sylvain thévoz

30/10/2013

Ce n'est pas ça le problème

Le problème n'est pas ton regard et le fait que tu ne cours plus, n'accélères pas quand le bus part. Ce n'est pas le fait que tu renonces, que tu ne regardes plus toutes les 5 minutes ton téléphone pour voir s'il quelqu'un t'écrit, si le matériel a bien été livré. Tu ne décolles plus de ta télé, écouteurs vissés sur la tête, internet à haut débit, c'est très bien ainsi. Le problème, ce n'est pas ta séparation, les cris dans la cage d'escalier, le cambriolage du 5e, la police qui ne vient pas, la vieille voisine qui est tombée, a tapé sur le radiateur toute la nuit. Le problème, ce n'est pas la levée retardée des ordures, la première neige qui mettra une heure trente à être déblayée, ni le fait qu'un homme crie: sortez-moi de là et qu'un cygne égaré marche sur la chaussée.

Ce n'est pas ça le problème

Tu te fous qu'il y ait un pont sur la rade ou pas. Tu te moques de voter le 10 novembre ou même le 1e avril. Pour la gauche, pour la droite, ça ne changera rien tu dis, on est au-delà de tout ça. Ce n'est pas cela qui compte, ce n'est pas ça qu'on te vole. Le problème n'est pas d'avoir une nouvelle patinoire dans 5 ou 10 ans, ni le fait que Genève Servette Hockey Club ait perdu trois à zéro contre Zürich, encore. Le stade encore neuf est trop vieux, ton nouveau système d'exploitation désorienté. La ville est éclairé toute la nuit: un terminal d'aéroport notre cité. Tu ne sais toujours pas si c'est du cheval sous ton bœuf -tu as oublié d'avoir confiance- et pour combien de temps encore tu vas être addict au nucléaire mais promis, demain tu arrêtes.

Ce que tu produis de plus régulier et qui t'aime

Le problème n'est pas le scooter renversé au pied du lampadaire. Ce n'est pas l'homme allongé derrière l'ambulance avec un masque à oxygène sur le visage. Plus tard, tu as appris que l'homme était mort. Fini. C'était la troisième fois en deux mois que tu voyais un homme par terre. Des êtres couchés qui n'iront plus nulle part. Tu traverses le pont du Mont-Blanc. Tu franchis 5 points noirs de circulation pour aller travailler. Les points noirs, tu les dépasses. Quand tu les as dépassé, tu es blanchi. Mais ce n'est pas ça le problème. Quelqu'un règle son auto-radio et ne te voit pas. Il aura une taule froissé, toi ta tête fracassée. C'est ainsi. En une seconde, c'est fini. Tu te dis : ça pourrait s'arrêter. Mais ça continue. Ce n'est pas ça le problème. Ce ne sont pas les débris, les morceaux, les miettes, la perte, la peur, les détritus. Tu te dis: depuis que je suis né, j'ai pissé une million de fois déjà. Tu te retournes pour regarder tomber dans la cuvette ce que tu produis de plus régulier. Tu te palpes le ventre quand tu as trop mangé. Malade? Un jour ou l'autre ça va arriver. Anxiété: un cancer, un crédit, les coupures de courant. Tu prends easy jet et tu balances du kérosène à haute dose dans l'atmosphère. Et alors: c'est quoi le problème?

Le café qui infuse monte à peine, des larmes remplissent à ras-bord des yeux ébréchés. Les larmes n'ont pas droit de cité. Il faut les ravaler, aller badger. Dans la ville, ballet des ambulances. Un drame. Plus loin encore, des sirènes. Ce n'est pas la frontière le problème, ce n'est pas de travailler ensemble, d'avoir une nouvelle force -elle est déjà vieille- un meilleur salaire, ce n'est pas de reconstruire, rebâtir. Non, le problème, ce n'est pas ça, ce n'est pas de voter, s'abstenir ou se taire.     

Le problème c'est que si les humains savent sourire, les bêtes peuvent toujours mieux haleter qu'eux  

Et je les envie.

 

 

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24/10/2013

Petit billet pour nulle part

th_8b8404c5292eba1ffc29fac909b4a9ff_3867815284_8c13b61cfc_o.jpgDécoller les étiquettes

J’admire celles et ceux qui avancent sans savoir où aller, mais y vont. Malgré tout. Flairer, désirer, chercher. Celles et ceux qui, avant d'aller, ne savent pas où ils vont mais se mettent en chemin, quotidiennement, inlassablement. Mouvements de déplacement, dessaisissement, de résistances, constructions dans les marges. Marges qui sont le centre. Système D, bricolages, survie. Ils n’ont pas remplis de tableau Excel, ni de grilles de planning, ne produisent même rien peut-être, "que de l'être". Ils sont là, corps dans l’espace ; libres. Libres ? La liberté n’est pas un état stable, elle n'a pas de prix. Ils étendent son domaine, ce qui est toujours coûteux : contraintes, renoncements, contrôle, âpretés, pauvretés en retour. Mais de qui est-ce que je parle ?     

Celles et ceux qui ne savent pas où ils vont

J’aime celles et ceux qui avancent sans savoir où ils vont, et y vont à fond. Celles et ceux qui débordent, se démarquent, les lents, les ralentis, les déclassés, ceux qui pleurent encore. Ils ont le temps pour eux, l’usent à leur guise. Intimement, on ne peut que les envier, les jalouser même. Ils rusent avec les cadenas, les carcans, les policiers, les gérants de l'ordre établi. Ils ne sont pas branchés, connectés, sollicités, salariés, activés, hygiénisés, ou alors en discontinu. Ils n’ont pas le power-point vissé dans la tête avec le planning au poignet et les rappels sur le téléphone l’after-shave le deo toujours dans la poche et le Mcpro dans la ligne de mire avec le fil à dents. Marcheur il n'y a pas de chemin le chemin se fait en marchant. Heureux les pauvres d'esprit le royaume des cieux est à vous. Oui, Christs, poètes, révolutionnaires : tous les branleurs et les branleuses, aussi.  

