sylvain thévoz

31/07/2013

Accident de personne: pudeur ou omerta?

Des trains ont été supprimés partiellement entre Genève et Lausanne à cause d'un "accident de personne" le long du chemin de l'impératrice à 7h15 du matin ce mardi. Accident de personne, euphémisme amer pour dire suicide sous un train.

On connaît l'heure du suicide, le retard qu'il a provoqué sur le trafic. On sait le rétablissement prévu de celui-ci. A la minute près, on est au courant que les trains Lancy-Pont-Rouge-Coppet ont été supprimés entre Genève et Creux-de-Genthod. Les voyageurs de Versoix pour Genève ont dû emprunter le réseau des bus TPG, les voyageurs de Nyon pour Coppet ceux du réseau des bus TPN. Mais on ne dit pas suicide, non, ça on ne peut pas. On ne pose pas la question du pourquoi. On dit: accident de personne, et c'est bon, on peut passer au suivant.

La Régie fédérale des transports ne publie aucunes statistiques sur ces pudiques "accidents de personne". En regard, les catastrophe ferroviaire de ces dernières semaines au Québec, en France, en Espagne, à Granges-Marnand, sont abondamment commentées, disséquées: on veut comprendre, on cherche les explications, les responsables. C'est naturel. Il ne faut pas que cela se reproduise. Il est important d'améliorer la sécurité. Et d'ailleurs, comment se fait-il que cela soit arrivé? Epuisement, distraction, stress professionnel, jeu avec la mort? On peut se poser la question. Mais pourquoi les autres "accidents de personne" qui s'égrènent sur les voies tout au long de l'année sont-ils passés sous silence? Et combien il y en a-t-il sur les rails suisses : deux, quatre, six, sept, dix, vingt, cinquante, ou plutôt cent, deux-cent de ces "accidents"? Combien de Granges-Marnand silencieux chaque semaine à ton avis? Plutôt trois ou quatre? Tu dirais quoi, toi?

Etrange refus de tenir compte du nombre dans un pays où tout se chiffre pourtant. Pas de traces, pas d'explications ni de recherches du boulon manquant ou d'un manque de barrière. Rien. Le silence. Est-ce de la pudeur ou une omerta concernant le nombre de suicidés sur les voies ferrées? Est-ce pour ne pas donner l'idée à d'autres de se suicider? Je me demande si le non-dit et le tabou retiennnent du côté de la vie. Je ne crois pas, non. C'est plutôt le contraire. Le silence tue. Tant que le nombre de suicide n'est pas nommé, comptabilisé, et connu, tout peut continuer tranquillement. Pas de barrières, pas de sécurité, pas de précautions. Et puis, ce serait plutôt au Canton ou au transporteur de s'en préoccuper?

On ne dit pas : un homme s'est jeté sur la voie, une femme a posé sa tête sur les rails, un adolescent s'est couché sur les gravats, a éteint son téléphone et attendu l'intercity de 7h15. On dit:  il y a eu deux accidents de personne en une semaine, deux perturbations de trafic ont provoqué des retards.

On ne dit pas deux gamines de 19 ans sont allées se faire couper en morceaux sur les voies. On dit :deux accidents de personne ont ralenti le trafic, et cent passagers ont raté leur correspondance.

On dit cela, on ne dit rien.

Et les conducteurs de train, après cela, ils deviennent quoi?

15:53 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cff, suicides, accident de personnes | |  Facebook |  Imprimer | | |

30/07/2013

Cycliste on aura tes os

velo,sécurité,lcr,maudet,ralf latinaCycliste on aura tes os.

Le fait que tu puisses tourner à droite au feu rouge on n'en veut pas. Ne crois pas que l'on va essayer de te faciliter la vie. La route n'est pas à toi, tu n'es pas assez lourd pour l'abîmer, tu ne pèses donc pas. Les mêmes règles pour tous, une seule loi sur la circulation routière. Pas de facilités pour les cyclistes, que des désavantages et des risques. Voilà une loi, qu'elle est bonne. Elle nous plaît bien, n'en changeons pas.


Cycliste on aura tes os. Au feu vert, si tu ne démarres pas avant tout le monde, on te klaxonnera. Malheur à toi si tu ne pars pas bien droit sur ta selle. Prends ça: une bonne goulée de gaz d'échappements dans ta grimace ah ah ah ça t'apprendra à partir après tout le monde! On t'avait bien dit de rester chez toi, de prendre le bus, ou mieux de t'acheter une voiture, comme il se doit (5,6 millions de véhicules à moteur immatriculés en Suisse +22% depuis l'an 2000.) Sois gros ou tais-toi.

Cycliste on aura tes os. Si tu as le malheur de te dire que la seule manière de sauver ceux-ci c'est d'emprunter les trottoirs, fais gaffe, là non plus ce n'est pas chez toi. La semaine passé, Ralf Latina, un chasseur de cycliste, a braqué son revolver au poivre sur l'un d'eux. Comme si des 33 piétons tués sur les routes suisses un seul l'avait été par un vélo! Alors dis trente-trois, piéton. Et pense à chacun-e d'eux ....

