sylvain thévoz

28/11/2013

Ni de droite ni de gauche, hors-la-loi

La confidence d'un conseiller municipal après la manifestation contre les coupes en Ville de Genève du lundi 25 novembre m'a surpris. Alors que plus de 500 manifestants issus de la fonction publique du tissus associatif, syndical, politique, s'étaient massés devant l'hôtel de Ville pour dénoncer les coupes, ce conseiller municipal regrettait sur son siège de ne pas s'être fait huer. Il aurait voulu, oui, que son nom soit crié, qu'il soit pointé du doigt, dénoncé. "Ils m'ont à peine vu passer", regrettait-il. Le pauvre. Toutes ces coupes, toute cette agitation, et même pas une tomate pour lui, pas une pancarte à son effigie. Qu'un bonhomme de paille le représentant soit brûlé, cela aurait été le paradis pour lui. Mais non, rien. Les citoyen-ne-s, ne se préoccupaient pas de l'incendiaire, ils luttaient contre l'incendie pour dire sur leurs affiches ce qui fait leurs engagements: des liens sociaux préservés, des assemblées d'aînés organisées, la vitalité des espaces de quartier, des engagements et des projets pour lutter contre la solitude, contre l'isolement et pour un tissus social irrigué.

Faites-moi de la pub (sur votre dos)

Lui, il maugréait: pourquoi ne m'ont-ils pas crié dessus, ne m'ont-ils pas pris à parti? Et si, plutôt qu'un rapport de force, c'était un rapport affectif qu'une partie de la droite extrême cherchait? Et si plutôt que de coupes dans la fonction publique, c'était une manière d'être entendu mais surtout cajolé par le pouvoir exécutif qu'ils voulaient? Exister aux yeux de l'autre. A entendre certains parler de Sandrine Salerno, on a le sentiment qu'ils s'adressent à une mère plutôt qu'à une conseillère administrative et que les finances publiques plutôt que d'être l'enjeu de tractations politiques découlent de transferts psychologiques ou affectifs, d'une profonde frustration de cette droite extrême. "Le conseil administratif ne nous écoute pas, nous avons dû aller à l'épreuve de force pour nous faire entendre"; nous avons dû passer par les médias et prendre en otage une partie de la population pour cela. Malgré nous. Ah. Celui qui crée le coup de force est-il donc si faible?

Ma question : quelle écoute auront-ils pour la rue: pour les étudiant-e-s, les aînés-e-s, les mères et pères de famille et professionnels qui disent : vos coupes, on n'en veut pas, elles sont brutales et arbitraires. Il y a d'autres manière de se faire entendre.  

Ni de droite ni de gauche hors-la-loi

Un élu municipal vote à double pour son voisin. Ce faisant, il méprise et foule aux pieds le suffrage universel, fondement de notre démocratie : un Homme, une voix. Lui dispose d'un statut particulier. Pour lui c'est : un Homme, deux voix. Ses prises de position? Au printemps, les homosexuels sont des pédophiles, à l'automne les suisses récemment naturalisés doivent rendre leur passeport, en hiver l'antisémitisme le plus crasse est de mode : "L'essentiel, c'est qu'Israël soit sur la voie de la carbonisation" écrit-il, pas peu fier de lui. Quand des membres d'associations lui écrivent pour lui demander de ne pas couper dans le budget du social, il répond que le Conseil Administratif pourrait supprimer leurs subventions. Comment alors croire son parti "populiste" quand c'est bien du peuple suisse composé, dans sa grande diversité, de juifs (si si), d'homosexuels (ça existe), de femmes (eh oui), de naturalisés (voilà), de fonctionnaires (malgré tout), de citoyen-ne-s (ah, si on pouvait s'en passer), bref: du peuple, qu'il prétend représenter mais qu'il méprise en lui déniant ses droits de base, et abusant des siens. Un Homme, une voix, c'est le principe que le peuple respecte et que cet élu foule au pieds, en étant pleinement soutenu et protégé par son parti qui le cautionne et l'encourage. Son chef de parti joue au théâtre guignolesque. Une fois il dit lui avoir téléphoné, une autre fois il fait comme s'il l'engueulait, une autre fois encore il se dit profondément peiné. C'est vrai, ce parti en le couvrant n'est ni de droite ni de gauche, mais hors la loi et pratique une forme de loi clanique contre celle de la communauté.  

Faites-moi un procès

A chaque saison sa provocation, à chaque mois sa transgression. Flirtant avec le pénal, cherchant dans la provocation et l'intimidation, les insultes, à embarquer ses adversaires politiques dans son jeu, au nom bien sûr de la liberté d'expression, cet élu joue avec les limites de la loi pénale pour transgresser les lois éthiques, démocratiques. Les transgressions se rapprochent, comme si la surenchère devait être permanente. Faites-moi un procès, que j'existe, que je brille, faites-moi un procès que je puisse avoir encore ma bouille dans le Matin et aller aux émissions télé. Faites-moi un procès que nous ayons encore, mes amis et moi, un peu plus d'audience. De la pub please, faites-le moi ce plaisir. Nous ne lui ferons pas ce plaisir. Et nous ne cautionnerons rien. Nous ne cèderons pas sur les principes de la démocratie, qui ne se négocient pas à la louche, ni ne se comptent en "goutte d'eau".

Cette manière de faire de la "politique" est-elle le nouveau visage du populisme? Ce "populisme" là, nous devons l'appeler par son vrai nom: l'extrême droite, et elle progresse pour l'instant, c'est vrai. Nous continuerons de travailler de toutes nos forces et intelligence pour qu'elle soit contenue. Par qui? Par le peuple, à qui reviendra toujours le dernier mot, dans les urnes, ou dans la rue.

12:29 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.