la suite. Des couples prennent la pose. Genève en arrière-plan.   

7h15, une nouvelle journée commence… on se prend aussi à guetter la police, comme si nous étions devenus des criminels. Une voiture de police tourne à l’angle de la rue… on le pressent, il va falloir dégager… on bouge, on recommence à marcher. Buna ziua. Bonne journée!   

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01/11/2013

Chanter plus fort pendant qu’ils aboient

Résister au plaisir d’être trop suisse. Ou plutôt résister au désir de faire de la Suisse une fondue qui se mange tout seul. Résister au désir de boire tous les matins ovomaltine chaude avec bonbons ricola et müesli, de fêter chaque succès de l’équipe suisse de football comme la descente rapide de Lara Gutt et le fait qu’Ueli Steck soit monté très vite sur la montagne – le plus vite même- il est suisse suisse suisse, bravo youpie il est du troupeau il est donc à moi. Résister à la tentation de faire l’allégeance obligatoire au pays main sur le cœur, obligatoire, pour être crédible, de faire son coming out nationaliste à répétition. UBS est pourri mais ce sont nos pourris à nous, nous les défendrons jusqu’au bout. Nous les aimons même beaucoup, et le droit et l’éthique nous les conchions sur l’autel des intérêts. Pourquoi résister à cela, c’est si bon ? Hop Schweiz ! Nationaliste, résiste à ton désir d’être plus chauvin qu’un français et plus con que tes pieds, de flamber 9 milliards pour calmer tes angoisses avec des superjets sur ta tête. Il existe des thérapies moins coûteuses.     

Il faut le dire, les «nationalistes » sont des traîtres. Ils prétendent servir notre pays mais jouent de la surenchère politicienne en traînant le pays derrière eux comme un mari ramenant sa femme à la maison, la tirant par les cheveux pour bien montrer qui est la patron et qu’elle est à eux. Ces fondamentalistes identitaires qui parlent en notre nom ont le gourdin pour argument et une vision de la Suisse qui en fait un corps servile, cloîtrée. FN MCG UDC Aube dorée même combat Mother Helvetica braquée, violentée, les doigts de certains levés et pointés. Leur dénominateur commun est leur peur de l’autre et de l’étranger, du port du Pyrée au Prado à la cathédrale Saint-Pierre ? Leur idée de la Suisse, de Genève, est celle d’un refuge territorial esquivant le risque relationnel. Or, ce qui fait et à fait la richesse de notre pays, c’est l’échange, le lien d’humain à humain, la co-construction possible d’un avenir commun et son risque assumé.     

Migrants honteux

Certains migrants honteux mettent une énergie folle à montrer qu’ils se sont assimilés. Ils ne parlent plus de leur origine, la gomment l’effacent, prétendent être suisse de toujours à jamais comme blanchis par le passage de frontière, « plus genevois que les genevois » comme si c’était une honte une tare d’être venu à un moment d’ailleurs et d’avoir habité une autre langue, voire de continuer à rêver dans celle-ci. Alors que, définitivement, et sûrement, à un moment ou un autre, ils iront ailleurs, pour sûr, et définitivement cette fois. Migrant: condition d'humain. Comment migrant peux-tu nier le droit de l’autre à l’être ? Agir comme un propriétaire terrien ? Ce n'est pas à une caricature de nation qu'il faut faire allégeance, mais au droit.

Coming out d’un métayer

Petit fils de migrant italien, fils de migrante française, de paysans vaudois, de mercenaires, de vendeur de bétail, de soignants, je suis suisse, mais aussi vaudois, genevois, pâquisard, provençal français parisien, ontarien, canadien francophone aussi, et mon nom : Thévoz, petit fils de péouse vaudois, je le porte avec le bonheur d’un métayer : un cadeau. Quelque chose m’a été donné pour lequel je suis humblement porteur. C’est cet héritage qui me fait regarder avec suspicion ceux qui  font de l’identité un pré-carré, une chasse-gardé, une propriété barbelée. Il y aurait nous et les autres, les bons et les mauvais étrangers ? Fadaises. L’enjeu est de trouver une langue commune. Pas de s’en accaparer une. Il y a des noms qui t’empêchent d’avoir un logement et d’autres qui te poussent à la rue. Ce qu'il faut imposer, c'est le droit, pas des chimères identitaires.

Nos fondamentalistes lacustres, urbains 

Le projet politique des fondamentalistes de l’identité qui s’insurgent que la Suisse ne soit plus enfermée dans ses frontières comme dans une cuisine bien gardée s’étranglent des rencontres d’êtres humains à êtres humains et des solidarités qui se nouent sont porteurs de mouvements claniques, tribaux. Nos fondamentalistes lacustres (ce sont bien les nôtres : fait maison home made)  MCG, UDC, traîtres à la patrie et fidèles à l’idée qu’ils veulent en imposer disent : montre-nous ton permis ton passeport à l’entrée je te dirai qui tu es et comment, sinon : tu restes dehors ou tu retournes chez toi. Cela, ce n’est pas un repli identitaire, c’est une fuite honteuse avec pour horizon une dérobade sur des pitons rocheux rêvés fabriqués modèle 13e ou 16e siècle. Ce n’est pas une crispation identitaire, c’est une crampe rigide goulue en énergie, orgiaque même; c'est la trahison d’une Suisse multiculturelle multiconfessionnelle, dont les valeurs cardinales sont le respect du droit et le dépassement des communautarismes par l’alliance des différences.


Alors oui, devenir définitivement toujours plus leur étranger pour mieux être suisse 

Devenir toujours plus leur Maria Perez, leur Madame Vera Figurek, leur Madame Olga Baranova, leur Madame Vittoria Romano, leur Madame Virginie Studemann, leurs Messieurs Velasco et Ahmed Jama pour mieux être suisse

Etre leur sauvage leur métèque leur étranger mais surtout, se définir sans eux et leurs contorsions imaginaires

Et surtout : chanter plus fort pendant qu’ils aboient.

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