sylvain thévoz

02/03/2013

Finir nos assiettes et nous taire?

Parti d'angleterre pour se découvrir européen, le scandale des mets préparés avec de la viande de cheval vendu pour du boeuf en Europe, touche désormais la planète entière et l'Afrique du Sud, où un scandale éclate: ce qui était vendu pour de l'antilope était à 90% de la girafe, voir du porc. Au final, ces scandales ont leur source en un lieu, celui de la spéculation alimentaire qui pousse à faire flamber les prix, à tricher à tous les niveaux pour être concurrentiel. Si la traçabilité doit être renforcée, elle est difficile à appliquer. La loi du profit et la mauvaise volonté à jouer le jeu de la transparence vont de pair. Le journal "Entreprise Romande" l'exemplifie dans sa dernière édition: "Il est ainsi question d'obliger les restaurateurs à indiquer la provenance du poisson, comme c'est déjà le cas avec la viande. Or, beaucoup d'établissements reçoivent des arrivages aléatoires pouvant aller jusqu'à deux fois par jour. Comment savoir si le pêcheur du cru trouvera des perches ce jour là. Et comment traduire une telle incertitude dans la carte?". Alors oui, c'est vrai, à un niveau micro comme macro, pour régler l'incertitude, il existe un moyen rapide: toujours dire que c'est du boeuf et de la perche du lac, ça passe mieux auprès des consommateurs pressés et ça se vend pareil. La loi folle du bénéfice maximum ne s'applique pas seulement sur des étiquettes mensongères. Le scandale est économique. Les instances politiques doivent reprendre pied face à la dérégulation des marchés. 

Miam miam du sang dans mes spaghettis

Aujourd'hui, un milliard d'être humains souffrent de la faim, ce n'est pas une fatalité, mais le produit d'un système financier spéculatif poussant la logique du profit à son maximum. Alors qu'il y a suffisamment de nourritures pour couvrir les besoins de toute la population mondiale, la spéculation sur les matières premières fait exploser le coût du riz du maïs et du blé.  Pour y remédier, la transparence doit être exigée à la racine du problème. Solidar a donc lancé une intitiative http://www.solidar.ch/speculation pour faire inscrire dans la Constitution suisse la lutte contre la spéculation sur les matières premières agricoles et les denrées alimentaires. 

Car si le système du tout profitable nous roule ici dans la farine, en vendant n'importe quoi sous des emballages bien publicisé, il soustrait ailleurs les aliments à la population. C'est la même logique qui est à l'oeuvre. Des banques, des caisses de pension tirent de gras bénéfices de cette spéculation sur les matières premières. Bouffer de la M.... sans exiger d'en connaître la provenance nous rend au mieux naïf au pire captif; cautionner par nos achats la faim dans le monde : complice. Jean Ziegler a tiré la sonnette d'alarme avec son livre Destruction massive et rappelle que Genève est la capitale mondiale des spéculateurs agroalimentaires. Le Gaïa World Agri Fund, un des plus féroces spéculateurs sur les biens agroalimentaires a son siège ici, et de nombreuses hedge-fund sont accueillies chez nous via la complaisance du Conseil d'Etat. Leur comportement pirate est destructeur pour la planète entière.

L'intitiative de Solidar  vise donc à empêcher les banques, les négociants en valeurs mobilières, les assurances privées, les fonds de placement, les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de fortune indépendants, etc., d'investir dans des instruments financiers se rapportant à des matières premières agricoles. Il faut signer cette intitiative, affamer les affameurs en ne leur permettant pas de faire du profit avec nos ventres. http://www.solidar.ch/speculation  Mais il faudra aussi, si nous voulons vraiment faire le ménage dans nos assiettes, s'occuper rapidement des Hedge-fund qui ne sont pas soumises au contrôle de l'autorité des marchés financiers suisses (la FINMA), par la faute de la complaisance du Conseil d'Etat et des néo-libéraux du Grand Conseil qui les ont fait venir ici sans souci de mettre en place des mécanismes de contrôle de leurs comportements pirates. Il faudra donc commencer par faire la vaisselle chez nous, dans les entreprises que Genève accueille, si nous voulons y voir plus clair dans nos assiettes.

Hurler que nous ne trouvons pas dans nos assiettes ce que l'emballage nous promet, et nourrir en même temps les spéculateurs de matières alimentaires qui participent de cette situation, sous le prétexte que ces derniers nous donnent quelques miettes de leurs bénéfices n'est pas cohérent. Réevaluons plutôt rapidement les assiettes fiscales des hedge-fund, soutenons notre agriculture locale et signons l'initiative de Solidar pour stopper la spéculation sur les biens alimentaires. Finir nos assiettes et nous taire? Et si on en changeait plutôt la composition ?


 


 

 

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