Le lobby des électeurs

Mais qui sont-ils, ils ? Je ne sais pas. Ce petit billet ne mène nulle part, je l'ai d'ailleurs annoncé en titre. Les artistes, créateurs, bédéistes, les enfants, roms, minorités, les déclassés, dératés, retraités, ados, attardés, arythmiques, les cachexiques, montagnards en désalpe, immigrés, aînés, relégués, clandestins, travailleurs sous-payés, exploités, les sans voix, malades, les brûlés, les forains, les enroués, cassés, emprisonnés, les sans toits, ceux de l'est, ceux de l'ouest, ceux du sud, ceux d'ailleurs, les classes trop moyennes, trop maigres, trop grosses, les tièdes, tendres, doux, ceux que l'on n'entend pas, celles qui oublient de parler, celles et ceux qui se taisent, experts inconsultables et qui ne retournent pas les appels. Celles et ceux qui font pousser doucement les graines de vie, les sèment, les arrosent. Vision romantique? Oui, j’assume. "Ils", c’est "nous", non ; c’est tout un chacun, oui ? Peuple, en puissance, peuple non unanime qui se tait ou murmure à bas bruit, tout aussi représentatif que les 3500 signataires d'une pétition ou les 40'000 votants sur un bassin d'un demi-million de personnes qui eux ne représentent, au final, qu'un petit lobby d'électeurs, cheptel de voix achetables par slogans ou affiches en format mondial.  

Maniaco-techno-dépressifs

Je suis peut-être romantique sur les bords, je ne suis pas naïf. Ils paient cher leur liberté contre le business plan, avec les factures ou les amendes de fin de mois. Ils la revendiquent contre, non pas la classe dominante, qui est partout, donc nulle part, mais contre le rythme dominant, pensée dominante, qui habite chacun-e, et dispose  de logiques administratives, de la force des gestion anonymes, et numériques. La révolution qui vient sera celle de la lenteur et des renforcements des rythmes propres, contre les machines minérales de la haute gestion et la société fluide de l’abrutissement; la dépossession de soi et la novlangue forgée par les technophiles et technocrates, maniaco-techno-dépressifs marchant au rendement comme des toxicomanes aux amphétamines. La révolution qui vient sera une révolution de la confiance; une révolution de l'esprit et du coeur, et elle sera bordée par ceux qui ont en surplus de ce qui vaut peu contre ceux qui ne pensent qu'en terme de rentabilité ou d'efficacité et qui, au final, ne sont rien.            

Oui, ce sont par les détours, les chemins à rebours, par la lenteur et l'intuition que nous sortiront de l'impasse, non en passant la vitesse supérieure direction le mur. Pas par l'abattage des arbres et le tassement des graines qui poussent alignées ou l'élagage forcené des branches, mais par le taillis serrés des broussailles anonymes, la jachère, les radis noirs, les ronces. Encore.

Le maquis.  

Voie de sortie.

Ou: petit billet pour nulle part.      

 

 

 

 

 

 

 

 

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21/10/2013

L'homme qui murmurait à l'oreille des chapeaux

Il se tient dans un parc dans un petit rayon de soleil, sympa, détendu, la barbe ample, un chapeau sur la tête. Tranquille, un livre dans les mains, il lit Krishnamurti: se libérer du connu. Il lit au soleil, au bord du lac. Quand je lui demande si je peux m'asseoir à côté de lui, il dit oui évidemment, fait un peu de place. Tranquille, je vous dis. On commence à parler, de choses et d'autres, et comme il remarque que j'ai le soleil dans les yeux, il me propose son chapeau avec égard et confiance, comme si on se connaissait déjà. Je mets son chapeau. C'est bien de mettre le chapeau de quelqu'un que l'on ne connaissait pas l'instant d'avant. Chapeau à large bord, feutre lourd. Je porte son chapeau. Je n'ai plus de soleil dans les yeux. 

Cor des alpes ou avions supersoniques?

Avant, il jouait du cor des alpes dans les les parcs, mais il a arrêté, cela faisait trop de bruit, on lui a demandé de partir. Il est parti alors, est allé jouer dans les bois, bois de la bâtie notamment, mais on lui a dit là-bas que cela dérangeait les bêtes. Il montrait du doigt les avions qui passaient dans le ciel, et répondait: et alors: ils ne dérangent pas les bêtes ceux-là? On lui a demandé de partir. Il n'est plus allé nulle part. Il  a arrêté de jouer du cor des Alpes. Il y a des musiques qui passent mieux que d'autres. Entre le cor des Alpes et les avions supersoniques, il y a peut-être de nouveaux arbitrages à faire. Mais foin de polémiques. Il n'a pas de temps à perdre avec cela.

Une nuit trop lumineuse

Il trouve qu'il y a trop d'éclairage. Pas assez de zones d'ombre, c'est trop lumineux, ça lui fait mal aux yeux. Il ne comprend pas pourquoi on dépense tout cet argent pour faire que la nuit ressemble autant au jour, mais en plus moche, dans une fausse transparence. On parle partout de crise écologique et de la rareté des ressources, alors pourquoi faire ressembler les routes à des zones portuaires sous halogènes? Mmmh.. il se gratte la barbe. Il ne comprend pas.

Des transports publics trop efficaces

Il ne pense pas que les transports publics soient mal gérés, non, pour lui c'est le contraire, il y a trop de bus, de trams. Le service est trop bon, vous comprenez, c'est que c'est exceptionnel, même pas le temps d'attendre 5 mn pas le temps de poireauter, que déjà un bus vient, puis encore un autre, et un autre encore. Il regarde cela depuis son banc et sourit maintenant quand il voit les gens courir, parce que bientôt, courir derrière un bus deviendra un acte du passé. On saura d'un réflexe pavlovien que le conducteur ne freinera pas pour ouvrir les portes, il n'en aura pas le droit, ce sera interdit, et surtout parce qu'un autre bus vient droit derrière. Pas le temps de se poser, pas le temps d'attendre, que déjà hop, on est emporté ailleurs. Il ne regrette pas, non, mais désormais il préfère aller à pied, parce que les transports publics sont trop bons, vous comprenez, ça va trop vite. Il a dû arrêter le vélo, parce que là, il a vraiment cru que les voitures allaient le tuer. Mais dans sa tête, ça continue de tourner vite. Certains pensent que c'est là qu'il cache son petit vélo.

