sylvain thévoz

01/08/2013

IN CAQUELON WE TRUST

En préambule de la fin : Au nom de Dieu Tout-Puissant, je souhaite de très beaux feux du 1e août à tous les indiens de la réserve helvète.

On a vu des couscoussières péter, des marmites de bouillabaisses se fissurer, des poëlles à paëlla se briser, mais jamais au grand jamais un caquelon de fondue exploser. Cela pourrait-il arriver? Il y a-t-il un risque?  La réponse est non. Que cela explose, c'est impossible. 

Pourquoi? Parce qu'il n'y en a point comme nous. Le caquelon suisse est blindé, il n'explose jamais. A la limite, il implose, mais on ne va pas en parler ici (ce serait trop long à développer). Les casseroles sont au placard. Les sergents, les caporaux, les capitaines veillent au grain. Notre armée est équipée de caquelons derniers cris. 88% des ménages helvètes en possèdent. C'est plus que les pétards, juste un peu moins que les bagnoles. C'est notre arme d'indigestion massive. Et on est prêt à s'en servir si vous venez nous envahir misérables européens, avides américains à l'oeil torve, islamistes à barbe en bataille. Venez donc nous picorer le pain sur la fourchette, tondre la laine sur le dos, triturer les tétines de nos bonnes vaches à lait, nous vous accueillerons avec nos toblerone de 6e génération et des abricots à vous rompre le ventre. Vous en voulez à nos réserves de fromage, mangeurs de pâtes, de grenouilles de schubligs, de tortillas ou d'hostie? Nous avons des drones fins comme des fourchettes qui patrouillent à la frontière et des caquelons avec radars prêts à l'emploi. 

Notre réduit national est le caquelon. Nous aimons sa généreuse convivialité sélective. Notre armée de milice ne vaut rien si ce n'est jouer aux cartes et faire des balades en montagne, mais nous ferons voler des biscottes suédoises pour 6 milliards, nous en sommes capables! Le caquelon, c'est notre symbole, notre étendard, notre navire amiral, nos Champs-Elysées notre Piazza Grande, notre Coran, notre Bible, notre ouverture à la mer! Indestructible, il est fait pour résister à toute épreuve. Etanche, résistance éprouvée, construit pour une sécurité maximale, fonte à double font, clapet de sécurité avec antidérapant au manche, y'en a pas des comme nous, je vous le dis, rien ne peut nous arriver. Nous sommes assurés à la standard & Poor, c'est dire si ça rigole. IN CAQUELON WE TRUST! On n'aime pas les étrangers mais on n'est pas des cons non plus. Pour tous les expats bien dotés on sort les serviettes. On veut juste sélectionner qui s'invite à notre table. Si tu m'achètes mes villas, je t'offre ma fondue. 

Au caquelon on cuisine une fondue équilibrée, harmonieuse, avec des ingrédients de qualité. Rien d'autre, jamais. Le caquelon c'est pour la fondue. Point, barre. Ta lystéria tes poissons on n'en veut pas, ni tes légumes ni ta semoule. Contrôles sévères, normes d'hygiène maximales, avec une marge de liberté uniquement sur le soupoudrage du poivre. -Tu en mets dedans ou à côté? - A côté je préfère, tu peux y aller. Et pan, droit dans les yeux! Si tu peux tu peux toujours déposer plainte au Conseil de l'Europe. En attendant, finis ton assiette, range tes minarets, estime-toi heureux, c'est la meilleure manière de l'être.

Jamais, quoi qu'il arrive, un caquelon à fondue n'explosera en Suisse. C'est dans nos gènes. C'est comme ça. Nous avons une tradition vivace. IN CAQUELON WE TRUST. La Suisse n'est pas qu'un état policé. Elle porte aussi des valeurs de coeur. 

Tu as faim? Pas de piments, pas d'oignons, tous les risques ont été écartés. Plus d'alcool à brûler, une pâte bleue comme un chewing-gum pour faire flamber. Le kirsch est rationné. Tout est sous contrôle. Le feu sécurisé. Rajoute une louche de maïzena, mieux vaut trop de liant que pas assez. Un mètre de sécurité tout autour. C'est bon, je suis paré pour déguster. Il s'agit de touiller doucement le mélange de gommeux avec une petite pelle en bois de nos forêts -pas en fer, non, surtout pas-. Brasser, faire des huits toujours dans le sens des aiguilles de ta swatch jusqu'à l'obtention d'une belle homogénéité, couleur beurre frais, crème double ou patate fripée. Tiens, couleur d'Ueli Maurer bouilli en plus coloré. Voilà, elle est à point. On peut la manger! Mmmmh. Quand il y a des fils, ils sont toujours blancs, en tout cas pas rouges ou bleutés, on n'est pas dans un James Bond ici ou un péplum hollywoodien. La seule musique que je veux entendre c'est celle du vieux chalet avec le choeur des armaillis. Ta house, ta techno ton ethno et ton rap, tu laisses tomber. Montes dans ta chambre, aujourd'hui c'est la fête nationale, on ne regarde pas la télé.  

Pourquoi jamais un caquelon à fondue n'explosera en Suisse ? 

A) ça ferait chenit

A') ce serait pas joli joli

B) mais que vont penser les gens?  

C) vous en avez de ces idées !

D) Champ-Dollon Mühleberg UBS ou la grande Dixence nous péteront à la gueule bien avant

Pour ceux qui ne digèrent pas le plat national, dangereux gauchistes, méchants révolutionnaires, suspects crachant dans le caquelon tout en y becquetant, il reste une alternative de dingue:  se tailler une raclette. Avec quatre cornichons ça passe toujours très bien.  


08:09 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fête nationale, fondue, cornichons, kirch, armée suisse | |  Facebook |  Imprimer | | |

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