Car non piéton, ce ne sont pas les vélos ta menace, tu te trompes de cible. Aménage plus de voies cyclables pour eux, donne-leur de la sécurité sur la route, et tu verras qu'ils ne viendront plus sur tes plate-bandes. Limite réelement le trafic au centre-ville, tes poumons, tes oreilles, tes enfants t'en seront reconnaissant. Tu veux ta place piéton, être en sécurité? Aide les cyclistes à avoir la leur! Soutiens la piétonnisation des routes, réduis le nombre de parking en ville, et ne terrorise pas les cyclistes qui ont droit, tout comme toi, à la sécurité. Ralf Latina, range ton pistolet au poivre, ta pétition, ou ils te feront faire un tour en tandem, et tu verras ce que ça fait, de rouler vraiment au milieu du trafic le cul sur une selle.   

Cycliste on aura tes os. Maudet est de notre côté, tu es un cyclo-terroriste, c'est prouvé. On va faire pleuvoir bûches, amendes, prunes sur toi, et le goudron et les plumes si tu continues. Maudet le dit, il voit une recrudescence de comportements anormal chez les cyclistes. Ah, l'ingénu! Avoir une conduite écolo, refuser le tout bagnole et revendiquer sa sécurité ça mérite évidemment une petite douille dans les gencives. Cycliste on aura ta peau. N'essaie pas de me prouver qu'il ne s'agit pas d'une question d'incivilité, de manque d'éducation ou de respect des lois quand tu t'adaptes comme tu peux. Ta question de survie et de rapport de force, je n'y crois pas. Tu es déviant pour le plaisir et il faut faire appliquer des lois qui favorisent les voitures au détriment des véhicules plus vulnérables. Alors ne limitons pas le trafic, n'aménageons pas de voies cyclables des espaces propres pour vélo, mobilions nos estaffettes de gendarmes derrière les fend-la-bise ou les dangereux tricératops à tricycles.

 Cycliste on aura tes os. Petit trophée on le mettra sur nos pare-choc, avec la queue de renard sous le rétro et on se baladera en klaxonnant le coude sur la fenêtre abaissée en sifflotant l'hymne à l'amour d'Edith.  Tiens, écoute ça: http://www.youtube.com/watch?v=sLBuErkHJ9c


Elle est pas belle, la vie?


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29/07/2013

Cycliste on aura ta peau

vélo,sécurité,ralf latina,lcr,maudetCycliste on aura ta peau. Tout d'abord, on ne laissera pas 70 cm d'espace entre toi et le trottoir. Tout automobiliste qui se respecte te tassera contre celui-ci, te klaxonnera pour que tu t'écrases, et bien sûr quand on te dépassera, on essaiera si possible de te frôler voir de te shooter. Jamais on ne te laissera les 80 cm de sécurité entre toi et la bagnole avec laquelle nous faisons corps. Tu prends trop de place, tu comprends? Et tu as pour toi le désavantage de ne pas polluer, ni de faire de bruit. Pour tout automobiliste qui se respecte et qui poireaute au feu, coincé dans les embouteillages, voir un cycliste glisser dans le trafic est une insulte. Quoi, un véhicule qui avance à la seule force des mollets, gratuitement, à l'air libre? Malédiction! Le vélo est l'un des derniers ilôts de gratuité. Rien que pour cela, il est à abattre. Cycliste, dès que je le peux, je te coupe la route. Tu risques en général 7 fois plus d'accident par kilomètre parcouru que moi. Rappelles-toi qu'environ 40 cyclistes sont tués chaque année sur les routes, que 900 sont très gravement blessés et plus de 2000 esquintés.  

Cycliste on aura ta peau. Attends donc que je te serre et que je te klaxonne si tu fais mine de prendre un peu plus de bitume que le bas côté où tu dois être relégué. Bien sûr, tu ne rouleras jamais côté à côte avec un de tes partenaires. C'est seulement dans nos bagnoles que l'on peut prendre 2 mètres de large et se parler entre deux sièges. Toi, tu rouleras en file indienne, et tu fileras doux. Les discussions seront pour plus tard, ou alors vas-donc à la campagne, sur des routes désertes. Tiens, je m'achèterai bien un 4X4 juste pour te bouffer encore un peu d'espace et réduire encore tes marges de manoeuvre. Tu ne vois plus rien quand tu es derrière moi? Très bien. Restes-y.

Cycliste on aura ta peau. Pour cela, on augmentera au maximum nos distractions: musique, téléphone mobile, GPS, écran plat, on fera tout pour ne pas penser à toi, ni te voir. Sandwich, sac à mains, bouteille d'eau, chewing-gum, livre, café sur les genoux, maquillages, tout est bon pour dévier de la route. Phares, klaxons, sirènes: on fera tout pour t'effrayer. Mon habitacle sera insonorisé au maximum. Hein, quoi? Tu peux bien jouer de la sonnette, crier même, rien à faire, je ne t'entend pas. Quand tu roules, pour moi tu n'existes pas.

Cycliste on aura ta peau. L'hiver on ne déneigera pas tes pistes cyclables, l'été les scooters te les prendront. L'angle mort est fait pour tuer et nous le revendiquons. Quand parqués nous ouvrons nos portières, ne te trouves pas derrière, sinon tant pis pour toi.  La chaussée est la propriété des véhicules à moteur, c'est compris? Un bon cycliste est un cycliste mort ou un piéton bien rangé. La peinture éraflée de ma voiture contre ta vie, ça me va. Je peux vivre avec cela. Et puis, une bonne portière dans les dents, un rail de tram pour tes gencives, ça te fera réfléchir. Que je t'y reprenne à rouler trop près de moi, tu verras... 

