sylvain thévoz

03/05/2013

Les chaussettes propres de Simonetta

Avoir le dernier mot. C'est avec cette seule idée en tête qu'elle ouvre la discussion. D'ailleurs, elle semble toujours ouvrir une discussion avec une seule idée en tête: la clore. Pourtant le sourire y est, la mine est réjouie. Mais on ne peut être joyeuse quand on est dans sa peau, on peut simplement paraître détendue (un peu). La concertation semble pourtant de mise quand elle demande ton avis, mais quelque part cela se sent: elle fait mine plutôt. Ce n'est pas ce que tu penses qui compte à ses yeux, mais qu'elle parvienne à te laisser entendre que ton avis sera entendu et qu'il comptera. Pour le reste.... tu peux la donnner ton opinion, poser tes questions, douter mais tu ne dois pas sortir des règles du jeu. De la convenance avant tout. 

Si elle te demande ce que tu penses, c'est au pire pour te faire entendre raison, au mieux pour te donner l'impression qu'elle le fait. Et si tu distingues bien le relief des enjeux elle te dira que tu complexifies quelque chose qui est pourtant très simple. Et si tu déplaces sa petite mécanique bien huilée -cela, elle n'aime pas- elle te dira que c'est avant tout l'efficience que génère le changement mais aussi que la révision conduit avant tout au statu-quo. Bon, bref que tout change sans changer et que rien ne change vraiment, finalement. Tu suis? 

Mais alors si rien ne change ou tout change pour le mieux, pourquoi ces nouvelles fenêtres sur la maison, cette nouvelle porte renforcée avec une double serrure dessus? Pourquoi ne pas dire NON le 9 juin? Elle te fera entendre, avec un discours compact, ramassé et rôdé, les arguments qu'on lui a préparé sur les récalcitrants et l'importance de nouvelles mesures d'urgences. Tu te demandes alors si elle y croit vraiment à ce qu'elle annonce. Tient-elle une position parce que son rôle l'exige? Elle dit il faut dire oui oui car /Il suffit de continuer à fermer/ Fermer fermer fermer/ /C'est hermétique et clair cela/ /C'est très très propre/ pas de poussière pas de lenteur pas de débris/ de la propreté avant tout /

Tu ne pourras trouver asile dans ton silence. Il est miné.

Tu ne peux que dire ou disparaître.       

A ton tour.

La discussion dure depuis un petit moment. Trop à son goût. Il faut faire place nette. Elle s'arrête sur le seuil de la maison, agite la main, referme la porte d'entrée derrière elle. Elle te parle encore à travers la porte vitrée. Toi, tu vois juste son ombre bouger. Et puis, ah, elle a oublié ses chaussures sur le seuil avant de se replier. Alors elle ouvre alors à nouveau la porte, regarde d'un air presque inquiet à droite et à gauche si quelqu'un vient et puis les ramène à l'intérieur.

Enfin, après avoir essuyé - va donc savoir pourquoi- ses chaussettes propres trois fois sur la paillasson, elle referme fortement la porte derrière elle, Simonetta. 

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