sylvain thévoz

13/02/2013

Les nuisances de la grande fête sécuritaire

Citoyen-ne, tes autorités cantonales veulent désormais des caméras placées sur l'hypercentre, et que tes bars ferment à minuit (enfin pas tous. Arbitraire, il en a choisi quelques uns au hasard, frappes ciblées de droit presque divin). Un centre sous couvre-feu avec surveillance électronique, c'est donc ça l'objectif de fin de législature.  La crispation.   

Si tu veux te dépenser ce sera donc à l'extérieur du centre, loin du "surveyspace", les espaces surveillés de ton hypercentre, dans lequel doucement, tu ne seras plus qu'un invité, et devra montrer patte blanche pour y entrer, y rester. Ni tags ni cris, ni débordement : "Ce centre sera clean et sans bruit où il ne sera plus", voilà la politique du Conseil d'Etat. Caméras de vidéos surveillance et bars fermés vont de pair. C'est la même logique sécuritaire. Si tu veux te dépenser, ce sera donc loin, et en cachette.

Ce qui dérange le Conseil d'Etat, dans les ouvertures de bars tardives, plus que le bruit, c'est la masse, les gens, les attroupements. Car les foules parlantes qui se regroupent dans les rues sont l'émergence et la manifestation de quelque chose qui ne se contrôle pas. 

Le Conseil d'Etat, a perdu le contrôle de l'espace public par sa propre faute.

Tout d'abord, par une liberté de commerce débridée, sans vision, qui place des espaces de vie nocturne sous des logements et surdensifie les espaces d'habitation. Les habitant-e-s en souffrent. Les noctambules sont frustrés. Des espaces que l'on autorise à ouvrir doivent ensuite fermer. Bref, personne n'est content.

Ensuite, par une non-gestion de l'aménagement du territoire. Lausanne a bien aménagé le Flon, espace de vie nocturne festif. Genève n'a jamais réussi à se projeter dans un territoire dévolu à cette fin. Mark Müller a failli. Et quand son successeur, monsieur Longchamp veut, pour le quartier Praille-Acacias-Vernets, "des logements avant tout pour nos enfants" il crée les problèmes de demain plus qu'il n'en résoud. Car où seront ces enfants quand ils grandiront s'ils n'ont pas de lieux où se dépenser? Et quel sera le visage de la ville dortoir qu'il veut dessiner? Fermer les bars (ou rendez-les hors de prix) boutez les pauvres hors de la rue, où iront-ils? Dans les cages d'escalier, dans les garages et les immeubles.

Enfin, la logique économique qui fait la guerre au pauvre et à toutes ses figures (le mendiant, l'errant, le migrant, et bientôt le passant ?), crée un espace désert où seules les caméras - et pourquoi pas des drones bientôt?- semblent être les réponse au vide qui se créé et dont tout le monde a peur de ce qui l'habitera bientôt. Car plus personne ne peut demeurer dans l'espace public sans y être suspect.  

Le Conseil d'Etat a donc failli sur tous les points d'une véritable politique de la Ville et du vivre ensemble. Qu'il essaie de se rattraper en bandant son petit muscle des caméras de surveillance et du couvre-feu serait presque ridicule si ce n'était un terrible constat d'impuissance.

Ce n'est donc pas l'ouverture des bars qui doit être limité, c'est le niveau d'incompétence du Conseil d'Etat, mais ça tombe bien, il y a un moyen pour cela, il s'appelle ELECTIONS, et ce sera cette année à la fin de la grande fête sécuritaire... pour autant que l'on résiste à ses nuisances.   

 

  

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