Cycliste on aura ta peau. Tu voudrais rouler un peu plus au centre ? -D'autres voitures te rabattront sur le bas côté; on te talonnera - Si je le peux, je te dépasserai par la droite, juste pour le plaisir. Tu es trop lent. Tu me retardes. Tu as fait le choix de rouler vulnérable, san rien d'autre pour te protéger qu'un petit casque sur ta tête, assume maintenant. Il te faut risquer ta peau le matin pour aller au boulot. Débrouille-toi pour franchir les trois voies sur le pont du Mont-blanc et accroche ton vélo où tu peux. Jamais on ne permettra à 15 cyclistes de se mettre là où l'on peut parquer une seule voiture.  Tes vélibs tu peux te les mettre où je pense. Genève, capitale suisse du tout bagnole, numéro 1 en pollution, le restera encore longtemps. Ah, si seulement notre salon de l'Auto pouvait durer toute l'année! Ton vélo,  tu peux te le monter dans ton appartement pour le décorer. 40'000 vélos sont volés chaque année en Suisse. Ne laisse pas traîner ton biclou dans nos rues où on te le fauche.

Cycliste on aura ta peau. Quant à tes os, on les veut aussi. Je t'écris encore un mot là-dessus demain. D'ici là, bonne route et...  profite bien des averses du jour.

 

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25/07/2013

Engouement pour un suicide

Carsten Schloter, patron de Swisscom, s’est pendu. Le titre de l'entreprise a dans un premier temps perdu -0.58% avant de remonter.

Engagé contre l’initiative 1:12 visant à réduire les hauts salaires, celui qui avait un revenu annuel de 1.8 millions de francs s’était finalement engagé à baisser le sien. Ceux qui répètent à l’envi que l’argent ne fait pas le bonheur pourront méditer à loisir cette maxime. Dans ce cas-là, elle se vérifie, c’est le moins que l’on puisse dire. Bon, de là à dire que l’initiative 1 :12 lui aurait sauvé la vie, on n’ira pas jusque-là,  mais en tous les cas, la maxime travailler plus pour gagner plus a d’évidence du plomb dans l'aile. Divorcé, une vie séparée, une famille qui a volé en éclat : le prix à payer de l’hyper-travail ? Jusqu'où peut-on être un bourreau de travail avant de s'en prendre à soi-même et à ses proches? « J’ai trois jeunes enfants et je vis séparé. Je les vois toutes les deux semaines, et cela me donne à chaque fois un sentiment de culpabilité. Je pense, que j’ai fait quelque chose qui n’est pas juste » disait Carsten Schloter dans une émission évoquant le plus grand échec de sa vie. Evidemment, l’enfermement et l’impasse existentielle dépassent toutes les classes sociales. On se suicide riche, on se suicide pauvre, on se suicide entouré, on se suicide seul. On se suicide pour des raisons professionnelles, médicales, personnelles, secrètes. On se suicide parce que l’on a plus le temps de vivre.  On se suicide parce que l’on ne sait plus quoi faire, parce que l’on a trop de choix, etc., etc., 

Alors, ce n’est pas parce qu’il était un patron que Carsten Schloter s’est pendu. Mais bien parce qu’il s’est pendu comme patron d'une des plus grandes entreprises suisse que l’écho médiatique est si fort aujourd’hui. Parlons-en. Mais combien de Carsten Schloter au quotidien et combien de une dans la presse ? Combien de Carsten Schloter sous les rails, sur les ponts, au fond du Rhône ou dans le silence d’ambulances sans sirènes ? En parcourant la presse aujourd’hui, on se demande ce que révèle l’engouement pour ce suicide. Consternation, stupéfaction, les qualificatifs ne manquent pas devant le libre choix d’un homme qui a choisi d’en terminer courageusement avec sa vie. Alors, pourquoi ce tremblement ? N’est-ce pas l’aboutissement logique d’une vide de dingue et du libre choix ? Et si c'était parce que ce suicide montrait l’échec d’un modèle ? De l’hyper-vitesse à l’hyper-compétitivité, et qu’il parlait à chacun-e- de ce que l’on devine de l'envers du swiss-dream : suicides, cachets, dope, divorces, neurasthénies ?   

Nos héros antiques à nous s’appellent désormais Pantani, Schloter, Whinehouse, Stern, ils sont à demi-dopés ou fous et meurent pendus, assassinés. Rien de bien nouveau sous le soleil. A la différence près que si les héros grecs se battaient pour devenir plus qu’humains, les nôtre semblent lutter pour le redevenir, simplement, et semblent juste dire : « nous rêvons de deux choses : d’avoir du temps, simplement quelques heures devant nous sans agenda précis, et de retrouver l’intensité émotionnelle que l’on avait quand on était jeune ou enfant.» Et ils meurent de ne pas y parvenir.

A la question : comment changer de vie quand on n’arrive plus à vivre la sienne ?Tu aurais répondu comment, camarade Carsten, si tu avais été libre de le faire ?

...

Mais tu as répondu. Et tu as dit: le suicide est ma réponse.C’est ta réponse. Respect pour ton geste. Et respect pour ta mort.   

