sylvain thévoz

18/11/2013

Hollande en Israël: diplomatie ou complaisance?

IMG_5274.jpg

Elles ne sont pas des jeunes filles. Elles ont respectivement 101 ans et 80 ans. Elles vivent dans le camp de réfugié d'Al-Arroub, 10'000 habitants pour 1km carré de surface, à 15 kilomètres de Bethléem. Depuis 1948 elles sont hébergées dans une maison en préfabriqué construite par l'ONU pour une durée qui devait être de... 7 jours, avant qu'elles puissent rentrer chez elle. Depuis 65 ans elles attendent de pouvoir exercer ce droit au retour dans leurs maisons quittées de force en 1948. Elles ont, comme la plupart des habitants ayant fui à cette époque, fermé soigneusement la porte en partant, gardé précieusement leur clé, et leurs registres établissant leur droit de propriété. Cette clé est devenue le symbole du droit au retour, garanti par la résolution 194 des nations unies en 1948 puis la résolution 3236 en 1974 qui affirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d’où ils ont été déplacés et déracinés". Ce droit n'a jamais été appliqué. Cette clé, symbole d'une solution du conflit, reste pour l'instant dans les boîtes en bois des déplacés, propriétaires de terres cultivables auxquelles ils n'ont plus accès. Le camp reçoit une aide alimentaire de la part des Nations Unies. 

IMG_5306.jpg

Tour de garde et barbelés

Au pied du camp, il y a une tour de garde, et une barrière qui peut être fermé de la même manière que l'on parque les bêtes à l'enclos, au bon vouloir des soldats. Les tours sont un des moyens de contrôler et d'épuiser les habitants des territoires occupés. Elles sont innombrables. De plus, on comptait en 2008, rien que sur les routes, 630 obstacles divers, 93 checkpoints et 537 obstacles matériels recensés. Ces obstacles sont en constante augmentation. Dans le camp d'Al-Arroub, qui ne diffère pas des autres en la matière, pratiquement tous les jeunes hommes ont été arrêté au moins une fois. Les détentions sont arbitraires et indéterminées. Elles se font de nuit. Les soldats entrent de force dans les maisons, cassent les portes, y jettent des gaz lacrymogènes, et, ou des grenades assourdissantes, c'est selon. Parfois, il n'y a personnes à arrêter, il faut juste que l'armée s'entraîne, pratique ses techniques d'arrestation. Il est bon de se faire la main dans des villages de réfugiés, imposer sa domination afin d'en forcer la reconnaissance. Partout, dans le camp, des graffitis rappellent la détention:"La prison ne nous fait pas peur". Des drapeaux sont mis au fenêtre quand un jeune revient de détention.  

Ballet diplomatique

Que Saeb Ereka, chef des négociateurs palestiniens ait donné sa démission le 14 novembre n'a ébranlé personne dans le camp. Depuis 100 jours que duraient les négociations 6'000 constructions de maison avaient été annoncées par Israël dans les territoires occupés, suivies de 20'000 en plus à la mi-novembre. 19 palestiniens ont été tués, plus de 129 maison détruites. Les violences commises par les colons contre les locaux ont augmenté de 49%. Le mur de séparation continue d'avancer et de couper des villages entiers de leurs champs et donc leurs moyens de subsistance. Jérusalem-Est est isolé de son arrière pays. Continuer de parler de "processus de paix", dans ces conditions équivaut à cautionner le processus planifié d'anéantissement culturel; jouer le jeu de négociation un jeu de dupe, qui sert unilatéralement les avantages d'Israël, progressant sur le terrain en violant en toute impunité les droits de l'homme dans les territoires occupés. Conflit en Syrie, tensions en Egypte, Liban bouillonnant, Irak explosif, Iran nucléaire, les sujets de crise se sont multipliés dans la région. Les israéliens auraient-ils les coudées franches pour continuer d'acculer les palestiniens. Qui mettra un frein au bulldozer israélien dans les territoire occupés? Hollande? Arrivé à Tel Aviv ce dimanche, cela semble peu probable. Son objectif affiché: une pincée de diplomatie, beaucoup de complaisance, un maximum de business, c'est annoncé. Les droits humains, dans ce contexte, qui les fera respecter?

Coquillages et crustacés

Mais c'est trop déprimant tout ça. Vas vite à Tel-Aviv t'amuser, c'est une ville branchée, les lumières y sont stroboscopiques. Tu verras de jolies choses dans la boutique. L'offre y est généreuse. Tu peux toucher du doigt les objets , te faire offrir le thé même et discuter les prix avec le patron. Vitrine dorée d'une boutique où, dans son arrière cour, on castagne joyeusement les gens. Et si tu demandes d'où viennent les cris que tu entends, on te dira au mieux que cela vient de la rue, au pire que ce sont quelques arabes à mater. On taira que ce sont les cris d'un peuple singulier, avec une culture unique, cherchant à survivre sur sa terre face à des colons russes et de Brooklyn fraîchement débarqués pour s'y imposer Non. Le patron montera un peu le son "raisons de sécurité" -rien de tel pour danser- et se détendre, c'est si chouette. Tel Aviv est à 3h d'avion de l'Europe, faut pas se prendre la tête. Ce n'est pas un shekel donné en plus ou en moins qui changera la donne. Mais va jeter je t'en prie, avant le duty-free, un oeil dans l'arrière boutique de la vitrine israélienne, tu m'en diras des nouvelles. Tu pourras ensuite bronzer au soleil avec la petite musique des vies cassés en tête, ou repenser comment le boycott, le désinvestissement, et les sanctions ont permis de faire évoluer la situation en Afrique du Sud dès les années 60.

Corps mort: risque sécuritaire?

Ce ne sont pas des jeunes filles, l'une s'est fait opérer du dos. Les médecins lui ont lui a mis une plaque, chinoise, de mauvaise qualité, il a fallu la changer. Elle ne peut plus bouger, c'est son amie qui s'occupe d'elle et quelques voisins. Le toit fuit, elle arrive en riant à faire en sorte qu'on vienne le lui réparer. Qu'est-ce qu'elle espère? Etre désormais enterré dans son village. Morte ou vive, d'exercer son droit au retour, retrouver sa terre et reposer auprès de ses aînés. 

08:36 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.