sylvain thévoz

03/07/2013

Bien vu l'artiste

topelement.jpgPourquoi, en regard de la fumeuse météorite de la plaine de Plainpalais, la suspension du cheval mort de Maya Bösch et Régis Golay déposé au Zabriskie point à 500 mètres de là a-t-il été un tel fiasco tout en faisant scandale ? Manquait-il de gens pour présenter l’oeuvre ? Fallait-il avoir un décodeur pour bien la comprendre; l’œuvre ne se suffisait-elle pas à elle-même ? Aurait-il fallu faire le lien avec le public pour qu’il puisse se l’approprier ? Certes, la lanière a lâché trop vite. Mais cela veut-il dire que les moyens étaient trop restreints, que l’on avait trop tiré sur la corde, fait une œuvre avec des bouts de ficelle ?

Quel paradoxe ! Un outil pédagogique pour trier des déchets semble basculer dans le domaine de l’art contemporain et une œuvre d’art contemporain se trouve projeté dans l’économie des carcasses d’animaux, avec une seule question en tête : peut-on recycler les cadavres de bête ? Le monde à l’envers. Et si la proximité avait joué un rôle ? D’un côté, une œuvre en vitrine, intouchable presque, mise sous verre, et de l’autre une construction à ciel ouvert, paraissant accessible, à portée de main ? Même si dans les deux cas le sens est équivoque, pour l’un ça semble marcher, pour l’autre ça casse.   

L’exposition actuelle, au Zabriskie point, a aussi rencontré son point de non-compréhension. C’est une œuvre de Marina Abramovic. On y voit sur un petit écran une femme et un homme se crier dessus jusqu’à l’épuisement. Les gens se sont inquiétés : une télé est restée allumée toute la nuit, on y voit une femme et un  homme qui n’arrêtent pas de se gueuler dessus. Les citoyen-ne-s appelaient alors le service public pour demander que l’on tire la prise. Certain-e-s passant-e-s n’ont pas compris qu’il y avait là une œuvre, un travail profond et un message. Pourtant, à nouveau, ils sont embarqués dedans, ils y participent. Leur réponse : il faut tirer la prise, on ne veut pas voir cela, éteignez-moi ce poste puisque je ne le comprends pas. 

Zabriskie point, pour la deuxième fois a réussi son coup, faisant ressentir l’insupportable et faisant du spectateur un acteur. Vive l’art dans l’espace public, créateur d’échanges, activant des liens sociaux et les rencontres, provoquant le débat. Cela prouve combien le besoin de changer d’échelles et d’oser des œuvres qui impactent notre quotidien et nous font rêver est fort. 

Quand je suis quand retourné sur la Plaine voir la météorite, il y avait une femme qui y finissait sa canette de coca avant de la jeter au pied de la sphère de déchets. N’avait-elle pas compris le message ? Au contraire, elle l’avait reçu 5 sur 5, à la perfection. Elle voulait juste, à son tour, participer à l’œuvre. Bien vu l’artiste ! 

 

 

 

 

 

 

04:39 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : météorite, zabriskie point, cheval mort, bösch, golay | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.