A l’llustré, qui te demandait de quoi tu rêvais, tu avais affirmé : «  Je rêve d’un monde moins égoïste, moins avide de tout, tout de suite. De stopper cette course en avant que l’être humain et la planète ne supporteront plus longtemps» Beau projet de vie.

Un rêve aussi grand, aussi noble, qui se termine pendu au bout d’une corde, ça fait mal.

 

09:13 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : schloter, suicide, swisscom, projet de vie, projet de mort | |  Facebook |  Imprimer | | |

23/07/2013

Attention: blog comestible

boletosphère,blogosphère,mycophilie,scriptophilie,écriture,blogs,politiques,social,cultureAller aux blogs, c'est un peu comme se rendre aux champignons. On ne sait jamais ce que l'on va y trouver, ni ce que l'on va en ramener. On pourrait y passer une partie de la journée en flânant, l'air distrait, l'oeil vague, sans y dénicher rien de bon, sans rien y voir ni avoir à se mettre sous la dent. Pire, il en est des blogs comme de certains bolets, comestibles seulement en apparence mais qui pèsent ensuite sur le ventre. S'il y a des bons coins pour champignonner, il en est certainement de même pour les blogs. Il y a les bonnes adresses. Il y a aussi des lieux de désert; la tentation demeure pourtant d'y retourner. N'avais-je pas trouvé une fois une morille là même où toujours je retombais sur... rien ? - Une amanite? Ah misère, même les empoisonnés je commence à les prendre en affection. Ils ont le mérite de pousser, de persévérer, de s'inscrire dans ce paysage lunaire. Blogosphère ou mycophilie: même combat!

Il en est des blogs comme des bolets. Bolets-de-fiel, bolets fissurés, bolets des charmes, mous, rose pourpre, rudes, pruineux, et même satan.... la cartographie des blogs ressemble aux taches crèmes sur les amanites tue-mouche. Et si je vais au blog comme aux champignons, afin de prendre l'air, de l'altitude, y creuser quelques idées, traverser des thèmes comme des sentiers en forêt, je me retrouve souvent à quatre pattes à chercher l'invisible dans des taillis obscurs.

Il y a une injonction sur le site de la TDG à l'écriture du blog :"Une note par semaine c'est bien! plus c'est mieux!" On est proche des prescriptions intimant 5 légumes et fruits par jour (et les champignons c'est quoi alors?) Précepte rempli de bon sens. Pourtant, les blogs ne sont pas bons pour la santé, j'en ai la preuve. Deux amis comparaient leurs nombres de visites et leurs statistiques comme gamins nous comptions nos billes. Dis: "combien de pages vues chez toi? - trois mille. Trois mille, ah la vache!  et toi ? Moi: deux mille seulement. Ah, c'est peu. Oui, c'est peu, tu l'as dit..." Ils comptent leurs clicks comme d'autres leurs like sur facebook. Ils comptent leur visites comme d'autres leurs amis sur un site de rencontre.

J'aime les blogs. Parce que l'écriture. Parce que dire. Parce que l'autre. parce que l'on s'y échine, échoue, heurte, s'y confronte, dans la langue. Certains auront le plaisir d'apparaître dans l'édition papier du lendemain, comme sur un menu du jour, d'autres seront mis en exergue sur la carte du site. Par quels ressorts cachés certains sortent des broussailles alors que d'autres restent tapis sous les feuilles? Nul ne le sait. C'est la main invisible de la rédaction, tel un nuage de Tchernobyl, qui en agrandit certains, en rapetisse d'autres. Et si tout est bon dans le champignon, il n'en est pas autrement dans les blogs, il suffit d'avoir l'estomac costaud, un bon canif pour la découpe, et un solide coup de fourchette pour la dégustation. 

J'aime les blogs comme d'autres leurs paniers leurs canifs. Quelques conseils: faut surtout pas faire trop long. Non. Surtout pas. Faut être bref. Oui, bref, absolument. Percutant? Oui: per-cu-tant! Coller à l'actu'? Oui, coller à l'actu, radicalement. Râler? Non, râler ça suffit, basta, et si on essayait plutôt la marche buissonnière? Coupe moi le pied de ce bolet hideux, enfin, de ce blog gluant - ok?- ok! il faut faire comme cela. Oui, comme cela, tu vois? Ah bon.

On peut rire de tout? Pas sûr. Mais écrire? Assurément....Vote électronique le doute, pour sauver une ruche, l'expertisme nous gagne, la messe est dite, la Syrie un conflit oublié, Suisse scandale des enfants parias, conservons l'armée de milice (beurk), rendez le ciel aux oiseaux! Geneva airport: pay to jump the queues, Kate et Williams: naissance du royal baby. Voilà pour la récolte du jour. Merci.

Je blogue donc je suis. Et je crois que je suis tombé bien blog. Toi tu me réponds, mais non, depuis quelque temps tu planes, mais j'ai bien aimé ce que tu as écrit sur la soupe aux champignons. Même si je n'ai pas tout compris, fallait oser.

Tu n'as pas tout compris?

Non.

Ah, dommage.

Pas grave. Mais un peu long quand même.

Un peu long?

Oui, mais c'était bon.

C'était bon?

Oui.

Ah. Merci...

