sylvain thévoz

29/09/2013

Tu votes ou tu votes pas?

 

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A 6 jours de l'élection du 6 octobre le taux de participation est toujours à moins de 10%. Le train est encore à quai, il est temps d'y monter. Après, ce sera trop tard, fini pour 5 ans, basta. Et suivant l'équipage, 5 ans, c'est long. Le 6 octobre, on élit avant tout 100 députés. Et ce n'est pas pour les mettre dans un wagon de première classe, mais pour qu'ils assurent la bonne marche collective, son service, sa conduite.

Alors citoyen-ne, voisin-e, tu veux être actrice du voyage, passager-e- concerné-e par la destinée du train, ou rester bêtement à quai à regarder passer les wagons? En démocratie, tu as pour mandat d'élire, mais aussi de surveiller, relancer, informer, contester ceux qui gouvernent par délégation afin qu'il fassent ce pour quoi on les élit: assurer la bonne marche de la société. En tout cas pas de leur offrir un voyage de 5 ans tous frais payé reconductible automatiquement. Citoyen-ne, voisin-e, voter te permettra ensuite de leur demander des comptes et de les placer devant leurs responsabilités. La priorité c'est aujourd'hui de lutter contre la pauvreté, pas contre les pauvres ; de lutter pour que la classe moyenne sorte la tête de l'eau, pas pour qu'elle s'y enfonce. On récolte de ses élu-e-s ce qu'on y a semé. Ou alors on change. Ou bien? 

Un bilan à faire

Avant de s'embarquer dans ce voyage de 5 ans, quel bilan tirer du voyage précédent?

La droite avec une majorité écrasante au Grand Conseil (68 députés contre 32 de gauche) 4 Conseillers d'Etat contre 3 a poursuivi sa politique de démantèlement des services aux citoyen-ne-s et de bradage de l'Etat. Cette majorité a mené le Canton au bord de l'implosion sociale et les inégalités n'ont cessé de croître ces dernières années. Cette droite chaotique a mené notre canton au bord de la faillite. Des politiques perverses et dangereuses pour les travailleurs et travailleuses, la stigmatisation des personnes au bénéfice de l'aide sociale ont rendu tous les liens sociaux plus fragiles. A force d'être férocement économistes, ces politiques ont perdues de vue celles et ceux qu'elles doivent servir: les citoyen-ne-s. Les libéraux-radicaux pousseront peut-être des cris d'orfraie devant ces affirmations, qu'ils le fassent. Ils aimeraient pratiquer l'art du serrage de boulons pour certains et l'ajout de service de première classe et de communication sur papier glacé pour d'autres en toute tranquillité, mais non. On ne peut pas tondre les citoyen-ne-s et avoir en plus leurs remerciements. Le peut-on?

Le new-management est dangereux pour la santé

Suppression du RMCAS, empilage de dossiers (jusqu'à 80 à l'Hospice Général sur des assistant-e-s sociaux débordés), augmentation des "critères" et des "barèmes" comme seules manières d'envisager l'humain. La guerre au doublon et la prime aux fusions d'entités a fait des victimes: les citoyen-ne-s. Une seule porte où s'adresser, et elle est bien gardée, n'entre plus qui veut et ça va empirer. Aux EPI (Etablissements publics pour l'intégration) le slogan c'est : "Après la fusion la culture d'entreprise". Allez voir ce qui reste du Département de la solidarité et de l'emploi après le passage de Monsieur Longchamp et avant que Madame Rochat, par un grossier tour de passe-passe, ne s'y fasse doucement oublier avant les élections.... La Santé? Et un et deux et trois plans de restructuration plus tard, allez écouter les travailleurs et travailleuses et rendez-vous aux urgences pour une petite attente de 6 heures, vous m'en direz des nouvelles. Vous cherchez un logement. Revenez dans 5 ans..... ou mettez trois mille balles sur la table. Merci qui? Merci Mark Müller, merci Longchamp, merci Rochat, merci Maudet.   

Les pauvres sous le tapis les beaux sur l'affiche?

L'Hospice Général ne fait plus son boulot par manque de moyens. Il fait donc refluer les personnes vers les communes ou simplement à la rue. Sous couvert de bonnes gestions et d'"intégration" avec un joli discours formaté new management les libéraux-radicaux coupent les prestations, fragilisent les prestataires ou les basculent vers d'autres horizons, espérant les perdre en route ou s'en débarrasser. Cela augmente la précarité sociale, et l'insécurité. 

