sylvain thévoz

10/05/2013

Le nouveau management tue l'associatif

L'association Tierra Incognita, s'estimant insuffisamment soutenue par les autorités, fermera ses portes à la fin du mois après dix ans d'existence. L'espace, rue Charles-Humbert, qui incluait une cafétéria, proposait des événements culturels, des services pour les migrants, des cours de français et d'espagnol est mort. Cet annonce est un choc dans le milieu socio-culturel genevois, mais pas une totale surprise. Pourquoi ? Parce que l'épuisement guette les associations. Les bénévoles engagés sur le terrain se voient confronter à des charges constamment en hausse et des ressources qui diminuent, voire sont supprimées. Le décalage entre la réalité du terrain, ses besoins complexes, cycliques, se heurtent de plus en plus à des méthodes de gestion et de planification sur le long terme, à grande échelle, en vue d'une promotion de l'action publique grandissante. Or, le socio-culturel c'est aussi du tricotage, du cas par cas, des échelles réduites; des actions qui n'ont pas la prestance et la volonté d'en mettre plein les yeux, mais qui changent la vie. Décalage.

La demande de soutien des associations n'est pas toujours que financière. Elle touche aussi à un besoin de reconnaissance, d'accompagnement et de soutien. Et ces demandes "d'en-bas", se heurtent parfois à des mauvaises compréhensions. L'administration souhaite un "retour sur investissement" et en vient à reprocher aux associations, ça s'entend, par exemple, de ne pas inviter suffisamment les magistrats lors de leurs événements. Mais, pour les associations, les magistrats sont avant tout des garants et des bénéficiaires de leurs activités, (dans le cas de Tierra Incognita, il y a  des personnes qui apprennent le français, ne sont pas dans la rue, une cafétériat qui propose un lieu de socialisation à bas prix, c'est un plus pour la vie commune à Genève, ça!), pas des commanditaires. On voit là l'enjeu de gouvernance et les rapports de pouvoirs que cela implique.

Rajouter un poste de communication pour se faire voir ou valoir, c'est au-dessus des moyens des associations. Rajouter un poste d'administrateur pour faire les papiers les demandes, s'occuper du lobby politico-administratif, cela demande des moyens. Si vous nous demandez plus, nous devons en avoir les moyens, sinon vous nous mettez la corde au cou. Grossir ou mourir, est-ce la seule issue au nouveau management?

La mécanique de la mise à mort des associations est en route.  Si la gestion au projet claque bien sur le papier, rigide, elle pousse à la précarisation dans la durée des associations, ne leur permettant pas de se poser dans la durée. Faites toujours plus, montrez que vous le faites, et si possible, montrez plus que vous ne faites, et faites le savoir. Ce n'est pas possible à tenir dans la durée, et cela finit par se faire au détriment des missions des associations sur le terrain. 

Plus tôt cette année, c'était le lieu d'expérimentation Ex-Machina qui a mis la clé sous le paillasson. Cet espace, rue Cingria, ouvert depuis 5 ans, dans un ancien atelier industriel, a accueilli plus de 200 artistes organisant plus de 24 expositions servant de véritable plate-forme de lancement et de production pour des artistes locaux. N'ayant pu trouver le soutien auprès des autorités locales, Ex-machina a décidé de boucler l'association sur une dernière exposition fin 2012 avec plus de 60 artistes venus précédemment, et de remettre le local. ( Chouette, un nouveau bar à vin en vue!)

Participant à des événements comme la MAC (manifestation d'art contemporain, événement biennal mis en place par le fonds d'art contemporain de la Ville, qui permettait au public de déambuler de lieux artistiques en espaces indépendants de création et de découvrir la richesse du  terreau culturel de notre Ville (éditions en 2006, 2009, 2011) elle "coûtait" au contribuable la somme de 10'000 francs par an. Mais maintenant, malgré ses appels à l'aide, c'est fini, c'est mort. 10'000 francs d'économisé mais un lieu culturel de fermé. Pas très rentable. Le nouveau management tue l'associatif. Il n'est pas possible de soutenir une association comme on dirige une compagnie d'assurance. C'est une question d'échelle, de missions, de philosophie et de culture.

Maintenant, une question très pratique: quelle sera la prochaine association à se faire hara-kiri et qui en portera la responsabilité ?

 

 

01:01 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : associatif, soutien, management, précarité réseau social | |  Facebook |  Imprimer | | |

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