 

 

 

19/07/2013

Hisser les voiles

51VLHXIPiiL._.jpgDans un livre sorti en juin 2013, Iskashato (collectif autonome temporaire dont le nom signifie en Somali: des gens qui mettent en commun effort, savoir-faire et moyens de production dans le but de créer ou transformer et de partager égalitairement") s'intéresse aux gardes-côtes somaliens. Déconstruisant la thèse qui veut que "les pirates somaliens seraient des figures maléfiques qui menaceraient le bien-être des consommateurs occidentaux en perturbant les importations de pétrole et de marchandises produites dans les pays à très bas salaires", Iskashato renverse la perspective et redonne une image moins idéologique des pirates somaliens. Anciens pêcheurs, crèves la faim, laissés pour compte, ils luttent de fait contre ceux qui exploitent les zones maritimes par des méthodes industrielles, stockent des déchets toxiques dans l'océan, et font transiter environ 45 porte-conteneurs et supertankers par jours sous leur nez dans le golfe d'Aden. Protégé désormais par une armada de navires de guerre internationaux, configurant un droit international au fur et à mesure, et l'adaptant aux besoins, le golfe est devenu une zone d'exercice militaire et le pirate un communis hostis omnium, un ennemi commun à tous (Cicéron) tout comme les islamiste radicaux, les narcotrafiquants, les terroristes: une figure de l'effroi.

Mais les somaliens qui prennent les armes pour s'attaquer aux bateaux de transit sont avant tout des patriotes et des "exclus qui veulent leur part du gâteau, des pauvres qui résistent et ne veulent pas crever pour que la middle class mondiale puisse gaspiller avec un enthousiasme suicidaire les ressources de la terre et de la mère nourricière";  ça, c'est dit.

Le grand mérite de ce livre féroce et engagé, au moment de partir en vacances, avec du bon kérozène à bas prix en soute ou du gras pétrole en réservoir, est de nous rappeler que les  prix décidés à Genève par les négociants de pétrole et spéculateurs de céréales (TNK-BP, Rosneft, Lukoil via sa filiale Litasco, Vitol, Total, Glencore, Trafigura, Louis Dreyfus, Mercuria, Gunvor, Neste Oil, Noble Group, Sucafina, Bunge, etc.,) se font sur le dos des peuples et contribuent à destabiliser des régions entières. Et que ceux qui se paient une respectabilité ici via du charity business ou du sponsoring peu coûteux, seraient bien inspirés de la rechercher et l'éprouver là-bas, en Somalie, en Irak, en Lybie...

Et puis surtout, car c'est aussi l'une des mérites du pirate: il est de nous renvoyer à nos bases, pour ne pas dire au bercail. Ceux qui se font ici de la publicité en lançant des polémiques sur la question du voile ne feraient-ils pas bien de se poser la question de leur cohérence quand l'argent du pétrole enrichit des régimes féodaux islamistes? Quand certains, sur nos terres, veulent dévoiler les femmes musulmanes, c'est un acte partiarcal et dominant de propriétaire terrien. Après, ils peuvent bien sauter sur leurs pétrolettes, les bougres, l'air de rien, pour faire le tour de ce qu'ils pensent leur domaine, histoire de pomper un peu plus de brut des monarchies islamistes du golfe, n'y cherchez pas cohérence, il n'y en a pas. 

Mais si vous voulez vraiment soutenir l'imposition du voile la plus brutale sur des femmes, continuez à remplir jusqu'à la gueule les réservoirs de vos bagnoles. Et pour un bon soutien à des régimes inégaux et racistes, continuez à prendre le petit n'avion pour le joli week-end ou partir en croisière sur de jolis bateaux en Mer rouge. Et bons baisers de Bahrein, du Qatar et des Emirats-Arabes-unis! Oui, bons baisers langoureux des monarchies islamistes du golfe aux islamophobes motorisés de tous poils, mais de grâce qu'ils nous épargnent la morale hypocrite du voile à l'école. 

Si la Somalie est une capitale de pirates, alors Genève doit nécessairement être un repaire de truands. Et puisque les pirates Somaliens défendent leur souveraineté, Genève doit elle se poser la question de son développement, sur le dos de qui il se fait et avec quelles complicités. Si la globalisation n'est pas un vain mot, les enjeux mondiaux ne pourront être traités que localement. Alors, peut-être qu'il faut s'attaquer aux fossoyeurs écologiques et aux requins de la finance qui ont leur port d'attache dans la rade en toute impunité et prospèrent au détriment de peuples entiers.

  

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13/07/2013

Pour une laïcité curieuse

Au nom du principe de la séparation des pouvoirs religieux et politique, certains veulent effacer le religieux de l’espace public, et prétendent que ce dernier n’y a pas droit de cité. La laïcité rigide est souvent portée par des prêtres agnostiques plus croyants que tout autres. En laïcité rigide, l’espace public est sacralisé. Il faut cacher les vitraux, ne pas rénover les églises, retirer tout signe religieux de l’espace public, interdire les chants comme « il est né le divin enfant ». La laïcité rigide se cache derrière un discours d’émancipation pour imposer une loi, celle de l’appauvrissement d’un passé, d'une culture d'ouverture, et d'un futur. Quoi, des musulmans qui jeûnent et se promènent ventre vide dans l'espace public? C'est une atteinte à la laïcité, cela devrait être interdit. On n'est est pas loin de ce genre de positions....