Cette manière de (dé)faire les liens sociaux en créant des murs administratifs compose de fait des difficultés supplémentaire. Le culte du chiffre ne se marie pas avec la vie sociale. Ces politiques sont non seulement dangereuses mais surtout perverses. Le tout sécuritaire, voulu par Monsieur Maudet, avec des poses de caméras à plus 2 millions, des corps de police spécialisés qui se tournent les pouces pendant que d'autres triment sur le terrain; des dizaine de gendarmes et agents municipaux en plus qui au final font du travail administratif, tout cela coûte au final très très cher et n'éponge qu'à peine ce que les politiques anti-sociales voulues par Monsieur Longchamp et Madame Rochat ont contribué à créer.

Un autre quotidien est possible
La gauche, au quotidien, en travaillant sur le terrain, que ce soit pour soutenir l'économie sociale et solidaire ou en développant et en alimentant en Ville un fonds chômage ainsi que la Fondetec, Fond de soutien aux PME et aux start-up empoigne les enjeux autrement, sous l'angle de la durabilité. Elle lutte pour conserver une administration forte, redistributrice, créatrice d'emplois. Elle développe l'offre des places de crèche, développe une école inclusive, qui limite les décrochages et permet, si pas l'égalité des chances au moins de limiter la casse des inégalités. Elle a une vision plus large de ce qu'est la sécurité, et maintient un service public de qualité et efficace. La collectivisation des sols permet de retirer le terrain sous les pieds des spéculateurs. Un éducateur spécialisé dans chaque école c'est aussi moins d'insécurité dans les rues. 

Dernier départ pour la Genève qui se lève 

Il est temps, ici et maintenant, de changer cette majorité crasse du Grand Conseil, pour oser un autre modèle de société, et donner un autre rythme que celui du confort pour certains et les économies pour d'autres. C'est maintenant que tout se joue. C'est le dernier départ pour la Genève qui se lève. Après, le train partira pour 5 ans et que tu sois à quai ou pas, dedans ou non, voisin-e-, citoyen-ne-, habitant-e-, tu le sentiras passer, ça c'est garanti.


Alors, tu votes ou tu votes pas? 

24/09/2013

Abstention piège à con

Je n’irai pas voter, ils n’auront pas ma voix. Ma voix, je la couve, je la donne au silence, à la protestation muette. Ils n’auront rien de moi. Mon adhésion je la garde, et tant pis si je fais le jeu de la minorité gueulante, si je roule pour les pouvoirs en place, me condamne à manger le même plat durant 5 ans, personne ne me donne envie aujourd'hui, c'est ainsi. Je rends mon stylo, ma fourchette, je fais la grève de la faim des bulletins. C’est quand même le boulot des partis et de leurs candidat-e-s de me faire saliver et ouvrir l’appétit, non? Vais pas leur prémâcher le boulot?   

Je n’irai pas voter. Un budget de 7 milliards, n’importe qui peut le gérer, ça ne me regarde pas. D'ailleurs, c'est toujours les mêmes qui se partagent le gâteau; font des promesses et ne les tiennent pas. J'ai trop mangé mon pain noir, je préfère ne plus y mettre mon grain de sel. Et puis, il y a trop de dents en avant, trop d’égo, d’ambitions. Moi je ferme la bouche, préfère me taire et ne rien changer au menu indigeste. Je ne prendrai pas ma feuille. Mettre une croix ? Faut pas rêver non plus. Fermer l'enveloppe : exclu. Je ne lâcherai pas une miette. Et peu importe qui me servira la soupe pendant 5 ans. L’abstention c’est mon élection. Alors je rentre la tête dans les épaules, j’attendrai que ça passe (jusqu’à quand ?). Mes impôts je les paie, les feux rouges les respecte, on ne peut rien me reprocher.Je ne jette pas de papiers par terre, je ramasse mes crottes de chien, j'attends sagement mes trams même quand il n'y en a pas qui viennent. Pas de bruit après 22h, je râle sur les chuchoteurs et ne fais plus la fête. Je trie mes poubelles comme il faut, c'est des Eds qui récoltent les pots cassés. Je vide ma boîte aux lettres et tant pis s'il n'y a plus de poste dans mon quartier. Je suis un-e- bon-ne- citoyen-ne, mais voter, à d’autres de s’en charger. Faut pas trop m’en demander. De la démocratie, j’abandonne les droits pour les devoirs. D'ailleurs je ne sais pas comment ça marche, mais faut pas m'expliquer. Je fais la grève des bulletins. C'est décidé. 