Tapoter partout, ça rend marteau 

Compétitions? Elections? Rivalités? Beaucoup trop d'égos et d'ambitions personnelles, et pour faire quoi? Mais il vote, oui, toujours pour des femmes, parce qu'en moyenne, elles sont toujours moins bêtes que les hommes, il dit. Il corne son livre. Un vieux livre, clairement. Il trouve ça plus écologique que de recharger une tablette et surtout il pense que de tapoter partout, à la longue, ça rend marteau. Il aime ce mouvement d'apposer le pouce sur l'index, pour tourner les pages. Il dit que c'est ce qui sépare l'homme du singe: la préhension. De pouvoir apposer les doigts, ça permet de mieux saisir les choses.

Un conservateur? Un visionnaire? Un doux rêveur, lui? Peut-être, mais encore attaché à la propriété privée alors. Avant de partir, il m'a murmuré un dernier mot à l'oreille et demandé de lui rendre son chapeau...

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16/10/2013

Un gentil derby de hockey

e6988.jpgGenève Servette hockey-club s'est incliné 4 à 1 à la maison contre Lausanne dans le derby de ce mardi. 4 buts à 1 autant dire une rouste, une dérouillée, une correction. Et pourtant, dans les faits, ce fût un très, très gentil derby. A peine six petites pénalités de deux minutes et pratiquement pas de charges. Un jeu de gentleman je vous le dis, presque de danseuses, n'était le fait que la danse est un exercice violent et que le corps y est soumis à très rude épreuve, plus qu'au hockey finalement. Ce match lémanique a plutôt ressemblé à un bal musette. Le puck, loin d'être disputé, était plutôt un cadeau dont on ne savait que faire: à toi à moi, à toi, allez... tu ne le veux pas, prends-le, je te le laisse volontiers... non non je n'en ferai rien... tu es sûr? Bref, on était plus proche d'une messe avec don d'hostie que d'une gué-guerre avec un gral à conquérir.

Culture et sport

Est-ce parce qu'une dizaine de joueurs lausannois sont passés par l'effectif genevois, que les deux clubs s'échangent des joueurs, se les prêtent, se les vendent, ou parce que deux couples de frères sont partagés entre les deux contingents (les frères Savary et Antonietti) que finalement l'on joue un peu au derby comme l'on joue à la dinette en famille aux Vernets? Je ne sais pas. Je connais moins le hockey que l'art contemporain, mais il semble au final que l'on s'étripe plus dans celui-ci que dans celui-là. Il semble en tout cas, à Genève, que la culture est plus compétitive que le sport. Il est plus dur d'y survivre. Quant à Lausanne, c'est plutôt l'inverse. Ce n'est pas pour rien que Lausanne a le siège du comité olympique international et que nous n'avons que le Grand Théâtre. A chacun sa croix. Il y en a de plus chères que d'autres...

Le derby des familles

Alors, derby lémanique ou promenade en famille? Quand on sait que Hugh Quennec, patron du genève servette hockey club mais aussi du Servette football club a des actions dans le club de hockey de Lausanne, c'est fort. Comment imaginer une compétition alors que tout le monde fait partie, à peu de choses près, du même contingent? En voilà une bonne raison de ne pas se faire trop mal. Au final, le véritable objectif de cette soirée caritative était surtout de ne pas se blesser. Ce fût un échec. L'impossible s'est produit. Le malheureux Eliot Berthon a reçu un puck en pleine poire, dévié par son coéquipier Berger. Jeux de mains jeux de vilain? Genève jouait pourtant comme ses pieds. Bon, les lausannois, eux, n'ont pas perdu le nord. Après un début poussif et un but reçu d'entrée (le traditionnel quart d'heure vaudois), ils s'échauffent, s'ébrouent -on ne réveille pas un vaudois impunément!- et hop: et un et deux et trois buts d'affilées! Les genevois ramassent la rondelle dans leurs filets, mines dépitées cannes basses, gants sur la glace. Pas de révolte ni de coups, l'aigle a piteuse allure et le lion un air de crack. Déjà (déjà!) les spectateurs quittent les gradins; ça se dépeuple très vite en tribunes. On peut pas dire que la rage de vaincre les habite -plus préoccupés d'aller chercher leur voiture en premier histoire de ne pas être pris dans les embouteillages-, que de pousser leur équipe? Ah lala, les supporters lausannois donnent alors de la voix "ici c'est Lausanne" "ici c'est chez nous" les effrontés! Un "frontaliers frontaliers frontaliers" impertinent, torse nu sur les murs en plexiglas de la patinoire claque chez les rupestres. Les pom pom girls sont jalouses, on leur vole la vedette; les frontaliers aussi, les genevois sont relégués en périphérie du classement. Et pan, c'est le 4 à 1 et c'est la fin.

Chauffer les oreilles du voisin

Que des frontaliers traitent de frontalier toi-même (c'est celui qui le dit qui y est) les locaux, fussent-ils leurs familiers et soumis au même patron qu'eux, on en rigole encore, car ça  ne manque pas de piquant, étant entendu que l'on est toujours le frontalier de quelqu'un d'autre et que lors de ce gentil derby, au final, personne ne s'y est senti vraiment dépaysé. A la fin du gala: quelques échauffourées, entre genevois - allez comprendre- mais peut-être que des eaux-viviens avaient une dent contre des Pâquisards, ou des servettiens contre des carougeois, suffisamment pour se chauffer les oreilles avant d'aller se frotter au cordon de police protégeant des lausannois tout content d'avoir triomphé et d'invectiver leurs copains avec des noms d'oiseaux. 4 buts à 1 au final, il fallait bien une petite baston en famille pour clore le gentil derby, ça fait partie du folklore. Bon, maintenant, je me demande si ce rituel fleurira à l'opéra au spectacle. Il paraît qu'ils jouent Wagner... encore un boche celui-là, ça pourrait en exciter plus d'un...     