La laïcité rigide a des allergies. Elle est une posture, un principe, qui se décline comme se récite un rosaire, en répétant le même acte et martellant une même rengaine ,sans chercher à s’interroger sur la situation de l’autre, son légitime désir de croire et d’exercer sa croyance dans un espace laïc accueillant. Interdire, bannir, condamner, c'est la logique de ceux qui veulent une laïcité rigide. C'est celle de monsieur Weiss qui veut lancer une loi pour interdire le port du voile à l'école. Comme s'il n'y avait rien de plus urgent et important à faire? Dites, monsieur Weiss, cela concerne combien de personnes votre projet de projet de loi ?  Le Tribunal Fédéral vient lui rendre un avis de droit autorisant le port du voile à l'école pour deux jeunes femmes, évaluant que le leur interdire était "une ingérance dans la liberté religieuse". Voilà pour le droit.

Bien entendu, il était innapproprié de réserver spécifiquement un espace de prière pour des groupes chrétiens et musulmans à l'Hepia (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture) à Genève. Le Conseil d'Etat a fort judicieusement corrigé le tir en ouvrant ce lieu à toute personne qui en ferait la demande et pour toute activité de réunion ou individuelle. Il ne doit pas y avoir de lieux publics réservés exclusivement à des groupes de prière. Mais faire de l’école un lieu où l’enseignement du fait religieux n’aurait pas sa place et où des espaces pour la prière ne pourraient y être aménagés serait excessif. Il y a bien des salons de prières  dans des aéroports, et alors?  La Constitution garantit le libre exercice du culte et la liberté religieuse de chacun-e-.  

Les tenants de la laïcité rigide voient du religieux partout. Quand des femmes se baignent en burkini dans une piscine ils en font une question religieuse. Or, il s’agit d’une question vestimentaire et de l'application d’un règlement. Est-ce que les plongeurs peuvent mettre leur tenue de néoprène ? Les cours de sauvetage autorisent-ils les apprenants à se jeter tout habillé dans la piscine ? Oui ? Alors pourquoi discriminer des femmes qui porteraient un tissu spécialement adapté pour la baignade ?

Les tenants de la laïcité rigide se tiennent par la barbiche avec les hérauts d’une religiosité offensive. Au-dessus d’eux se tient le droit républicain constitutionnel de chacun-e-  d’exercer sa foi en toute quiétude et dans le respect absolu des croyances ou non-croyances de l’autre.   

Je suis pour une laïcité ouverte, qui respecte la liberté de chacun-e, place le droit au-dessus des peurs et des stigmatisations des minorités et donne à notre République le droit à chacun-e de vivre selon ses croyances dans l'espace public. C'est une certaine idée de la liberté qui est en jeu.  

 

 

23:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voile, interdiction, laïcité | |  Facebook |  Imprimer | | |

07/07/2013

La langue de bois qu’il faut brûler

langue de bois,pouvoir,politique,rapports de forceLa langue de bois brûle facilement. Pas besoin d’y mettre beaucoup de feu, elle prend bien. Et si elle est sèche en plus, ou vermoulue à souhait, ça démarre très vite. Il ne faut donc ni contrer ni chercher à construire avec elle, mais en frottant sous elle deux petits cailloux blancs, ou mettant deux morceaux de silence l'un contre l'autre, la faire chauffer vers sa flamme. Car elle brûle facilement, cette langue, c’est là sa principale -si pas unique- qualité.

La langue de bois brûle facilement. A part cela, à quoi est-elle bonne? Quand elle ne sonne pas creux, ce qui est rare, elle résonne mal. Elle ânonne, fatigue, assomme. Car on l’a déjà entendue mille fois se plier pour ne rien dire. Enfin, et c'est plus subtil, elle dit sans dire et répète sans faire, soustrait de l’énergie là où elle devrait en rendre et amène de la pesanteur là où elle pourrait insuffler de la légèreté. On ne peut rien faire de la langue de bois. Peut-être comprendre comment elle est portée, pourquoi on construit avec, et encore. Je crois que le mieux à faire est de la brûler pour rendre au bois sa noblesse, et pour cette langue, l'appeler de plastique désormais. Le bois est trop noble pour servir à cela. 

Porter le feu, est-ce violent? Peut-être. Mais qu’est-ce que cette violence par rapport au travail de sape de la langue qui nous prend pour des poutres du paléolithiques ? Qu’est-ce que le feu devant le travail de soupe de coupe de copeaux des termites sur les bois vivants?

La langue de bois peut être vernie. Elle peut être peinte. Elle ne dit jamais ce qu’elle pourrait dire, de crainte que l’on entende ce qu'elle ne peut pas dire. Alors, elle en dit encore moins; dissimule les veinules, les noeuds du bois, efface des traces et poli toute aspérité. La langue de bois a une seule visée : s'effacer, se faire le plus lisse possible. Par là même cesser de rendre compte de quoi que ce soit. 

Pourquoi n'arrête-t-elle pas de jouer ce jeu alors que la pièce est autre et que les acteurs le savent ? Parce que la flexibilité manque, parce que les circonstances l’imposent ? Parceque la stratégie y conduit ? Parce que c’est mieux ainsi? C’est comme un pli. Lorsque le pli est pris, c'en est déjà presque fini.