J’accepte les décisions du 30%, de la moitié de la population, eux ce sont les vrais patrons. Au mieux je me tais, au pire je me la coince. Voter, c’est un droit pour ceux qui veulent être pris pour des pigeons. Moi, j'ai la rage froide et je me prive de son expression. Je ne veux pas légitimer la société. Le société ce n’est pas moi, elle ne me touche pas, je suis assis à côté, au-dessus en dehors, j’ai construit ma petite bulle, elle résiste sous la presse (jusqu'à quand?). Ce gouvernement, je n’y serai pour rien. On ne pourra rien me reprocher, je n’aurai rien fait. Je resterai neutre, enfin: absent (jusqu'à quand?). 

La démocratie pour moi, c’est aller dans un supermarché et accepter que d'autres remplissent mon caddy de ce qu'ils veulent sans contrôle sur les dates de péremptions. Pas de vérification du prix à payer. J'accepte même les produits avariés. Après, je déguste, bien évidemment. Je composerai avec mes haut-le-coeurs, comme je le peux. Parfois, c'est vrai, je regrette. J'aurai bien voulu oser autre chose. Mais j’ai renoncé à avoir des élus à mon image. Non, je n’irai pas voter, je ne ferai pas partie des 30% de ceux qui décideront de l’avenir du Canton; de toute façon ce n’est jamais mon avis qui l’emporte, jamais mon parti qui gagne. Je préfère l’abstention. C'est si bon, l'abandon.

Le 6 octobre je mettrai la tête dans ma télé ou j'irai jardiner, après je pourrai enfin critiquer pendant 5 ans, librement. De toute façon, on ne me demandera plus mon avis. Pester c'est si bon, c'est du petit lait.Abstention piège à con ? Ce billet ne me fera pas changer d’avis. Je veux bien être con, c'est acquis, mais j'ai ma fierté, même pas besoin d'essayer...

- Et si j'essayais cette fois, juste pour voir, de changer de catégorie? -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17/09/2013

De la forêt à la cité

Je ne parlerai pas d'elle. D'elle je ne peux rien dire. Seule la prière pour ceux qui croient, le silence pour ceux qui peuvent et des paroles d'amour et de paix pourront la rejoindre. Les autres mots, pour elle, sont du bruit car ils ne la concernent plus mais s'adressent aux vivants et qu'elle n'en est plus.

Je ne parlerai pas d'elle. Mais je veux parler de ça

ça

c'est l'assassinat d'une femme abandonnée dans une forêt par un homme qu'elle accompagnait professionnellement parce qu'elle croyait qu'il pouvait devenir un autre homme qu'un violeur condamné à récidiver ou à finir ses jours entre quatre murs. Un homme. Autre chose qu'une pure menace.  

ça, c'est l'incompréhensible et le besoin de comprendre

c'est le coup mortel porté à cette femme et à travers elle à toutes les femmes

le coup porté à un être humain, et porté par là à chacun

c'est l'horreur, la brutalité et la négation absolue de l'autre

c'est ce qui n'aurait pas dû arriver et pourtant a eu lieu par: 

confiances négligences légèretés inconsciences prises de risques toutes puissances innocences complaisances naïvetés sadismes inconsciences abandons ignorances incompétences? 

ça est maintenant devant nos yeux au milieu de nous dans les têtes et les corps

ça est posé sur la place publique et dans les cellules intimes

colonise les esprits

Une femme dit: je ne vais plus courir seule dans les bois, je ne peux pas; une autre: je regarde les hommes à lunettes d'une autre façon à l'arrêt de bus. Une autre encore: j'ai la rage contre les hommes, tous les hommes maintenant. J'ai la haine.  

ça vrille, ça tape et ça exige à la fois le silence, le recueillement, et ça fait monter la colère, la rage, l'impuissance, qui mijotent et bouillonnent ensemble dans un brouet compact indigeste que l'on ne peut ni avaler ni recracher

C'est dans l'air, dans la peau, ça fait bouger et parler dans tous sens, gesticuler et lancer des paroles en l'air: feux d'artifices, paroles d'apaisement ou de rage, ça conduit des journalistes à appeler dix fois l'amie à fouiller les poubelles, relancer les proches encore, encore lancer dix détails sordides par jour ; retourner sans dessus-dessous l'intime, le personnel, le précieux, à fouiller la merde, essayer de dégager quelque chose de frais, ça habite toutes les têtes; c'est là, c'est présent, c'est pesant, ça colle au corps, entre dans les pensées. Impossible de faire comme si de rien n'était. Qui informe? Qui fait son miel du viol? Qui s'informe? Qui cède à la fascination morbide? Qui récupère qui utilise qui instrumentalise? -noué-

