sylvain thévoz

15/10/2013

Le livre noir de l'occupation israélienne

" 1380341_536139363132017_1521371139_n.jpgLa procédure: rassembler la famille dans une pièce, placer un garde à la porte, lui ordonner de braquer son arme sur eux puis fouiller toute la maison. On a reçu un autre ordre selon lequel tous ceux nés après 1980 jusqu'à... tous ceux entre seize et vingt-neuf ans, on devait les emmener menottés, les yeux bandés. Les soldats criaient sur les personnes âgées, l'une d'entre elles a fait une crise d'épilepsie. Ils ont continué à lui crier dessus. Il ne parlait pas hébreu, mais ils continuaient à hurler. On a continué notre tournée. Dans toutes les maisons où on est entrés, on a emmené les jeunes entre seize et vingt-neuf ans à l'école. Ils sont restés attachés dans la cour" 

Yehuda Shaul est à Genève

Ce mardi à 18h30 à La société de lecture (11 Grande-Rue) et mercredi à 19h à la Librairie l'Olivier (rue de Fribourg 5) Yehuda Shaul, ancien soldat et fondateur de l'ONG israélienne Breaking the Silence (Briser le silence) viendra présenter et dédicacer le Livre noir de l'occupation israélienne, qui vient d'être traduit en français aux éditions Autrement. Ce livre de presque 400 pages, où des soldats israéliens racontent leurs quotidiens absurdes d'armée d'occupation et pour nombre leurs crimes, est préfacé par Zeev Sternhell, professeur émérite de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est matériellement une pièce à conviction des exactions israéliennes dans les territoires occupés et moralement l'équivalent du livre d'Hannah Arendt "Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal" de 1966 en ce qu'il porte de vérité crue et de courage à faire entendre une parole sans concession provenant de témoignages directs.


Les soldats sont dans les territoires occupés

Le titre original en anglais: Our harsch logic. Israeli Soldiers's Testimonies from the occupied Territories 2000-2010 est tout aussi explicite dans son énoncé. Il s'agit d'un recueil sur la banalité des conduites des soldats israéliens; cumul de 145 témoignages de soldats, d'officiers, d'hommes et de femmes jetés dans une situation coloniale d'exploitation d'un peuple par un autre. Il met en lumière ce que tout le monde sait et pense tout bas en Israël. Malaise lié aux mauvaises conduites de l'armée israélienne dans les territoires occupés. Pas possible de botter en touche quand le constat vient de l'intérieur et dénonce sans relâche le projet de la droite israélienne au pouvoir: tuer dans l'oeuf toute possibilité de coexistence de deux états, allié à la volonté affirmée de grignoter morceaux par morceaux les territoires situés à l'extérieur d'Israël; à l'intérieur: instaurer de fait un état d'apartheid entre citoyens juifs et non-juifs. "Ce ne sont pas les Palestiniens qui menacent l'existence d'Israël mais les colons fanatiques de Cisjordanie" écrit Zeev Sternhell dans sa préface enfonçant encore plus le clou, si besoin était. "Ce livre est le bienvenu, il montre que l'occupation des territoires conquis lors de la guerre des 6 jours de juin 1967 constitue le plus grand désastre de l'histoire du sionisme." Mais le coeur de l'ouvrage est, au-delà des considérations politiques même, dans la parole nue, directe que ces jeunes soldat-e-s font entendre. Traîtres pour la droite dure israélienne, ces soldat-e-s qui osent parler placent plus haut que les intérêts nationaux, au niveau de la dignité humaine et des droits de l'homme, la vérité. Le livre est un fait de société depuis sa sortie en Israël en 2010.


Benjamin Netanyahu est à Genève

 Ce mardi, Benjamin Netanyahu est lui aussi à Genève. Il vient y dénoncer l'Iran, coupable de rapprochement avec les USA et tenter de freiner cette détente. Natanyahu menace dans la presse, il pointe du doigt, dessine les contours de l'ennemi, l'autre, toujours l'autre. Pas de détente, pas de chance à la paix; relâcher la rigidité du nationalisme, c'est montrer sa faiblesse. Et montrer sa faiblesse, ce serait risquer la guerre civile avec les colons israéliens ou pire: perdre le pouvoir. Netanyahu dans un entretien au quotidien Le Monde de dimanche à cette phrase magnifique: "Quand vous avez un régime meurtrier on ne doit pas le laisser agir". Hormis le fait que Netanyahu joue à faire peur à l'Europe en la menaçant des fusées iraniennes, et nous rejouant la vieille rengaine de Bush Jr "soit vous êtes avec nous soit vous être contre nous", on en vient à penser en lisant ce livre noir de l'occupation israélienne, et les rapports des ONG sur place, que l'argument du régime meurtrier pourrait lui être renvoyé comme un boomerang en pleine face. Et les propos défensifs israéliens pris pour ce qu'ils sont: une volonté hégémonique à peine déguisée.   


Les conventions de Genève ne sont pas dans les territoires occupés

Ce livre noir de l'occupation israélienne étaie par des preuves le fait que les conventions de Genève n'ont toujours pas droit de cité dans les territoires occupés et qu'Israël n'est clairement pas cette société humaniste et démocratique qu'elle prétend être aux yeux de l'Europe et des Etats-Unis. Il faut écouter Yehuda Shaul, les 145 témoignages des soldats au risque de hauts-le-coeur, c'est un exercice de santé mentale. L'action, quel qu'elle soit, ne vient toujours qu'après la prise de conscience.

 

Mardi 18h30 Société de lecture (11 Grande-Rue). Mercredi 19h à la Librairie l'Olivier (rue de Fribourg 5) Yehuda Shaul. Présentation et dédicace du Livre noir de l'occupation israélienne, éditions Autrement, 2013.


"Il y en a que ça affecte d'une manière ou d'une autre. Certains disent: 'okay, j'ai tué un gamin aujourd'hui'. Ils rient. 'Ouais, maintenant je peux dessiner un ballon sur mon arme, à la place d'un X. Ou un smiley.' D'autres le prennent mal. Je me rappelle, j'étais à Djénine pendant l'entraînement des commandants d'équipe. (...) Un copain à moi est arrivé avec son M24, une arme de sniper, quand un gamin est monté. Il lui a tiré dessus, tout content: 'j'ai descendu quelqu'un'. Ensuite, ils lui ont annoncé qu'il venait de descendre un gamin de onze ans ou quelque chose comme ça. Il l'a très mal pris. Il était heureux d'avoir tué quelqu'un? Pourquoi? Parce qu'on se prouve quelque chose. On est un homme. 


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