13:14 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hockey, derby, famille, lausanne | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/10/2013

Le livre noir de l'occupation israélienne

" 1380341_536139363132017_1521371139_n.jpgLa procédure: rassembler la famille dans une pièce, placer un garde à la porte, lui ordonner de braquer son arme sur eux puis fouiller toute la maison. On a reçu un autre ordre selon lequel tous ceux nés après 1980 jusqu'à... tous ceux entre seize et vingt-neuf ans, on devait les emmener menottés, les yeux bandés. Les soldats criaient sur les personnes âgées, l'une d'entre elles a fait une crise d'épilepsie. Ils ont continué à lui crier dessus. Il ne parlait pas hébreu, mais ils continuaient à hurler. On a continué notre tournée. Dans toutes les maisons où on est entrés, on a emmené les jeunes entre seize et vingt-neuf ans à l'école. Ils sont restés attachés dans la cour" 

Yehuda Shaul est à Genève

Ce mardi à 18h30 à La société de lecture (11 Grande-Rue) et mercredi à 19h à la Librairie l'Olivier (rue de Fribourg 5) Yehuda Shaul, ancien soldat et fondateur de l'ONG israélienne Breaking the Silence (Briser le silence) viendra présenter et dédicacer le Livre noir de l'occupation israélienne, qui vient d'être traduit en français aux éditions Autrement. Ce livre de presque 400 pages, où des soldats israéliens racontent leurs quotidiens absurdes d'armée d'occupation et pour nombre leurs crimes, est préfacé par Zeev Sternhell, professeur émérite de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est matériellement une pièce à conviction des exactions israéliennes dans les territoires occupés et moralement l'équivalent du livre d'Hannah Arendt "Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal" de 1966 en ce qu'il porte de vérité crue et de courage à faire entendre une parole sans concession provenant de témoignages directs.


Les soldats sont dans les territoires occupés

Le titre original en anglais: Our harsch logic. Israeli Soldiers's Testimonies from the occupied Territories 2000-2010 est tout aussi explicite dans son énoncé. Il s'agit d'un recueil sur la banalité des conduites des soldats israéliens; cumul de 145 témoignages de soldats, d'officiers, d'hommes et de femmes jetés dans une situation coloniale d'exploitation d'un peuple par un autre. Il met en lumière ce que tout le monde sait et pense tout bas en Israël. Malaise lié aux mauvaises conduites de l'armée israélienne dans les territoires occupés. Pas possible de botter en touche quand le constat vient de l'intérieur et dénonce sans relâche le projet de la droite israélienne au pouvoir: tuer dans l'oeuf toute possibilité de coexistence de deux états, allié à la volonté affirmée de grignoter morceaux par morceaux les territoires situés à l'extérieur d'Israël; à l'intérieur: instaurer de fait un état d'apartheid entre citoyens juifs et non-juifs. "Ce ne sont pas les Palestiniens qui menacent l'existence d'Israël mais les colons fanatiques de Cisjordanie" écrit Zeev Sternhell dans sa préface enfonçant encore plus le clou, si besoin était. "Ce livre est le bienvenu, il montre que l'occupation des territoires conquis lors de la guerre des 6 jours de juin 1967 constitue le plus grand désastre de l'histoire du sionisme." Mais le coeur de l'ouvrage est, au-delà des considérations politiques même, dans la parole nue, directe que ces jeunes soldat-e-s font entendre. Traîtres pour la droite dure israélienne, ces soldat-e-s qui osent parler placent plus haut que les intérêts nationaux, au niveau de la dignité humaine et des droits de l'homme, la vérité. Le livre est un fait de société depuis sa sortie en Israël en 2010.


Benjamin Netanyahu est à Genève

 Ce mardi, Benjamin Netanyahu est lui aussi à Genève. Il vient y dénoncer l'Iran, coupable de rapprochement avec les USA et tenter de freiner cette détente. Natanyahu menace dans la presse, il pointe du doigt, dessine les contours de l'ennemi, l'autre, toujours l'autre. Pas de détente, pas de chance à la paix; relâcher la rigidité du nationalisme, c'est montrer sa faiblesse. Et montrer sa faiblesse, ce serait risquer la guerre civile avec les colons israéliens ou pire: perdre le pouvoir. Netanyahu dans un entretien au quotidien Le Monde de dimanche à cette phrase magnifique: "Quand vous avez un régime meurtrier on ne doit pas le laisser agir". Hormis le fait que Netanyahu joue à faire peur à l'Europe en la menaçant des fusées iraniennes, et nous rejouant la vieille rengaine de Bush Jr "soit vous êtes avec nous soit vous être contre nous", on en vient à penser en lisant ce livre noir de l'occupation israélienne, et les rapports des ONG sur place, que l'argument du régime meurtrier pourrait lui être renvoyé comme un boomerang en pleine face. Et les propos défensifs israéliens pris pour ce qu'ils sont: une volonté hégémonique à peine déguisée.   


Les conventions de Genève ne sont pas dans les territoires occupés

Ce livre noir de l'occupation israélienne étaie par des preuves le fait que les conventions de Genève n'ont toujours pas droit de cité dans les territoires occupés et qu'Israël n'est clairement pas cette société humaniste et démocratique qu'elle prétend être aux yeux de l'Europe et des Etats-Unis. Il faut écouter Yehuda Shaul, les 145 témoignages des soldats au risque de hauts-le-coeur, c'est un exercice de santé mentale. L'action, quel qu'elle soit, ne vient toujours qu'après la prise de conscience.

 

Mardi 18h30 Société de lecture (11 Grande-Rue). Mercredi 19h à la Librairie l'Olivier (rue de Fribourg 5) Yehuda Shaul. Présentation et dédicace du Livre noir de l'occupation israélienne, éditions Autrement, 2013.