Mais ça, c'est aussi une épreuve pour la pensée, pour les politiques qui ont mis le paquet sur le bonneteau, les dealers de rue. Ce qui semblait hier nos plus grands problèmes semblent aujourd'hui être des jeux d'enfants en regard de l'horreur; ça, c'est une épreuve pour les femmes que ce drame ramène aux violences quotidiennes, au viol, au meurtre, à la violence pure dont elles sont les victimes quotidiennes et pour les hommes, qui sont les porteurs de ces violences. C'est une épreuve pour notre société dans son ensemble qui abrite des assassins des violeurs, et des milliers d'êtres plus ou moins concernés par leurs voisin-e-s qui se trouvent aujourd'hui plus vulnérables et fragilisés. C'est l'épreuve de la violence et la confrontation pour chacun-e- au bourreau et à la victime en soi, au monde des fantômes, des fantasmes, de l'horreur et de la fragile membrane qui les séparent du réel, et qui cède parfois.

La violence qui l'a emportée, qui la porte aujourd'hui?

Se taire: difficile. Parler: terrain miné. Qui osera, alors que l'on baigne, patauge dans l'horreur, une parole simple, une parole profonde. Qui prononcera une parole qui restitue, une parole qui fait sens, qui osera? C'est trop tôt encore... pour une parole qui fasse sens de l'insensé ? Oui, c'est trop tôt. Et quand sera-t-il trop tard?

Se taire ne serait-ce pas cautionner l'innommable, accepter que l'espace soit occupé par ceux qui font du drame un prétexte électoral, un terrain d'exercice, un champ d'expérimentation, un laboratoire d'exécration une profanation bis et vite vite désigner les responsables et vite vite déverser ses tripes sa colère sur des cibles politiques administratives psychiatriques ou sociales vite très très vite se purger à peu de frais à l'écart de soi de l'horreur sur les autres. Et puis se taire, ne serait-ce pas aussi céder devant la brutalité, la violence pure, l'abjection des appels au meurtre, à la haine condensée? Ne serait-ce pas finalement faire le jeu, toutes proportions gardées, de ce qui a habité F.A. et lui faire une publicité monstre?

- je ne peux rien dire, je suis abasourdi-e- je ne peux rien dire je suis écoeuré-e- je ne veux rien dire- 

Je ne parlerai pas d'elle. D'elle, je ne peux rien dire. Je ne l'appellerai pas par son prénom comme si c'était une intime, comme si elle n'avait pas de nom. Seule la prière pour ceux qui croient, le silence pour ceux qui peuvent et des paroles d'amours et de paix sauront la rejoindre. Mais j'ose et je pose maladroitement ici comme je peux et malgré tout une parole sur le petit autel commun reliant la forêt à la Cité.

Et ma prière, je la murmure.

 

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09/09/2013

Bâtie: public pointu ou provincial?

Salaud de public. Il a payé, et il se croit tout permis. Il est venu assister à la représentation de Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersemaeker au Bâtiment des forces motrices dans le cadre du festival de la Bâtie et alors que la pièce s'ouvre par un long solo de violon Partita n° 2 en ré mineur de Bach qui donne son nom à la pièce, certains toussotent, se raclent déjà la gorge. Ah, les barbares, les bouseux, les culs-terreux. Mais chhhuuuuuut font les autres. Est-ce parce que la radicalité de la proposition en ce lieu passe moins bien qu'à ciel ouvert dans la cour d'honneur d'Avignon? Toujours est-il que les ingrat-e-s, qui ont payé pour voir et se retrouvent plongé dans le noir, trépignent sur place et le font savoir. Ils ne voient pas entrer les deux danseurs qui se déplacent dans la pénombre - pas sûr, de toute façon, au-delà du 15e rang, qu'ils puissent les distinguer encore- Alors si aux premiers rangs on communie, au-delà on expie- Ce spectacle est-il produit pour ceux qui ont pu se projeter devant le plus rapidement possible? L'émotion semble bien passer dans un rayon de 25 mètres autour de la scène, pour les initiés. Au-delà: bye bye, on regardera le spectacle à la télé la prochaine fois. 

