sylvain thévoz

25/07/2013

Engouement pour un suicide

Carsten Schloter, patron de Swisscom, s’est pendu. Le titre de l'entreprise a dans un premier temps perdu -0.58% avant de remonter.

Engagé contre l’initiative 1:12 visant à réduire les hauts salaires, celui qui avait un revenu annuel de 1.8 millions de francs s’était finalement engagé à baisser le sien. Ceux qui répètent à l’envi que l’argent ne fait pas le bonheur pourront méditer à loisir cette maxime. Dans ce cas-là, elle se vérifie, c’est le moins que l’on puisse dire. Bon, de là à dire que l’initiative 1 :12 lui aurait sauvé la vie, on n’ira pas jusque-là,  mais en tous les cas, la maxime travailler plus pour gagner plus a d’évidence du plomb dans l'aile. Divorcé, une vie séparée, une famille qui a volé en éclat : le prix à payer de l’hyper-travail ? Jusqu'où peut-on être un bourreau de travail avant de s'en prendre à soi-même et à ses proches? « J’ai trois jeunes enfants et je vis séparé. Je les vois toutes les deux semaines, et cela me donne à chaque fois un sentiment de culpabilité. Je pense, que j’ai fait quelque chose qui n’est pas juste » disait Carsten Schloter dans une émission évoquant le plus grand échec de sa vie. Evidemment, l’enfermement et l’impasse existentielle dépassent toutes les classes sociales. On se suicide riche, on se suicide pauvre, on se suicide entouré, on se suicide seul. On se suicide pour des raisons professionnelles, médicales, personnelles, secrètes. On se suicide parce que l’on a plus le temps de vivre.  On se suicide parce que l’on ne sait plus quoi faire, parce que l’on a trop de choix, etc., etc., 

Alors, ce n’est pas parce qu’il était un patron que Carsten Schloter s’est pendu. Mais bien parce qu’il s’est pendu comme patron d'une des plus grandes entreprises suisse que l’écho médiatique est si fort aujourd’hui. Parlons-en. Mais combien de Carsten Schloter au quotidien et combien de une dans la presse ? Combien de Carsten Schloter sous les rails, sur les ponts, au fond du Rhône ou dans le silence d’ambulances sans sirènes ? En parcourant la presse aujourd’hui, on se demande ce que révèle l’engouement pour ce suicide. Consternation, stupéfaction, les qualificatifs ne manquent pas devant le libre choix d’un homme qui a choisi d’en terminer courageusement avec sa vie. Alors, pourquoi ce tremblement ? N’est-ce pas l’aboutissement logique d’une vide de dingue et du libre choix ? Et si c'était parce que ce suicide montrait l’échec d’un modèle ? De l’hyper-vitesse à l’hyper-compétitivité, et qu’il parlait à chacun-e- de ce que l’on devine de l'envers du swiss-dream : suicides, cachets, dope, divorces, neurasthénies ?   

Nos héros antiques à nous s’appellent désormais Pantani, Schloter, Whinehouse, Stern, ils sont à demi-dopés ou fous et meurent pendus, assassinés. Rien de bien nouveau sous le soleil. A la différence près que si les héros grecs se battaient pour devenir plus qu’humains, les nôtre semblent lutter pour le redevenir, simplement, et semblent juste dire : « nous rêvons de deux choses : d’avoir du temps, simplement quelques heures devant nous sans agenda précis, et de retrouver l’intensité émotionnelle que l’on avait quand on était jeune ou enfant.» Et ils meurent de ne pas y parvenir.

A la question : comment changer de vie quand on n’arrive plus à vivre la sienne ?Tu aurais répondu comment, camarade Carsten, si tu avais été libre de le faire ?

...

Mais tu as répondu. Et tu as dit: le suicide est ma réponse.C’est ta réponse. Respect pour ton geste. Et respect pour ta mort.   

A l’llustré, qui te demandait de quoi tu rêvais, tu avais affirmé : «  Je rêve d’un monde moins égoïste, moins avide de tout, tout de suite. De stopper cette course en avant que l’être humain et la planète ne supporteront plus longtemps» Beau projet de vie.

Un rêve aussi grand, aussi noble, qui se termine pendu au bout d’une corde, ça fait mal.

 

09:13 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : schloter, suicide, swisscom, projet de vie, projet de mort | |  Facebook |  Imprimer | | |

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