"Il y en a que ça affecte d'une manière ou d'une autre. Certains disent: 'okay, j'ai tué un gamin aujourd'hui'. Ils rient. 'Ouais, maintenant je peux dessiner un ballon sur mon arme, à la place d'un X. Ou un smiley.' D'autres le prennent mal. Je me rappelle, j'étais à Djénine pendant l'entraînement des commandants d'équipe. (...) Un copain à moi est arrivé avec son M24, une arme de sniper, quand un gamin est monté. Il lui a tiré dessus, tout content: 'j'ai descendu quelqu'un'. Ensuite, ils lui ont annoncé qu'il venait de descendre un gamin de onze ans ou quelque chose comme ça. Il l'a très mal pris. Il était heureux d'avoir tué quelqu'un? Pourquoi? Parce qu'on se prouve quelque chose. On est un homme. 


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14/10/2013

Lampedusa n'est pas un drame

Sea-chile.jpgLampedusa n'est pas drame.Lampedusa n'est pas une catastrophe. Lampedusa est la conséquence de rapports économiques inégalitaires et l'aboutissement logique du protectionnisme économique Européen. Lampedusa n'est rien d'autre qu'un crime prémédité. Et c'est le nôtre. 

Les bateaux de pêche évitent les routes des migrants. Les marins ne veulent pas se retrouver confrontés à eux. Ils les évitent du regard s'ils les croisent et les laissent dériver. Poussés par les vents et les courants, les radeaux de fortune dérivent. Personne ne s'en soucie. Il y a plus de bâtiments de guerre massés en Méditerranée que de bâtiments de secours. Les bâtiments de guerre occidentaux au large de la Somalie (opération Atalante) qui défendent des supertankers, ne pourraient-ils être rapatriés pour sauver des vies en Méditerranée plutôt que de protéger le pétrole et les flux commerciaux ? émerge une vraie question: préfère-t-on  préserver le capital ou des vies?  

20'000 morts en 20 ans

Quand Madame Mireille Vallette, sur son blog de la tribune, affirme qu'elle n'a pas honte parce que les responsables des noyés en mer seraient les gouvernements et les fanatiques des pays du sud méditerranéen, elle déraille. Pourquoi? Parce que bien avant les révolutions arabes, les pressions migratoires ont conduit des milliers de personnes à mettre leur vie en jeu et souvent à la perdre durant la traversée. Depuis 20 ans, 20'000 personnes sont mortes en Méditerranée. Avant, bien avant de possibles mouvements islamiques que Madame Vallette désigne à tort comme responsables. Dans les années 2000 Khadafi utilisait la menace de migrations comme outil de chantage pour renouer le dialogue avec l'Europe. En 2009, il signait un accord avec l'Italie pour bloquer les flux migratoires. En contrepartie, l'Union européenne versait 5 milliards au dictateur. Les verrous qu'étaient les dirigeants verreux: Khadafi en Lybie, Ben Ali en Tunisie et Mubarak en Egypte ont sauté. Les remparts avancés de l'Europe se sont effondrés. Les laquais de l'Europe balayés, les flux migratoires ont repris. Les migrations forcées vont aller s'accélérant. 60'000 migrants ont déjà tenté le départ suite à la chute du colonel Khadafi.


Tu veux la paix? établis la justice sociale

Lampedusa n'est pas une catastrophe. Elle est la conséquence des rapports économiques inégalitaires entre le nord et le sud de la Méditerranée, et du durcissement des politiques d'asile par les pays européens contraignant des hommes et des femmes à se lancer à l'eau au péril de leur vie. En Suisse, ceux qui ont voté pour le durcissement du droit d'asile au mois de juin 2013 peuvent verser toutes les larmes de crocodiles qu'ils veulent sur les noyés de la Méditerranée, ils en portent une responsabilité matérielle, morale. Ceux qui ont voté pour fermer la porte des demandes dans les ambassades suisses pourront se passer la crème solaire à Rimini cet été, et faire des discours émus sur le sort des noyés, ils en portent une responsabilité matérielle et morale. Le repli sur soi de l'Europe, de la Suisse, se désintéressant du sort de ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée comme si son destin n'y était pas lié, est hypocrite et criminel.   

Des migrations de survie

405 migrants sont morts dans les naufrages des 8 derniers jours. Qui sont ces noyés? Principalement des Syriens, des Palestiniens, des Erythréens (la plupart sont originaires des pays de la pointe de l'Afrique où 12,4 millions de personnes souffrent de la faim, 1,2 millions d'enfant étant en danger de mort au Sud de la Somalie). Des gens chassés de chez eux, qui s'en voient interdire tout retour comme les Palestiniens, puis étant sans territoire par le déclenchement d'une autre guerre (Syrie). Ce sont ces guerres et famines qui les poussent au départ dans des conditions catastrophiques. Lampedusa n'est pas un drame. C'est l'acte final d'une chaîne de causalités dont l'Europe se désintéresse en réhaussant ses murs.


Fissurer la forteresse du dedans
Si notre seule réponse et de nous enfermer dans la forteresse Suisse, défendue par la barrière Europe, et nous réjouir qu'entre "nous" et "eux" il y ait aussi une mer et des montagnes; si notre seule vision à terme est de nous claquemurer, plébiscitant encore et encore des durcissements des conditions d'asile pour ceux que l'on retrouve par 50 mètres de fond à Lampedusa, salissant nos mains de sang votations après votations, nous ne ferons plus long feu. Pire, si nous continuons d'accueillir à Genève, les négociants en pétrole et en céréales, les traders responsables des famines de la corne de l'Afrique et les spéculateurs de matière première, nous ne pourrons encore longtemps jouer avec nos responsabilités et nous désigner comme neutres à peu de frais. Nous portons une part de responsabilité dans les naufrages, car nous abritons les responsables directs des crimes qui se trament au Moyen-Orient et en Afrique. Nous ne pourrons encore longtemps crier: nous n'y sommes pour rien, et aller nous baigner l'été en Méditerranée peinards à Rimini, à Marseille, ou Benidorm quand Carghil, Trafigura et autres affameurs de la planète ont pignon sur rue à Genève et le clan Ben Ali ou Khadafi, Mubarak, leur pognon. Avoir des jets supersonics pour la gué-guerre (coût des Gripen: 9 miliards: combien de vies sauvées?) ne nous prémunira de rien. Car la guerre de demain dure depuis longtemps déjà, elle est asymétrique, elle est entre ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien. Et la menace vient d'ici, nous l'abritons. Nous devons donc changer de politique. Par exemple : augmenter le pourcentage dévolu à l'aide internationale. Taxer plus fortement les entreprises cyniques qui ont pignon sur rue et créent les conditions des drames. Développer une politique d'asile digne.  


