sylvain thévoz

16/03/2013

Budget 2013: la scie des guérisseurs de droite

Budget 2013, après une journée de boucherie au Grand Conseil, quels morceaux en soupeser? Tout d'abord, que les chiens fous du PLR-UDC-MCG ont mis leurs habits de médecins imaginaires et maintenu leur ligne dogmatique de coupe nette de 2% dans le budget de l'Etat. Ils continuent par là de ralentir le processus d'adoption du budget et ont apposé définitivement leur copyright sur le mot blocage.

Si la Ville de Genève s'est dotée depuis décembre d'un budget, le Canton, à forte majorité de droite, est en pleine curée et n'arrive plus à s'entendre. La guerre entre le PDC et le PLR est désormais déclarée. Le conflit entre le PLR et ses propres conseillers d'Etats sans pitié. On n'entend plus Pierre Maudet? Où est passée la verve du communiquant? On ne voit plus Monsieur Longchamp, où se cache-t-il? Madame Rochat? Disparue. PLR MCG et l'UDC  ont remonté leurs manches pour casser des os et en sucer la moëlle. L'intérêt citoyen là-dedans?  Broyé. Une coupe linéaire de 2% occasionne non pas des économies mais des coûts exponentielles et des charges supplémentaires pour la société.  

Les explications détaillées de certains conseiller d'Etat se suivent alors sur les dégâts irréversibles que les coupes vont occasionner. Dans le domaine de la santé, un plan de restructuration est déjà en cours (25 millions), auquel il va falloir y ajouter 20 millions de coupes supplémentaires mais aussi.... des pertes provoquées par effet de levier des assurances privées. Pour demeurer dans un rapport de 55-45% de répartition, elles baisseront elles aussi leurs remboursements de frais (16 millions), etc. La machine à saigner est enclenchée. Elle ignore tout des hémorragies qu'elle déclenche, des effets de ruptures successifs qu'elle entraîne. Pour un principe, un concept, une posture politique, en un mot: pour une projection de dépenses, elle a décidé de passer au scalpel tous les organes, sans distinctions. 

On enlève au Grand Conseil l'appendice comme on supprime un rein, et on ne comprend pas que, pour certains organes, les réduire de 20% c'est les tuer. Ici, on coupe une jambe parce que l'on préfère prévenir que guérir. Là, on supprime l'éclairage tout en proposant de continuer à opérer. La saignée était préconisée au moyen âge pour tous les maux. Le PLR-MCG-UDC charognent sur un budget ensanglanté, et lui enlèvent toute vitalité, préférant l'immobilité forcée au soin dynamique. 

Les coupes, bien plus que d'équilibrer le budget, le font basculer, en provoquant des charges supplémentaires. C'est comme si l'on disait que l'on enlève "juste" 1/4 des roues d'une ambulance, mais qu'elle pourra continuer de rouler!  Il ne se trouve personne parmi cette droite arc-boutée sur son idée de coupe linéaire pour revenir sur sa décision. Non. Le budget est tenu sous anesthésie et ils peuvent en faire ce qu'ils veulent. Plus besoin de réfléchir. Ni Conseillers d'Etats, ni opposition, ni population, personne, rien ne leur fera poser un garrot. Dans leur manuel de guérisseurs, à part le mot "amputation" il n'y a rien d'autre. Vous toussez? amputation! Vous avez mal quelque part ? Amputation.

Les étudiant-e-s venus en nombre peuvent crier devant le Grand Conseil, les syndicats donner de la voix; une soignante témoigner que déjà les toilettes des patients ne se font plus tous les jours, par manque de moyens, que l'on doit éjecter des patients toujours plus vite, que la situation n'est déjà plus sécurisée; que couper encore plus court cela va provoquer toujours plus de charges sur les quelques uns qui ne pourront plus tenir... et si les derniers lâchent, tout lâchera. Mais rien n'y fait. La saignée est programmée. Les trois guérisseurs imaginaires PLR-MCG-UDC se moquent de savoir si le corps social y survivra. Ils ont levé la scie. La machine à saigner est prête. Ils veulent aller au bout de son mouvement. Par principe.

Le curseur de la machine idéologique ne s'est pas déplacé vers la droite comme l'écrit alors Pascal Décaillet mais vers la brutalité. L'Etat, en n'assurant plus des services entiers, créera de nouvelles charges, entraînera les désinvestissements d'autres partenaires. Que vont faire les autres communes? Combler ce que le Canton ne souhaite plus faire? Que va faire la Ville, se substituer toujours plus à l'anémie du Canton ? Qui honorera les contrats? Il faudra fermer des services, renvoyer les gens. Pourquoi? Parce que l'on n'a pas d'argent? Non. Parce que l'on a choisi de s'en priver. Désastreux.

En fin de soirée le budget anémiée est renvoyé en salle froide et sous respiration artificielle  par 48 guérisseurs imaginaires (PLR, MCG, UDC) contre 40 décidés à le sauver (Socialistes, Verts, PDC, l'indépendant Didier Bonny) et 2 abstentions radicales. Le corps du budget est alors placé au frigo avant un 3e débat qui aura lieu au mois d'avril. 

On doit désormais espérer un apport de sang frais. On doit demander une préservation des organes vitaux. On doit mobiliser dans la rue les proches et les familles. Et puis, Pâques oblige, on peut encore prier pour une résurrection. Mais surtout, on ne devra pas oublier ce qui s'est passé dans cette salle du grand conseil transformée en salle d'opération improvisée, au moment de faire les comptes. Notre révolte se nourrira de leurs abats.   

 

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