La langue de bois qu’il faut brûler n’est pas une langue neutre. C’est la langue du bulldozer ou du rouleau compresseur au service d'une logique d’Etat, administrative, politique. Elle offre la répétition du même et l'impossibilité de s'y opposer. Il n'y a plus de fronts de taille. C'est la langue retorse de la vrille. Pourquoi la langue de bois est-elle si populaire? Parce qu'elle distrait? Occupe? Endort? Parce qu'elle remplit, servie parfois en sciure sur un nid de prunes ou de chataîgnes dans les oreilles.

Je préfère l'allumette et la poix aux gros platanes qui poussent trop droit. Et je préfère commencer par brûler la langue de bois que je porte en moi. Pour faire place nette. En faisant des petits fagots de mots, petites brisures de sons, brindilles inarticulées : bégaiements de bogues et de pives, écorce vives. Peut-être alors que de cela il naîtra une autre parole, vive et poétique, une langue de sève.

 

 

 

 

 

 

 

 

10:26 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : langue de bois, pouvoir, politique, rapports de force | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/07/2013

Mouvement des Calimeros Genevois

mouvement de calimeros,solidarités,créativités,complémentaritésCe n’est pas que je veux peindre la réalité en rose. Ce n’est pas que je veux faire comme si tout allait bien, car non, toute ne va pas bien. Mais aux pensées aigries qui disent que tout est foutu que Genève c’était mieux avant, et que surtout : c’est de la faute à celui-ci ou celle-ci que tout va mal, j’aurai envie de répondre et vous que faites-vous, extrêmes droites et droites dure, à part jouer aux petits calimeros aux dents longues ?  Vous avez le sentiment d’avoir une coquille sur la tête, c'est vrai elle est fendue, bien vissée bien en place pour des gens se réclamant "hors système". C’est votre seconde peau maintenant. Elle vous plaît tant que vous proposez à tout le monde de mettre la même. Et qu’est-ce qui changera si chacun il enfile sa coquille morcelée? Rien. Extrêmes droites et droites dures, c’est comme jouer au jeu du cul d’œuf contre un autre cul d'œuf. Souvent les deux coquilles se brisent – Au final : même pas d’omelette.  

Ne seraient-ils que victimaires, ce serait déjà lourd, mais ils ont surtout le besoin du scandale comme le pendu de sa corde. Il est donc surtout important de montrer que tout va mal, que c’est bien le bordel, et d’y contribuer à tout prix. Il y aura toujours un frontalier à désigner, un homosexuel à stigmatiser, un noir à prendre devant une caméra. Mais au final : quelles améliorations pour la population et les genevois ? Pas grand chose. Même rien. Un plaisir personnel de mise en scène satisfait, cela même si ils défendent la même chose que leurs voisins. Libéraux ou Calimeros : même combat.    

Là où vous dites « c’est trop injuste en tapant sur votre coquille , nous répondons : Nous voulons  changer la Ville, et nous y travaillons. Nous avançons pour une Genève agrandie, ambitieuse, accueillante pour le plus grand nombre. Et nous avons besoin de développer des moyens pour cela, de nouvelles solidarités. L'avenir est de donner des moyens à une Genève volontaire, ambitieuse, dotée d'une fiscalité juste qui ne taxe pas plus les entreprises suisses que les autres; avec une attitude  à la Ville et à l’espace public fait de confiance et d’ouverture. Vous voulez continuer à râler, faire de l’obstruction, pour que rien ne bouge? Mais la vie est trop courte pour grommeler. Nous ne voulons pas de mouchoirs, mais des poignées de mains et les bonnes volontés qui nourrissent plutôt que d'ébranler ce qui tient. Là où vous dites « c’est trop injuste en tapant sur votre coquille , nous répondons : Nous voulons  changer la Ville, et nous y travaillons.

Entre vous et nous, nous mesurons chaque jour la différence. 

08:27 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mouvement de calimeros, solidarités, créativités, complémentarités | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/07/2013

Bien vu l'artiste

topelement.jpgPourquoi, en regard de la fumeuse météorite de la plaine de Plainpalais, la suspension du cheval mort de Maya Bösch et Régis Golay déposé au Zabriskie point à 500 mètres de là a-t-il été un tel fiasco tout en faisant scandale ? Manquait-il de gens pour présenter l’oeuvre ? Fallait-il avoir un décodeur pour bien la comprendre; l’œuvre ne se suffisait-elle pas à elle-même ? Aurait-il fallu faire le lien avec le public pour qu’il puisse se l’approprier ? Certes, la lanière a lâché trop vite. Mais cela veut-il dire que les moyens étaient trop restreints, que l’on avait trop tiré sur la corde, fait une œuvre avec des bouts de ficelle ?

Quel paradoxe ! Un outil pédagogique pour trier des déchets semble basculer dans le domaine de l’art contemporain et une œuvre d’art contemporain se trouve projeté dans l’économie des carcasses d’animaux, avec une seule question en tête : peut-on recycler les cadavres de bête ? Le monde à l’envers. Et si la proximité avait joué un rôle ? D’un côté, une œuvre en vitrine, intouchable presque, mise sous verre, et de l’autre une construction à ciel ouvert, paraissant accessible, à portée de main ? Même si dans les deux cas le sens est équivoque, pour l’un ça semble marcher, pour l’autre ça casse.   