Ce que disent les naufragés

Lampedusa n'est pas une catastrophe, Lampedusa n'est pas un drame, c'est le champ de bataille économique entre ceux qui ont et ceux qui n'ont rien. On ne lutte pas contre les pauvres qui se hissent sur des rafiots pour traverser les flots avec des armes automatiques. Ce n'est pas l'armée suisse qui les arrêtera, ni les bons fusils d'assauts ou le gros matériel Ruag. Faut-il attendre que les corps des noyés soient entassés par milliers dans la Méditerranée pour que d'autres passent à gué pour nous demander des comptes? Alors tu ne pourras dire que tu ne savais pas, que tu ne t'intéressais pas à ce qui se passait au sud de la Sicile, que ton vol Easy-jet s'arrêtait seulement à Barcelone. Les naufragés nous parlent, ils disent: nous sommes notre dernière parole avant... Nous entendez-vous? Ou vous faut-il d'autres sons que ceux des noyés dans la mer pour réagir?  




 


 


 

 

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11/10/2013

Notre police (le roux, le gros, le frisé)

 

Ils dorment dans les parcs. On les réveille à 6h juste avant que les premiers travailleurs ne passent. Les voir à l’aube agglutinés comme des grappes les uns aux autres pour se tenir chaud, c’est intolérable. Ils doivent disparaître maintenant. Marcher.

 

Cette femme, tu la vois à Plainpalais. Elle a une lèvre recousue et elle dit : j’étais assise dans la rue quand un homme est venu vers moi et m’a donné un coup de poing au visage, sans rien dire. Cette femme a un fichu sur la tête, elle pourrait être ta grand-mère. Elle doit bien savoir faire les tartes aux pommes. Là, elle bégaie. Elle a le dessus de la lèvre recousue. Un homme l’a frappé en pleine rue, insulté avant de partir. Personne n’a rien dit. Personne ne l’a arrêté.

 

Ceux-là décrivent « le roux » un policier qu’ils fuient dès qu’il approche. Il les rackette, leur prend leurs sous, le téléphone et l’argent qu’ils ont sur eux. Saisies illégales. Ils disent qu’il y a le roux mais il y en a d’autres aussi. Il y a le gros et le frisé. Ils les craignent, les fuient. Quand ils les voient arriver ils courent même. Ils passent leur journée à guetter si ces policiers viennent, des journées à les éviter. Ils ne font rien d’illégal. Ils sont dans la rue, c’est tout.

 

Il y a quatre groupes de personnes autour de quatre tables et des bancs. Les agents municipaux, les gris, ne s’intéressent qu’à un seul groupe et leur demandent de bouger. On ne sait pas pourquoi. Ils les recroisent plus tard dans la journée et toujours leur demandent de s’en aller. Pourquoi les oblige-t-on à bouger sans cesse ?

 

Il y a un homme qui porte un matelas. On lui demande de le laisser par terre et de s’en aller.

 

Sous le pont il fait froid. Ils arrivent dans la nuit. Ils sont habillés comme s’ils allaient traiter des parasites, ou sulfater la vigne. Ils aspergent les matelas de spray ou alors quand ils mettent les moyens. Ils amènent une benne à ordure et y jettent les jouets des enfants, les matelas, les sacs en plastique, tous ce qui se trouve là. Médicaments, vêtements, tout y passe, sans distinction. Il y a dans un sac une déclaration des droits de l’homme. Elle passe à la benne à ordure elle aussi.

 

Un homme dit : ils ont pris mon matelas et l’ont jeté dans l’Arve. Ils ont rigolé en le regardant couler.

 

Et puis un, et puis deux, et puis trois femmes témoignent que la police les a emmenés en voiture et laissé loin de Genève le long de l’autoroute. Débrouillez-vous pour revenir à pieds, et si possible ne revenez pas, ou mieux : allez à Lausanne, ils sont accueillants là-bas. Ici on ne veut plus vous voir. On les traite comme des chiens. On espère s’en débarrasser ainsi.

 

La police emploie les mêmes techniques de brimades, d’humiliations contraires aux droits de l’homme que les polices roumaines, hongroises, bulgares. Est-ce à cela que servent les échanges internationaux entre services de police ?

 

« Il y en a qui sont parfois un peu trop virils, mais ils font bien leur travail » - La hiérarchie -

 

Ils accueillent un policier originaire du pays des personnes qu’ils chassent et ils apprennent avec lui comment faire avec « eux ».

 

Il y a un policier qui rit. Il est si familier et jovial qu’il doit avoir le même visage quand il joue au ballon dans le préau avec son fils. Mais il est dans la rue et demande à une femme au sol de dégager de là en riant avec son copain de patrouille, les deux mains à la taille, les doigts bien posés sur son ceinturon.

 

Une lampe électrique braquée sur les yeux au milieu de la nuit. D’un mouvement et d’un mot sec il comprend qu'il ne doit absolument pas rester sous le pont au bas de la forêt où personne ne passe.

 

Il y a un policier. Il prend l’homme par les épaules et le pousse. Il n’a pas le droit de faire cela, rien ne le justifie. Il le fait quand même. Il le pousse ainsi un petit peu pour le faire dégager. Et un peu plus fort si l’autre résiste.