Bon, ça courate en rond un petit moment, Anne essaie de rattraper Boris, Boris court après Anne, Anne fait du Boris, Boris s'adapte au système d'Anne. Anne vole, Boris tombe et nous, nous on observe. Enfin, on a quand même un peu le tournis. Certains salauds continuent de faire du bruit. La pièce manque de souffle, mais c'est normal, c'est minimal, c'est fait pour. Le salaud de public se sent un peu floué -il se sent tenu d'applaudir au milieu de la pièce - Mais c'est trop tôt, ils n'ont rien compris les bougres-. Les artistes prennent leur pied. Et nous: quoi? La pièce n'est pas achevée, ça fait tout juste 35 minutes qu'on y est. Pour certains cela semble déjà être long, ils le font savoir. Grrrrrr on se croirait à la Praille.

Coup de théâtre, une corde du violon, lâche au désespoir du violoniste - mince ma corde, je n'ai pas de violon en rab- sûr alors qu'il va se faire virer par Anne et qu'elle ne lui pardonnera jamais d'avoir fauté à ce moment là- Mais non, Anne n'est pas comme ça, n'est pas si vache. Même au tour de France, les champions ont les pneus qui crèvent, Anne le sait bien. Pourquoi cela n'arriverait-il pas aux artistes, même aux meilleurs? Pas besoin de faire cette tête là. On continue. Allez hop. On sait bien que la pièce ne doit pas se terminer maintenant, on a compris. Comment vont-ils se sortir de l'imprévu nos artistes?

Certains hésitent à applaudir -non, non, non, chuuuuuut, arrêtez- c'est si fragile. Anne et Boris nous  jettent un petit intermède improvisé comme un os à des chiens, allez battez-vous avec cela pendant que l'on attend que notre violoniste sorte des cordes. Petits pas de danse pour faire patienter, quelques jabs et mouvements de kung-fu, pieds jetés ; si vous avez l'impression de vous ennuyer, c'est normal, parce que tout ATDK-BC que l'on soit, ça nous perturbe aussi tout ça. On vous le fait d'ailleurs savoir. #tête d'enterrement #regards dépités #toomuchistoomuch. 

Et ce salaud de public, jamais capable de recevoir religieusement l'obole culturelle, se racle encore la gorge. Ne peut-il pas juste s'en aller silencieusement quand ils s'ennuie, sans trop le faire savoir? On pense alors revivre l'enfer de Castellucci en 2008 où les contraintes de la scène du Forum Meyrin avaient fait partir en fumée une partie de la pièce lui retirant toute puissance en plombant sérieusement le budget du festival. On en vient alors à se demander s'il est bien raisonnable de programmer à Genève des pièces crées avant tout pour la cour d'honneur du festival d'Avignon. Et si vraiment tout est transposable; si se payer des stars (et si possible plus cher qu'ailleurs) n'est finalement pas l'aboutissement absolu des villes de Province, et de leur rêve à toutes: faire venir un peu après tout le monde des artistes en se posant comme à la pointe. Rampling à la Comédie, tu iras voir? Moi j'avais adoré Cantat dans les Trachiniennes, je retournerai bien voir ma 21e pièce de Wajdi Mouawad... ouais ouais trop bien ! La culture, quand c'est fait par des stars, c'est un peu... pour des stars aussi, et nous en sommes. Johnny Halliday jouant Molière, chiche, on l'achète? Y'aura du monde, c'est clair, et une bonne couverture presse. 

Il faut se demander si faire des resucées du festival d'Avignon (Öhrn, Lauwers, Charmatz, Keersemaeker, Quesne cette année) permet au public provincial d'accéder à ce qui se fait de mieux sur les scènes d'Europe, ou juste de se la péter le temps d'une soirée en pensant se la jouer pointu. Et si, sans salle de dimension ambitieuse, sans salle dotée d'une véritable âme, Genève peut avoir cette ambition. Parce que le théâtre se fait quand même avant tout dans des lieux. Et dans des lieux qui ont une résonnance, une âme. On ne dépose pas n'importe quel objet culturel n'importe où. Entre le théâtre du loup et le Grand Théâtre où on cuit sur place, l'Association pour la danse contemporaine casée dans une école, la Comédie où ça sent le vieux et le BFM ou l'on se pense à l'Arena, c'est pas gagné d'avance. Salaud de public? Faut le comprendre, même si Antigel l'a habitué à aller visiter des piscines et des salles de gym en trouvant ça trendy, c'est quand même bien aussi d'habiter de véritables espaces culturels.   

