sylvain thévoz

05/04/2013

L'enfer du cocon: le risque c'est pour les autres?

La guerre entre les klaxons et les sirènes est-elle ouverte ? Les ambulanciers et autres professionnels de la route activateurs de sirènes tirent la sonnette d'alarme. Ils sont de moins en moins pris en compte par les utilisateurs de la route. La raison ? La musique amplifiée dans les véhicules, l’usage de téléphones mains libres, écouteurs vissés sur les oreilles, des habitacles de plus en plus hermétiques laissent de moins en moins passer les sons, provoquent aussi un manque d’attention et d’écoute pour ce qui vient de l’extérieur. Une des solutions envisagée est donc d’augmenter la puissance des sirènes.  Mais alors, si la puissance des sirènes est augmentée pour attirer l’attention de ceux qui se trouvent dans leurs coques coconnées, qu’en sera-t-il des nuisances pour les piétons, les enfants et les cyclistes, encore plus fortement exposés à l’amplitude des sirènes ; et du coup à une double nuisance : celles de véhicules plus lourds et plus sourds, et des services d’urgence poussant leur puissance de signalement à l’extrême ? Les plus exposés se trouvant alors de fait encore plus vulnérable dans un espace public encore plus agressif.

Il y a là un paradoxe des mécanismes de protection qui certes protègent (certains) tous en les enfermant, et surtout agressent d'autres (ceux qui ne les possèdent pas et les rendent encore plus vulnérables). Alors, au détriment de qui le besoin d’être entendu par les services d’urgence doit-il être porté? Du désir des automobilistes de rouler confinés ou de la nécessité des autres usagers de la route, des trottoirs, de pouvoir circuler sans un surplus d’agressions sonores ? Comment trouver l'équilibre?

L'enfer du cocon: le bruit c'est les autres? L’enfer du cocon, c’est toujours l’autre ? Allez, on essaie d’étendre ce raisonnement de la sirène aux digicodes ?  En quelques années, leur usage s’est généralisé. Est-ce que cela a limité le nombre de cambriolages ? Non. Leur principale qualité semble plutôt être de stigmatiser encore plus ceux qui n’en ont pas, les désigner comme cible prioritaire. Au final, ce sont toujours les plus fragiles, les moins monétarisés qui en pâtissent. L'escalade des moyens de fermeture ne rime à rien si l'on ne s'attaque pas à la source des problèmes. Et puisque la sécurité est bien plus qu’un verrou, ou un simple moyen de retarder les cambrioleurs, l’escalade des moyens de protection n’expose-t-il pas encore plus aux risques ceux qui ne peuvent se payer le luxe de suivre les tendances à la hausse de la fermeture généralisée? Lorsque des prises de sécurités individuelles occasionnent surtout des prises de risques collectives, c’est un signal fort qu’il est urgent de renforcer les moyens collectifs d’agir au détriment des risques individuels à les supporter. Il est urgent de démocratiser l'accès à la sécurité. Ce n'est pas uniquement les gros 4X4 ou les propriétaires de villas  disposant de sécurité privée qui doivent se sentir en sécurité et accroître objectivement l'insécurité de ceux qui n'ont pas les moyens d'avoir un cocon renforcé.

Comment alors renforcer les moyens collectifs de sécurité ? Tout d'abord, en réaffirmant le principe de sécurité pour toutes et tous, et pas juste pour les plus aisés dans les quartiers les plus protégés et en se donnant les moyens de la réaliser. Enfin, en faisant les premiers gestes pour que l’autre, mon voisin, ma voisine, mon proche, mon plus lointain, soit une garantie plutôt qu’une menace pour mon bien être, qui inclut ma sécurité, mais pas seulement. Et si le meilleur cocon était celui qui englobe le plus grand nombre ; et si, en acceptant aussi, parfois, une degré d'inconfort minimal, cela évitait de se renfermer sur soi-même et de faire de sa tour d'ivoire une menace, pour soi-même et pour d'autres? On a vu des tours s'effondrer sur elles-mêmes. On a aussi vu des tours devenir des ponts.

La sécurité est un défi, il ne peut être résolu que collectivement et socialement. Les habitacles et les enveloppes, extensibles à plusieurs, poreux par endroits, sont aussi une garantie que la lumière et l'air passent encore; et sont la marque de la juste répartition de l'insécurité. Ouvrons un petit peu les fenêtres plutôt que d'amplifier le niveau des sirènes, augmentons les niveaux de sécurités collectives plutôt que d'investir chacun dans sa petite serrure et son spray au poivre portatif.   


18:37 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, cocon, collectif, voisinage | |  Facebook |  Imprimer | | |

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