sylvain thévoz

12/11/2013

Yasser est mort, Staline prend du galon

IMG_4635.JPG11 novembre, anniversaire de la mort de Yasser Arafat. Il y a 9 ans que s'est éteint à Paris le père de la nation Palestinienne. Il y a foule à la Moqat'a des anciens, des jeunes, des enfants, militaires, militants, politiques et la garde officielle. Le portrait de Yasser est ni plus ni moins que d'habitude toujours présent dans toute la ville. Le résistant, père pour les orphelins, repère pour les autres, militant terroriste dirigeant survivant fedayin prix Nobel de la Paix, est allongé là. S'il repose à la Moqata'a, siège du gouvernement, malgré son souhait d'être enterré à Jérusalem, c'est aux israéliens qu'il le doit. Ils lui ont refusé cette dernière volonté.  

 

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Du polonium dans la Stapartheid

Le 8 novembre, les dirigeants palestiniens désignent Israël comme responsable de l'empoisonnement au polonium de Yasser. Alors que la bande de Gaza est sous contrôle du Hamas (qui a refusé d'autoriser une journée d'hommages au défunt), les différences économiques se creusent entre palestiniens; avec des classes privilégiées qui se créent à Ramallah, suscitant la frustration des sans terre et des paysans chassés, une diaspora qui se fait harceler aux douanes israéliennes pour renoncer à revenir, un printemps arabe et les conflits syriens, irakiens qui rendent les appuis meubles; des palestiniens résidant en Israël privés de contacts avec la Cisjordanie par le mur, rien n'est simple. Avec des israéliens amenant à la table des négociations des demandes prenant désormais le tracé illégitime du mur comme base de frontière sur le mode de " ce qui est à nous on le garde, on négocie maintenant ce qui vous appartient", technique institutionnalisée par Staline. Israël aurait-elle, à la barbe de l'occident, créé son monstre: la Stapartheid? Mélange d'apartheid et de stalinisme dans la conduite des conflits; de roublardise, de sadisme, de séduction et de force pour servir la séparation raciale des groupes? Le retour d'Avigdor Liebermann, faucon d'extrême droite au poste de ministre des affaires étrangères ce même jour en est un signe inquiétant.    

Si la figure de Yasser Arafat occupe, avec une pointe de nostalgie peut-être, une place si prépondérante aujourd'hui, c'est que le présent demeure sous le joug de l'occupation, et l'avenir, tel que certains le dessinent, intolérable. 

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L'arme à gauche

Tambours des sareyyet, fifres et tambours, drapeaux et chants. Un cortège aux flambeaux déboule sur l'esplanade de la Moqata'a chassant des centaines de gens devant lui. Les journalistes télés et photographes demandent aux jeunes à keffieh de prendre la pose, et faire le V de la victoire. Eux ne l'auraient pas eu cette idée. Pas de quoi se réjouir aujourd'hui, ni de crier victoire, mais il y a des images plus vendeuses que d'autres et les stéréotypes ont la vie dure. Les brigades des martyrs d'Al-Aqsa rebaptisées Brigades de Yasser Arafat le Chahid, branche armée du Fatah, sont rangées sous leurs bannières; démonstration de force à grands renforts de cris et de poings levés. Pourtant, les gamins sont tout jeunes, des pious pious qui lèvent haut les jambes en courant avec des drapeaux presque plus grand qu'eux criant à la vie à la mort. Les filles font pareil, et il semble que leur habit noir soit presque trop grand pour elles, leurs bras trop fins pour empoigner les couronnes de fleur qu'elles posent avec soin sur la tombe d'Abou Amar. Un groupe de japonais vient lui rendre hommage en se recueillant en joignant les mains et s'inclinant pendant que derrière eux des musulmans saluent debout, en rang devant la tombe au pied de laquelle un garde a laissé son fusil - oubli, appui, symbole-  ou: rappel à l'ordre, on ne sait pas.

 

07:03 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, yasser arafat, staline, liebermann, aparthied, stapartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |

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