Anne et Boris dansent encore. Ils font un dernier petit tour en rond et nous lancent un biscuit en rab' pour s'excuser du désagrément de la corde qui a sauté. J'ai décroché, c'est vrai, mea culpa. Anne envoie des bisous volants au public qui se lève et applaudit, moitié en transe, moitié transi, moitié soumis, moitié parti. Boris sourit.

Et on termine par un grand salut dans un émouvant moment de communion. Salut les artistes. Salut le public. Et vive la Bâtie.

 

 

 

11:13 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bâtie, festival, théâtre, charmatz, keersemaeker, danse, culture | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/09/2013

Rhône: pas de risque zéro

Grande découverte pour les citadin-e-s que nous sommes, un fleuve, la montagne, ce n’est pas comme sur une application i-phone. Comme on ne part pas en randonnée sur le Mont-blanc en sandale on ne se jette pas dans le Rhône sans savoir nager, y être un minimum préparé. Est-ce le Rhône qui est mortel ou plutôt nos comportements de citadin-e-s déconnecté-e-s de la réalité des éléments qui posent problème ? Dites, pourquoi il y a-t-il moins d’accidents à Berne dans l’Aar : parce que l’Aar est moins vilaine que le vilain Rhône ou plus certainement parce que les habitant-e-s ont une plus longue pratique du cours d’eau et que les aménagements présents y sont plus efficaces ?

Sommes-nous à ce point coupés des éléments, isolés des forces naturelles pour ne pas dire dénaturés pour ne plus en appréhender les risques et apprécier les variations ? Le médecin cantonal cède à l’hystérie : « Il ne faudrait jamais se baigner dans le Rhône » Rhône, risque zéro? Mais alors, de la même manière : aller en montagne est mortel. Car le Salève tue aussi. Le médecin cantonal a-t-il lancé l’alerte dans la presse : « Il ne faudrait jamais aller marcher au Salève ? »

Certainement le Rhône est dangereux. Certainement la montagne l’est. Il y a des risques, mais c’est ce courant, c’est ce lieu qui en fait sa force. Le problème n’est donc pas le Rhône en soi, mais notre manière de citadin-e-s d’y aller sans regard de nos capacités, de nos forces et de l'acceptation que se jeter à l’eau c’est assumer de prendre un risque. Plutôt que de céder à l'hystérie, essayons de voir les choses en face. Qui sont les personnes décédées: des hommes pour la plupart, et jeunes. En général d'ailleurs, au niveau Suisse, les hommes représentent 80% des noyés et il se confirme que le groupe entre 15 et 24 ans est particulièrement touché. Ce n'est donc pas le Rhône qui pose problème. Il est là, il le restera, mais les conduites à risque de ceux qui bravent les flots en se jetant à l'eau allant y chercher une excitation. Ce sont aussi les plus imperméables aux discours de prévention.

La nature n’accueille pas de risque zéro. Le Rhône est, dans un environnement citadin, un espace sauvage et risqué. Quoique l'on décide, quoi que l'on dise, il le restera, pour le meilleur et pour le pire.

Interdire la baignade dans le Rhône conduirait à augmenter l’attractivité de la transgression. Et donc augmenterait les risques. Faut-il faire le procès des aménagements et des pontons? Mais les aménagements aident à sécuriser la baignade, et les gens se baignaient déjà avant ceux-ci. Ce qui importe désormais, c'est de renforcer l'information sur les risques, de faire de la prévention pour les nageurs que la proximité du fleuve dans la Ville invite et invitera toujours à se lancer à l'eau. Il faut bien cibler le public des jeunes hommes, signaler clairement les jours où l'activité du barrage du Seujet augmente le débit du fleuve et multiplie les risques; sécuriser les plongeons depuis le pont et placer des panneaux supplémentaires très clairs rappelant les risques et la responsabilité individuelle de celui qui s'engage dans l'eau.

A qui d'entreprendre ces démarches? Au Canton ou à la Ville? Mais aux deux! Avec les moyens dont ils disposent et sans tarder. Mais n'attendons pas que les morts s'empilent encore sous les pontons avant d'agir et de prévenir. Et puis, après, au risque d'être fataliste, mais parce que la liberté est à ce prix: la nature qui est telle qu'elle est et le Rhône qui ne respecte pas le risque zéro, continueront d'inviter à s'y risquer, au péril de sa vie, par de jolies journées d'été. 

 

14:32 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rhône, noyade, jonction | |  Facebook |  Imprimer | | |