L’exposition actuelle, au Zabriskie point, a aussi rencontré son point de non-compréhension. C’est une œuvre de Marina Abramovic. On y voit sur un petit écran une femme et un homme se crier dessus jusqu’à l’épuisement. Les gens se sont inquiétés : une télé est restée allumée toute la nuit, on y voit une femme et un  homme qui n’arrêtent pas de se gueuler dessus. Les citoyen-ne-s appelaient alors le service public pour demander que l’on tire la prise. Certain-e-s passant-e-s n’ont pas compris qu’il y avait là une œuvre, un travail profond et un message. Pourtant, à nouveau, ils sont embarqués dedans, ils y participent. Leur réponse : il faut tirer la prise, on ne veut pas voir cela, éteignez-moi ce poste puisque je ne le comprends pas. 

Zabriskie point, pour la deuxième fois a réussi son coup, faisant ressentir l’insupportable et faisant du spectateur un acteur. Vive l’art dans l’espace public, créateur d’échanges, activant des liens sociaux et les rencontres, provoquant le débat. Cela prouve combien le besoin de changer d’échelles et d’oser des œuvres qui impactent notre quotidien et nous font rêver est fort. 

Quand je suis quand retourné sur la Plaine voir la météorite, il y avait une femme qui y finissait sa canette de coca avant de la jeter au pied de la sphère de déchets. N’avait-elle pas compris le message ? Au contraire, elle l’avait reçu 5 sur 5, à la perfection. Elle voulait juste, à son tour, participer à l’œuvre. Bien vu l’artiste ! 

 

 

 

 

 

 

04:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : météorite, zabriskie point, cheval mort, bösch, golay | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/07/2013

Une météorite manque sa cible

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Joli coup de pub : une météorite est tombé sur la plaine de Plainpalais. Mais que nous raconte-t-elle ?  Elle devait nous sensibiliser au fait que nous produisons trop de détritus. Y est-elle parvenue ?  Non.  Au contraire, elle donne plutôt  envie d’en produire encore plus, vu ce qui se créé de merveilleux avec ceux-ci ! J'ai demandé aux gens qui s’en approchaient ce que cela signifiait pour eux.  Réponses : c’est joli, ça fume, c’est grand, c’est laid, ça crée de l’animation, ça rend la Plaine vivante. Les gens avaient une approche esthétique de l’objet, mais ne commentaient ni ne comprenaient le sens de cette présence.

La météorite a raté sa cible, et tant mieux ! Elle a créé de la vie, de l’envie et de l’animation sur la plaine de plainpalais ! Le message n’a pas été compris, mais l’impact dans l’espace public a été fort.  CNN est venu jetter un oeil, d’autres chaînes de télévision ont relayé l’information, ça a marché, donc : c’était un succès. Mais un succès de quoi ? Qu’est-ce que l’on voit vraiment ? Que cette météorite de déchets est devenu aux yeux du public une attraction. Suffisant pour être une œuvre d’art dans l’espace public. Non. Mais elle a été appréhendé comme une pure création d’art visuelle, plutôt que comme une œuvre pédagogique avec un message particulier. Sorti de son orbite, ayant manqué sa cible, composé des déchets de consommations, elle est finalement accueillie comme une ode à celle-ci; comme telle elle est consommée. Cette météorite est la fétiche de notre temps. Elle reflète quelque chose d’extrêmement intéressant de nos modes d'être. Elle en porte le récit, la fumeuse météorite de Genève.  

Les néons qui ont été installé sur les immeubles adjacents en rougissent de colère : ah l’ordure, elle nous a volé la vedette, vivement que l’on s’en débarrasse!

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

06:58 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : déchets, voirie, attraction | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/07/2013

Calvingrad et confettis

calvingrad,fête,musique, espace publicIl y a un consensus sur un point : il n’y a pas mille opportunités à Genève de croiser du monde autour d'évènements dans l'espace public. Parlez-en aux expatrié-e-s pour voir! Les moments de rassemblements et de vie dans l’espace public sont saisonniers et épisodiques. Ces événements qui provoquent de la joie et du rassemblement suscitent alors toujoursune sorte d’étonnement : mais où sont-ils ces gens le reste de l’année ? Ne sortent-ils pas de terre juste pour cette occasion ? 

L’interrogation revient alors sur soi comme un boomerang :  et moi je vais où le reste de l’année quand il n’y a pas de fête ? Oui : comment est-ce que je vis ma ville quand il ne s’y passe rien ? Et : s’il n’y a pas d’événements qui s’organisent, comment est-ce que j’arrive à en faire un ?

La Ville de Genève en finançant, organisant et développant des événements sociaux-culturels comme la fête de la musique, la fête des voisins, la Ville est à Vous, marque des points. Quand je vais à la fête de la musique, je sais pourquoi je paie des impôts et ce que j'en retire. Sans cela, peut-être bien que Calvingrad et son concert de silence l’emporteraient sur le besoin de se rencontrer et les opportunités pour le faire. Peut-être bien alors que chacun irait de son côté dans son petit projet libéral sans y croiser grand monde. Parce que notre climat est changeant, parce que la vie coûte trop cher, parce qu’un home-cinémas c’est si bien, ça permet de rester tranquillement chez soi.

Alors : Calvingrad ou confettis ? La Ville prouve évènements après évènements qu’elle trouve l'équilibre entre rigueur et besoins fondamentaux de soutien aux évènements dans l'espace public.

Non, la vie n'est pas une fête, mais la Ville, elle, arrive plutôt bien à faire mentir l'adage.   

 

 

 

 

 

 

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