 

Le regard en dit long. On ne devrait pas regarder un homme ainsi. Et quand c’est une vieille ou un homme plié sur sa canne, c’est pire encore. Le policier les force à marcher d'un mouvement du menton, appuyé par la main.

 

L’homme a l’uniforme bien propre. Il a pris un bon petit déjeuner, il est en forme pour commencer sa journée. Il exige de l’homme qui dort sur son matelas de se lever et de bouger. S’il ne le fait pas, il menace de frapper en touchant du doigt sa matraque, tout doucement.

 

Tu as remarqué, les rues sont plus propres, il y a moins de mendiants et de gens qui salissent l’espace public depuis quelque temps.

Genève, 11 octobre 2013.

 

09:50 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : police, droits de l'homme, violences, espace public, genève, roms, social, pauvretés | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/10/2013

Debout les damné.e.s du sandwich!

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"Le système économique est complètement fou. Je suis persuadé que ça ne durera pas. Nous allons entrer dans une période de révolution et il faudrait la préparer". -Albert Jacquard-

Vendredi : indignation. Dimanche: élection. Mardi: utopie. Les jours qui viennent, ne dites pas que vous avez piscine, que les kids veulent aller à la montagne, vous ne serez pas crédibles. Suspendez les cours de gym. Zumba, bokwa, power-yoga, ça attendra. Il y a une rétrospective De Funès à la télé? Même Jess Owens ou Jesse James sur petit écran, ça ne fait pas le poids. McDo-boulot-dodo, emplettes à la Migros: embargo. Même la sieste est bannie -mmmmh c'était si bon pourtant-. Vous voulez du changement, une révolution? Debout, les damné-e-s du sandwich. Cette semaine ça ne rigole pas. Au menu: indignation, élection, utopie. Rien que ça. 

Vendredi: Indignation La Maison de Rousseau et de la Littérature (MRL) ouvre les feux avec un cycle de quatre jours  autour de l'indignation comme moteur de création. Russel Banks, guérillero US, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, lunettes au front, plume en bandoulière allume la mèche avec une lecture-conférence évoquant le rôle de l'indignation dans son parcours d'écrivain. Retour sur sa critique de la guerre d'Irak, la fondation de son ONG établissant aux États-Unis des lieux d'asile pour écrivain-e-s menacé-e-s? Trois jours d'atelier, d'écriture, de lectures et performances à la MRL suivront ce Big Banks. Alors, Collin, Rousseau, Fiedler, Lo Verso, Banks, même combat? A voir, à entendre surtout, ça va ferrailler sec en vieille-ville. Les livres vont voler, fumer les pages, chauffer les cartouches d'encre rouge. Poudre, paroles (paroles?)... il vous manque le programme. Vous souhaitez vous engager? C'est par là que ça se passe... suivez le sentier (éclairé): www.m-r-l.ch

Dimanche: Election Hasard du calendrier ou complot révolutionnaire: entre indignation et utopie, se faufilent les élections. C'est à Uni-mail que ça se passe. Les partis politiques prennent leurs quartiers dans des cafés transformé en bocal boursouflés de ballons et de bannières. Dans une ambiance de kermesse ou d'abattoir, les militant-e-s de la première à la dernière heure animent le boulevard Carl-Vogt ; ça ronge son crayon à l'attente des premiers résultats, tapote son écran, fume clopes sur clopes. On trouve le temps long. Le chewing-gum est insipide. On guette le serveur, les photographes les papables, en alternance. Transpiration fine (ne rien montrer surtout), commentaires petites vannes, avant d'aller vite vite sur un plateau télé et faire, quoi qu'il arrive, contre mauvaise fortune bon cœur. On prend un dernier bonbon au miel, au menthol. Allez, ça donne la gnaque avant les entrées triomphales, les mots d'ordres répétés ou la débandade discrète par une porte escamotée. Vous avez-eu l'impression de vous ennuyer durant cette campagne, venez à Uni-mail en fin de journée, ce sera votre revanche. Vous en aurez un jus condensé. Les jours d'élections sont à la politique, ce qu'une arrivée est à la course cycliste. Le reste du temps on s'y ennuie, sauf les spécialistes. Vous voulez les résultats des jeux électifs? Pour le sprint, suivez cette ligne: http://www.ge.ch/chancellerie

Lundi: Débriefing. Résultats au scratch. L'élu de la veille au soir est sorti de route. Cyclothymiques, fébriles tachycardes attention, c'est ce jour là que s'enclenchent les vraies dépressions. Les stratèges font leurs comptes, les autres nettoient leurs bureaux, parlent à leur porte-manteau.

signet_evenements.gifMardi: Utopie Soyez raisonnables, demandez l'impossible. La Fureur de lire a placé la barre haut au-dessus de l'horizon. Cap sur l'utopie cette année. Russel Banks, après s'être indigné, aimante à l'utopie. Vous voulez du concret? En voilà: Des Pourfendeur de nuages, un Lamouratoire d'écriture, une constituante piratesque, des utopies cyclolittéraires. Une Société secrète d'explorateurs municipaux, un troc de livre, une Nuitopie, un bristophone, archiborescence. Ah ah! Pour terminer cette semaine folle, Isabelle Huppert lira Sade miam miam. Plaisir, enfer, paradis, utopie ou neurasthénie: la révolution s'en vient. Si vous voulez du beurre sur vos utopies, la brioche c'est par là: http://www.ville-ge.ch/culture/fureur

Avalée cette semaine gargantuesque, c'est promis, vos sandwichs n'auront plus jamais la même saveur. Utopie?


 

 

11:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indignation, utopie, élection, russel banks, mrl, fureur de lire, grand conseil | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/10/2013

Votez pour moi, qu'on en finisse!

