sylvain thévoz

24/09/2013

Abstention piège à con

Je n’irai pas voter, ils n’auront pas ma voix. Ma voix, je la couve, je la donne au silence, à la protestation muette. Ils n’auront rien de moi. Mon adhésion je la garde, et tant pis si je fais le jeu de la minorité gueulante, si je roule pour les pouvoirs en place, me condamne à manger le même plat durant 5 ans, personne ne me donne envie aujourd'hui, c'est ainsi. Je rends mon stylo, ma fourchette, je fais la grève de la faim des bulletins. C’est quand même le boulot des partis et de leurs candidat-e-s de me faire saliver et ouvrir l’appétit, non? Vais pas leur prémâcher le boulot?   

Je n’irai pas voter. Un budget de 7 milliards, n’importe qui peut le gérer, ça ne me regarde pas. D'ailleurs, c'est toujours les mêmes qui se partagent le gâteau; font des promesses et ne les tiennent pas. J'ai trop mangé mon pain noir, je préfère ne plus y mettre mon grain de sel. Et puis, il y a trop de dents en avant, trop d’égo, d’ambitions. Moi je ferme la bouche, préfère me taire et ne rien changer au menu indigeste. Je ne prendrai pas ma feuille. Mettre une croix ? Faut pas rêver non plus. Fermer l'enveloppe : exclu. Je ne lâcherai pas une miette. Et peu importe qui me servira la soupe pendant 5 ans. L’abstention c’est mon élection. Alors je rentre la tête dans les épaules, j’attendrai que ça passe (jusqu’à quand ?). Mes impôts je les paie, les feux rouges les respecte, on ne peut rien me reprocher.Je ne jette pas de papiers par terre, je ramasse mes crottes de chien, j'attends sagement mes trams même quand il n'y en a pas qui viennent. Pas de bruit après 22h, je râle sur les chuchoteurs et ne fais plus la fête. Je trie mes poubelles comme il faut, c'est des Eds qui récoltent les pots cassés. Je vide ma boîte aux lettres et tant pis s'il n'y a plus de poste dans mon quartier. Je suis un-e- bon-ne- citoyen-ne, mais voter, à d’autres de s’en charger. Faut pas trop m’en demander. De la démocratie, j’abandonne les droits pour les devoirs. D'ailleurs je ne sais pas comment ça marche, mais faut pas m'expliquer. Je fais la grève des bulletins. C'est décidé. 

J’accepte les décisions du 30%, de la moitié de la population, eux ce sont les vrais patrons. Au mieux je me tais, au pire je me la coince. Voter, c’est un droit pour ceux qui veulent être pris pour des pigeons. Moi, j'ai la rage froide et je me prive de son expression. Je ne veux pas légitimer la société. Le société ce n’est pas moi, elle ne me touche pas, je suis assis à côté, au-dessus en dehors, j’ai construit ma petite bulle, elle résiste sous la presse (jusqu'à quand?). Ce gouvernement, je n’y serai pour rien. On ne pourra rien me reprocher, je n’aurai rien fait. Je resterai neutre, enfin: absent (jusqu'à quand?). 

La démocratie pour moi, c’est aller dans un supermarché et accepter que d'autres remplissent mon caddy de ce qu'ils veulent sans contrôle sur les dates de péremptions. Pas de vérification du prix à payer. J'accepte même les produits avariés. Après, je déguste, bien évidemment. Je composerai avec mes haut-le-coeurs, comme je le peux. Parfois, c'est vrai, je regrette. J'aurai bien voulu oser autre chose. Mais j’ai renoncé à avoir des élus à mon image. Non, je n’irai pas voter, je ne ferai pas partie des 30% de ceux qui décideront de l’avenir du Canton; de toute façon ce n’est jamais mon avis qui l’emporte, jamais mon parti qui gagne. Je préfère l’abstention. C'est si bon, l'abandon.

Le 6 octobre je mettrai la tête dans ma télé ou j'irai jardiner, après je pourrai enfin critiquer pendant 5 ans, librement. De toute façon, on ne me demandera plus mon avis. Pester c'est si bon, c'est du petit lait.Abstention piège à con ? Ce billet ne me fera pas changer d’avis. Je veux bien être con, c'est acquis, mais j'ai ma fierté, même pas besoin d'essayer...

- Et si j'essayais cette fois, juste pour voir, de changer de catégorie? -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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