sylvain thévoz

01/11/2013

Chanter plus fort pendant qu’ils aboient

Résister au plaisir d’être trop suisse. Ou plutôt résister au désir de faire de la Suisse une fondue qui se mange tout seul. Résister au désir de boire tous les matins ovomaltine chaude avec bonbons ricola et müesli, de fêter chaque succès de l’équipe suisse de football comme la descente rapide de Lara Gutt et le fait qu’Ueli Steck soit monté très vite sur la montagne – le plus vite même- il est suisse suisse suisse, bravo youpie il est du troupeau il est donc à moi. Résister à la tentation de faire l’allégeance obligatoire au pays main sur le cœur, obligatoire, pour être crédible, de faire son coming out nationaliste à répétition. UBS est pourri mais ce sont nos pourris à nous, nous les défendrons jusqu’au bout. Nous les aimons même beaucoup, et le droit et l’éthique nous les conchions sur l’autel des intérêts. Pourquoi résister à cela, c’est si bon ? Hop Schweiz ! Nationaliste, résiste à ton désir d’être plus chauvin qu’un français et plus con que tes pieds, de flamber 9 milliards pour calmer tes angoisses avec des superjets sur ta tête. Il existe des thérapies moins coûteuses.     

Il faut le dire, les «nationalistes » sont des traîtres. Ils prétendent servir notre pays mais jouent de la surenchère politicienne en traînant le pays derrière eux comme un mari ramenant sa femme à la maison, la tirant par les cheveux pour bien montrer qui est la patron et qu’elle est à eux. Ces fondamentalistes identitaires qui parlent en notre nom ont le gourdin pour argument et une vision de la Suisse qui en fait un corps servile, cloîtrée. FN MCG UDC Aube dorée même combat Mother Helvetica braquée, violentée, les doigts de certains levés et pointés. Leur dénominateur commun est leur peur de l’autre et de l’étranger, du port du Pyrée au Prado à la cathédrale Saint-Pierre ? Leur idée de la Suisse, de Genève, est celle d’un refuge territorial esquivant le risque relationnel. Or, ce qui fait et à fait la richesse de notre pays, c’est l’échange, le lien d’humain à humain, la co-construction possible d’un avenir commun et son risque assumé.     

Migrants honteux

Certains migrants honteux mettent une énergie folle à montrer qu’ils se sont assimilés. Ils ne parlent plus de leur origine, la gomment l’effacent, prétendent être suisse de toujours à jamais comme blanchis par le passage de frontière, « plus genevois que les genevois » comme si c’était une honte une tare d’être venu à un moment d’ailleurs et d’avoir habité une autre langue, voire de continuer à rêver dans celle-ci. Alors que, définitivement, et sûrement, à un moment ou un autre, ils iront ailleurs, pour sûr, et définitivement cette fois. Migrant: condition d'humain. Comment migrant peux-tu nier le droit de l’autre à l’être ? Agir comme un propriétaire terrien ? Ce n'est pas à une caricature de nation qu'il faut faire allégeance, mais au droit.

Coming out d’un métayer

Petit fils de migrant italien, fils de migrante française, de paysans vaudois, de mercenaires, de vendeur de bétail, de soignants, je suis suisse, mais aussi vaudois, genevois, pâquisard, provençal français parisien, ontarien, canadien francophone aussi, et mon nom : Thévoz, petit fils de péouse vaudois, je le porte avec le bonheur d’un métayer : un cadeau. Quelque chose m’a été donné pour lequel je suis humblement porteur. C’est cet héritage qui me fait regarder avec suspicion ceux qui  font de l’identité un pré-carré, une chasse-gardé, une propriété barbelée. Il y aurait nous et les autres, les bons et les mauvais étrangers ? Fadaises. L’enjeu est de trouver une langue commune. Pas de s’en accaparer une. Il y a des noms qui t’empêchent d’avoir un logement et d’autres qui te poussent à la rue. Ce qu'il faut imposer, c'est le droit, pas des chimères identitaires.

Nos fondamentalistes lacustres, urbains 

Le projet politique des fondamentalistes de l’identité qui s’insurgent que la Suisse ne soit plus enfermée dans ses frontières comme dans une cuisine bien gardée s’étranglent des rencontres d’êtres humains à êtres humains et des solidarités qui se nouent sont porteurs de mouvements claniques, tribaux. Nos fondamentalistes lacustres (ce sont bien les nôtres : fait maison home made)  MCG, UDC, traîtres à la patrie et fidèles à l’idée qu’ils veulent en imposer disent : montre-nous ton permis ton passeport à l’entrée je te dirai qui tu es et comment, sinon : tu restes dehors ou tu retournes chez toi. Cela, ce n’est pas un repli identitaire, c’est une fuite honteuse avec pour horizon une dérobade sur des pitons rocheux rêvés fabriqués modèle 13e ou 16e siècle. Ce n’est pas une crispation identitaire, c’est une crampe rigide goulue en énergie, orgiaque même; c'est la trahison d’une Suisse multiculturelle multiconfessionnelle, dont les valeurs cardinales sont le respect du droit et le dépassement des communautarismes par l’alliance des différences.


Alors oui, devenir définitivement toujours plus leur étranger pour mieux être suisse 

Devenir toujours plus leur Maria Perez, leur Madame Vera Figurek, leur Madame Olga Baranova, leur Madame Vittoria Romano, leur Madame Virginie Studemann, leurs Messieurs Velasco et Ahmed Jama pour mieux être suisse

Etre leur sauvage leur métèque leur étranger mais surtout, se définir sans eux et leurs contorsions imaginaires

Et surtout : chanter plus fort pendant qu’ils aboient.

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