sylvain thévoz

25/06/2013

Vendre ou ne pas vendre telle est la question

imagesCANFEN60.jpgMes paroles volent en haut, mes pensées demeurent en bas. Paroles sans pensées ne montent point au ciel (Shakespeare, Hamlet)

Vendre ou ne pas vendre telle est la question se demande-t-il, la télécommande levée devant les yeux. Toute son existence semble être recueillie là, dans ce bouquet de programmes Naxoo et la promesse irréalisée d'un triple Play, comme l'hiver sur la glace il regardait Sourya Bonaly faire des triple lutz jusqu'à en avoir la tête qui tournait. Maintenant, télécommande levée devant les yeux, il préfère que les américains crèvent la gueule ouverte plutôt que de leur vendre une part de la société, et cela à n'importe quel prix. Pourquoi? Parce que tout est pourri au royaume US. Mais alors, comment garantir les emplois ? La question ne se pose pas. Pour lui, il ne faut surtout pas vendre Naxoo, par principe. Arrêt sur image. C'est un dogme, c'est un choix, c'est comme ça. Point final. Etre de gauche pour lui, c'est par principe ne jamais vendre aux américains. Comme être de droite c'est toujours vendre, quoi qu'il en soit. Malheur à qui déroge à cette loi. Fast forward sur la télécommande. Il se passe le débat en accéléré. Le son est un peu fort, en même temps,  c'est censé produire son effet et cela passe bien.

Pause: la téléphonie la télévision et internet évoluent dans un marché hyperconcurrentiel. Comment y régater en étant lié par une convention mal ficelée adoubée en 2006 par les syndicats? Il se gratte le ventre, ouvre une bière. Non, il n'a pas les moyens d’être compétitif, même avec toute la mauvaise volonté du monde. Mais peut-être qu'en y croyant fort, il pourrait y arriver. C’est la lutte finale ? Quand même, lâcher prise devant les suppôts du capital, ça il ne peut s’y résoudre. Et si on osait un petit reply ? En 2006 alors qu’il était aux Service industrielles de genève, le camarade Vanek a vendu les actions SIG aux américains d’UPC Cablecom sans broncher, le traître. Et le camarade Bernard Clerc lui a emboîté le pas en vendant les actions de la Banque cantonale genevoise à UPC Cablecom, le traître, lui aussi. Suppôts de Denver, va ! Mais autres temps autres mœurs, aujourd’hui les mêmes disent niet. S’il faut crever la gueule ouverte, qu’ils crèvent la gueule ouverte les travailleurs de Naxoo ! La politique politicienne avant tout. Ils ne passeront pas dans nos tubes, même si cela implique de les boucher.  

Pourtant, le meilleur moyen de maintenir les emplois, c’est bien de faire en sorte qu'une entreprise soit unie, compétitive, et qu’un patron reprenne la barre pour éviter les blocages entre actionnaires, avec la capacité d’investir. Comment stopper la baisse des emplois (-10 emplois depuis 2011) dans l’entreprise ? Comment stopper la perte de 2% de prises par an pour Naxoo ? Le meilleur moyen de maintenir les emplois ce n’est pas de figer l’entreprise. C’est de la laisser vivre. Et la laisser vivre, pour la Ville de Genève, c’est de vendre les actions qu’elle possède, au plus offrant.

Il pensait trouver du soutien dans les autres communes, mais Vernier, Meyrin, Lancy et même Carouge où Ensemble à Gauche est représenté, ont vendu, eux. Il est presque tout seul devant sa télé, et il est tard. Et il est le dernier à se poser des questions existentielles sur ses parts dans la société. Ce n’est pas une honte de vendre quand il faut sauver une entreprise. Ce n’est pas une honte de sauver des emplois, même s’il faut les négocier avec des américains. Et puis, surtout, le produit de la vente, les 57 millions, n’est-ce pas un bon apport d’argent pour des crèches, le service social, l’aménagement public ? N’est-il pas préférable d’obtenir des millions pour les besoins de la population plutôt que de conserver des prises télévision inutilisées ?  Dans la rue, des employé-e-s inquiets du changement crient : "Naxoo est à nous". Et ils ont raison ! Naxoo est à nous, à la collectivité publique, pas aux extrêmes de gauche ou de droite, qui veulent se l’approprier. Et puisque vendre est le seul moyen de rendre service à la collectivité et aux employé-e-s, il faut donc vendre, et reposer doucement cette télécommande.

Il se gratte le ventre et s'ouvre une nouvelle bière. Il ne veut pas  lâcher et vendre. Non. Vive le statu-quo ! Il veut tourner en bourrique les américains et caresser l’ego des syndicats. Ainsi, ils ne pourront nous contrôler et faire de 022 telegeneve SA, un lieu d'espionnage pointu à la solde de l'oncle Sam, tout savoir de nos messages et nos téléphonies, et voir le fond de nos canettes avant même que nous ne les ayons vidées. Comme si la CIA et la NSA avaient besoin de 022telegeneve pour nous espionner.

Vendre ou ne pas vendre telle est la question de notre Hamlet moderne. Et la folie le guette. Heureusement, sur sa chaîne préférée, il y a la diffusion d’un Marc Dorcell. La philosophie, ça va un temps, après il y faut de l'action. Il ne vendra pas, c’est décidé. Il enfonce la touche off, résolument. Tant pis pour la casse et les emplois. Parce que tout est pourri au royaume US.

14:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : naxoo, vente, upc cablecom, hamlet, genève | |  Facebook |  Imprimer | | |

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