Je me suis donné sans compter dans cette campagne. J'ai payé de ma personne, jusqu'à ouvrir un petit crédit. J'ai parcouru en tous sens la campagne et la ville, battu le rappel, couvert plus de dix mille kilomètres à pieds; arpenté les trottoirs dans tous les sens et parfois dans le vide, j'ai les zygomatiques tendus, 5 kilos en trop. Si la politique est un sport à risque, les élections c'est jouer à zig-zag-zoug dans un champ de mine. Vivement qu'on en finisse. Faut-il vraiment risquer autant pour si peu? J'ai distribué 3'613 flyers. Je n'en suis pas peu fier. J'ai même laissé deux ongles dans la boîte aux lettres de mon voisin, retirant le flyer de mes adversaires. (Mon flyer a aussi fini dans la poubelle. je l'ai regardé comme un bébé abandonné. S'ils savaient ce que j'y ai mis!) 432 sonnettes activées. On m'a toujours ouvert, et ça m'a quand même fait de l'effet, surtout quand le chien aboyait. Je pensais que les gens allaient avoir peur, mais non, ils étaient contents de me voir, soulagés que je ne sois pas témoin de Jéhovah, curé, ou pire: un créancier. Ils disaient: c'est si gentil de venir nous voir, on se sent parfois si seuls dans ce quartier. 32 fois on m'a offert de rester boire un café, toujours j'ai accepté. Ce qui se raconte sur les pas-de-porte, vous n'avez même pas idée... Je ne me souviens pas le nombre de cafés que j'ai bus, je ne les compte même plus. J'en ai payé tout autant, j'en suis tout excité. Offrir des pots, c'est ce que recommandaient les anciens, pour ne pas boire la tasse.

Les pieds plats

Je croyais que la politique était un investissement; au final, pieds couverts de camphre de menthol et de cloques, je crois que c'est un don: convictions et action. J'ai eu ma chance. J'ai eu mes crampes. Je suis un candidat dans le vent. 15 stands dans la rue, sous la tente, sous la pluie, à donner des flyers des biscuits à des gens qui couraient au tram ou accéléraient vers les boutiques. 12'356 mains serrées, ça oui j'ai compté. J'ai toujours aimé rencontrer les gens, les écouter. C'est un amour, ma motivation. 4'200 amis Facebook confirmés; toujours un petit mot pour leur anniversaire, message câlin avant d'aller se coucher. A 2h du matin, je me suis parfois connecté, pour poster une ou deux piques vers mes adversaires. Qui aime bien châtie bien. L'art de la guerre selon Sun Tzu est mon livre de chevet. 132 tweets postés. La petite phrase qui tue, j'ai peu à peu réussi à la ciseler. J'ai reçu 4 lettres d'insultes, ça m'a presque rassuré. C'est là que je me suis dit que j'avais des opinions bien trempées. Deux fois levé pour aller courir à 4h30 du matin. Je n'en ai parlé à personne. Quand même. Vous ne vouliez pas que je dise combien je donne aux handicapés ?   

Les mains serrées

Je suis un candidat en forme. Bien sûr, j'ai grincé des dents. J'ai même pété une ou deux fois les plombs, mais toujours gardé ça pour la maison, à la plus grande joie de ma famille. Ils me remercient tous les jours de faire de la politique en regardant la télé. Ah, 2 petits plateaux de télé seulement; faut dire qu'il y a dix ans j'avais fâché le chef des émissions. J'avais pris de vraies positions politiques, il ne me l'a jamais pardonné. On m'avait pourtant déconseillé de faire ça, faut pas trop la ramener, faut ressembler aux affiches, mais j'ai pas pu m'empêcher. J'aurai bien voulu en faire plus, mais je n'ai pas le bagout facile et mon électorat est sensible. J'aurai dû commenter une affaire de crime? Quoi, me taire m'a sûrement coûté des voix? Je m'en fous. J'aurai pu faire mieux, hurler avec les loups, mais pire aussi... On est 476 sur les listes, c'est une petite société. On sera 100 élu-e-s à l'arrivée. Le choix, vous vous en occupez, électeurs électrices adoré-e-s,  alors dépêchez-vous, qu'on en finisse.

les dents longues

Cela va se jouer à quelques voix. C'est vrai, j'aurai pu être plus saignant. Je fais dare-dare un petit tour dans le quartier. 65 flyers en plus chez mes voisin-ne-s, 234 mains serrées vite-vite, et l'affaire est dans l'urne, effectue mes derniers deals. Tu m'ajoutes sur ta liste, je te mets sur la mienne. D'accord, tu le fais? Oui, clair -souvenirs de cour d'école- croisant mes doigts derrière le dos. Mentant, pas grave, je suis persuadé qu'il fait pareil. Je supplie, je sanglote, rappelle mes ex, descends dans la séduction à des niveaux inédits:  please please glissez-moi sur vos listes, je serais sage, ferais Onex - Vieille Ville à genoux, poserais des ex-voto à Saint-pierre.  La radio? C'est ma plus grande joie. Le jour de l'émission sur MeFM, j'ai salué ma grand-mère, elle en a perdu son dentier. Depuis on raconte que j'ai les dents longues, tsssss, les mauvaises langues!  

Vous pensez que je serai élu? Cela dépend de vous, mais j'y crois. Je suis un mec déjà, paraît que ça paie en politique. Les statistiques fédérales les études américaines le confirment. Si je n'ai pas de réseaux, j'ai le soutien des grands-mères de l'EMS où j'ai travaillé, et j'ai labouré du terrain. Je ne suis pas calviniste, ne crois pas au salaire au mérite. Mais si je suis élu, ce sera juste je crois, car j'ai tout donné. Je n'ose plus dire votez pour moi, je l'ai trop répété. Mes actes parlent en mon nom et mon parti croit en moi. A défaut de la grâce j'ai la foi, et jusqu'à dimanche je vais tout donner. Des fois je me dis que l'élection se jouera à zig-zag-zoug et que j'aurai pu rester à la maison. Fatigué? Même pas. Votez pour moi! Qu'on en finisse.

 

 

08:28 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : élections, genève, dernière lignes droite, conseil d'état | |  Facebook |  Imprimer | | |