sylvain thévoz

31/07/2013

Accident de personne: pudeur ou omerta?

Des trains ont été supprimés partiellement entre Genève et Lausanne à cause d'un "accident de personne" le long du chemin de l'impératrice à 7h15 du matin ce mardi. Accident de personne, euphémisme amer pour dire suicide sous un train.

On connaît l'heure du suicide, le retard qu'il a provoqué sur le trafic. On sait le rétablissement prévu de celui-ci. A la minute près, on est au courant que les trains Lancy-Pont-Rouge-Coppet ont été supprimés entre Genève et Creux-de-Genthod. Les voyageurs de Versoix pour Genève ont dû emprunter le réseau des bus TPG, les voyageurs de Nyon pour Coppet ceux du réseau des bus TPN. Mais on ne dit pas suicide, non, ça on ne peut pas. On ne pose pas la question du pourquoi. On dit: accident de personne, et c'est bon, on peut passer au suivant.

La Régie fédérale des transports ne publie aucunes statistiques sur ces pudiques "accidents de personne". En regard, les catastrophe ferroviaire de ces dernières semaines au Québec, en France, en Espagne, à Granges-Marnand, sont abondamment commentées, disséquées: on veut comprendre, on cherche les explications, les responsables. C'est naturel. Il ne faut pas que cela se reproduise. Il est important d'améliorer la sécurité. Et d'ailleurs, comment se fait-il que cela soit arrivé? Epuisement, distraction, stress professionnel, jeu avec la mort? On peut se poser la question. Mais pourquoi les autres "accidents de personne" qui s'égrènent sur les voies tout au long de l'année sont-ils passés sous silence? Et combien il y en a-t-il sur les rails suisses : deux, quatre, six, sept, dix, vingt, cinquante, ou plutôt cent, deux-cent de ces "accidents"? Combien de Granges-Marnand silencieux chaque semaine à ton avis? Plutôt trois ou quatre? Tu dirais quoi, toi?

Etrange refus de tenir compte du nombre dans un pays où tout se chiffre pourtant. Pas de traces, pas d'explications ni de recherches du boulon manquant ou d'un manque de barrière. Rien. Le silence. Est-ce de la pudeur ou une omerta concernant le nombre de suicidés sur les voies ferrées? Est-ce pour ne pas donner l'idée à d'autres de se suicider? Je me demande si le non-dit et le tabou retiennnent du côté de la vie. Je ne crois pas, non. C'est plutôt le contraire. Le silence tue. Tant que le nombre de suicide n'est pas nommé, comptabilisé, et connu, tout peut continuer tranquillement. Pas de barrières, pas de sécurité, pas de précautions. Et puis, ce serait plutôt au Canton ou au transporteur de s'en préoccuper?

On ne dit pas : un homme s'est jeté sur la voie, une femme a posé sa tête sur les rails, un adolescent s'est couché sur les gravats, a éteint son téléphone et attendu l'intercity de 7h15. On dit:  il y a eu deux accidents de personne en une semaine, deux perturbations de trafic ont provoqué des retards.

On ne dit pas deux gamines de 19 ans sont allées se faire couper en morceaux sur les voies. On dit :deux accidents de personne ont ralenti le trafic, et cent passagers ont raté leur correspondance.

On dit cela, on ne dit rien.

Et les conducteurs de train, après cela, ils deviennent quoi?

15:53 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cff, suicides, accident de personnes | |  Facebook |  Imprimer | | |

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