sylvain thévoz

30/10/2013

Ce n'est pas ça le problème

Le problème n'est pas ton regard et le fait que tu ne cours plus, n'accélères pas quand le bus part. Ce n'est pas le fait que tu renonces, que tu ne regardes plus toutes les 5 minutes ton téléphone pour voir s'il quelqu'un t'écrit, si le matériel a bien été livré. Tu ne décolles plus de ta télé, écouteurs vissés sur la tête, internet à haut débit, c'est très bien ainsi. Le problème, ce n'est pas ta séparation, les cris dans la cage d'escalier, le cambriolage du 5e, la police qui ne vient pas, la vieille voisine qui est tombée, a tapé sur le radiateur toute la nuit. Le problème, ce n'est pas la levée retardée des ordures, la première neige qui mettra une heure trente à être déblayée, ni le fait qu'un homme crie: sortez-moi de là et qu'un cygne égaré marche sur la chaussée.

Ce n'est pas ça le problème

Tu te fous qu'il y ait un pont sur la rade ou pas. Tu te moques de voter le 10 novembre ou même le 1e avril. Pour la gauche, pour la droite, ça ne changera rien tu dis, on est au-delà de tout ça. Ce n'est pas cela qui compte, ce n'est pas ça qu'on te vole. Le problème n'est pas d'avoir une nouvelle patinoire dans 5 ou 10 ans, ni le fait que Genève Servette Hockey Club ait perdu trois à zéro contre Zürich, encore. Le stade encore neuf est trop vieux, ton nouveau système d'exploitation désorienté. La ville est éclairé toute la nuit: un terminal d'aéroport notre cité. Tu ne sais toujours pas si c'est du cheval sous ton bœuf -tu as oublié d'avoir confiance- et pour combien de temps encore tu vas être addict au nucléaire mais promis, demain tu arrêtes.

Ce que tu produis de plus régulier et qui t'aime

Le problème n'est pas le scooter renversé au pied du lampadaire. Ce n'est pas l'homme allongé derrière l'ambulance avec un masque à oxygène sur le visage. Plus tard, tu as appris que l'homme était mort. Fini. C'était la troisième fois en deux mois que tu voyais un homme par terre. Des êtres couchés qui n'iront plus nulle part. Tu traverses le pont du Mont-Blanc. Tu franchis 5 points noirs de circulation pour aller travailler. Les points noirs, tu les dépasses. Quand tu les as dépassé, tu es blanchi. Mais ce n'est pas ça le problème. Quelqu'un règle son auto-radio et ne te voit pas. Il aura une taule froissé, toi ta tête fracassée. C'est ainsi. En une seconde, c'est fini. Tu te dis : ça pourrait s'arrêter. Mais ça continue. Ce n'est pas ça le problème. Ce ne sont pas les débris, les morceaux, les miettes, la perte, la peur, les détritus. Tu te dis: depuis que je suis né, j'ai pissé une million de fois déjà. Tu te retournes pour regarder tomber dans la cuvette ce que tu produis de plus régulier. Tu te palpes le ventre quand tu as trop mangé. Malade? Un jour ou l'autre ça va arriver. Anxiété: un cancer, un crédit, les coupures de courant. Tu prends easy jet et tu balances du kérosène à haute dose dans l'atmosphère. Et alors: c'est quoi le problème?

Le café qui infuse monte à peine, des larmes remplissent à ras-bord des yeux ébréchés. Les larmes n'ont pas droit de cité. Il faut les ravaler, aller badger. Dans la ville, ballet des ambulances. Un drame. Plus loin encore, des sirènes. Ce n'est pas la frontière le problème, ce n'est pas de travailler ensemble, d'avoir une nouvelle force -elle est déjà vieille- un meilleur salaire, ce n'est pas de reconstruire, rebâtir. Non, le problème, ce n'est pas ça, ce n'est pas de voter, s'abstenir ou se taire.     

Le problème c'est que si les humains savent sourire, les bêtes peuvent toujours mieux haleter qu'eux  

Et je les envie.

 

 

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