sylvain thévoz

30/01/2013

L'abri:boîte noire à défaut de boîte de nuit

On prend note, on relit attentivement le Courrier d'aujourd'hui, et l'ouverture de la boîte noire du projet culturel public-privé "l'Abri". Que constate-t-on, dans les réponses de Guillaume Barazzone? 1) Que la culture est à la mode. Nous avons désormais un nouveau magistrat de la culture urbaine et de la sécurité, alors qu'Esther Alder continue sa politique de culture de proximité dans les quartiers... que va-t-il rester à Sami Kanaan? 2)Que le projet d'accueil social des jeunes fêtant dans la rue est définitivement enterré. On se dirige résolument vers un projet privé à vocation culturelle visant l'excellence. Quant au contenu plus précis de ce projet...  

Il existe sur la rive droite un très joli théâtre, celui des Grottes (ex théâtre para-Surbeck), de 86 places, avec une scène, une buvette, spécifiquement mis à disposition de jeunes compagnies ou associations oeuvrant dans le domaine des arts de la scène. Les compagnies indépendantes, les associations de quartier, les manifestations organisées par la Ville de Genève y trouvent refuge. Alors, soit ce théâtre des grottes est insuffisant, inadapté, et il serait urgent de lui donner les moyens de fonctionner d'une manière plus adéquate, soit il remplit sa mission de promotion des jeunes artistes locaux, et le projet de l'Abri devient au mieux un doublon, au pire un lieu qui cache son nom dans une offre de scènes publiques déjà abondantes. La rive gauche est déjà l'enfant gâté de la culture, veut-on encore l'alimenter plus au détriment de la rive droite?

Troisième question : qu'est-ce qu'un partenariat public-privé? Au profit et au détriment de qui se réalise-t-il? On ne parle évidemment pas ici de mécénat, et la position de Guillaume Barazonne est extrêmement fragile. La droite rabote les budgets, suspend tout soutien à la fondation romande pour le cinéma, lutte contre ce qu'elle appelle des doublons, mais lorsqu'il s'agit de céder des parcelles de la Ville à des privés, la concertation et les bonnes résolutions s'envolent. Peu importe alors de doubler ou de tripler l'offre, tant que le privé en profite! Quand monsieur Barazonne se réjouit de proposer de la culture à 0.- ne se demande-t-il pas de quoi le prolétariat artistique qui égaiera les spectateurs dans l'abri Wilsdorf vivra? Qui paiera ses créations?

C'est vrai, la Ville aura deux sièges au sein de la fondation privé à but non lucratif qui administrera l'Abri. Mais comme la Ville ne se mêle pas de la programmation des lieux, elle y fera quoi? Un soutien financier quand le projet l'exigera, ou une caution publique et un lustre médiatique à l'heure de couper le ruban ?   

Je comprends le magistrat de la culture et des sports. L'abri commence déjà à se creuser, il faut être pragmatique, rentrer dans le trou et prendre la pelle; en espérant que les voûtes tiennent, et la fondation Wilsdorf ses engagements - mais lesquels?-  

Tant que le canari chante, le coup de grisou ne menace pas.  

L'abri: boîte noire à défaut de boîte de nuit.

 

14:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, wilsdorf, partenariat privé-public, barazonne, kanaan, alder. | |  Facebook |  Imprimer | | |

25/01/2013

Le projet mal ficelé de Pierre Maudet

culture,aménagement,maudet,solo solo,tantvalacultureauprivékalafinelleseperdLes travaux de transformation de l'ancien abri de la protection civile situé sous la terrasse Agripa d'aubigné vont démarrer le 14 janvier pour livrer un nouvel espace culturel à l'intérieur des remparts de la Vieille Ville. Voilà l'annonce triomphale passée sur le site de la Ville de Genève par les services de monsieur Barazonne. Ce projet rêvé et pensé en 2011 par Pierre Maudet n'a pourtant de culturel que le nom. Ce partenariat, ou plutôt, ce joint-venture, entre la fondation Wilsdorf et le département de l'environnement urbain et de la sécurité est un projet grandiloquent de plus de 600m2 (un an et demi de travaux prévus dans un lieu inadapté), opaque, au concept vendu comme "inédit", mais pour l'instant insaisissable. Surtout, le département de la Culture n'a pas été associé à l'élaboration de ce projet. La délégation à la jeunesse du service social, travaillant directement en lien avec les jeunes, non plus. Les artistes raillent déjà des adaptations architecturales prévues qui ne sont pas en accord avec les pratiques et les besoins du milieu. On a déjà vu mieux en terme de planification.

Ce nouveau "lieu culturel" sera géré par une fondation sans but lucratif qui travaillera sur "une programmation basée sur l'excellence et l'élégance artistique". Mais comment a-t-on pu passer de la lutte contre les botellons des jeunes dans la rue -raison mise en avant par Monsieur Maudet pour développer ce projet- à la promotion d'une boîte à l'élégance artistique? Le public cible a changé en cours de route. Pensé pour des jeunes désoeuvrés causant des nuisances, il s'adresse désormais aux jeunes talents. De projet social il est devenu un projet culturel. Et désormais, de projet culturel, a basculé en projet anti-culturel, se constituant au détriment de lieux existants sans étude sur la nécessité d'ouvrir un tel lieu à cet endroit. 

Alors que les infrastructures de la Ville ont besoin d'argent, que la maille pour rénover le Grand Théâtre, le Musée d'Art et d'Histoire manque; que la Nouvelle Comédie a besoin de soutiens, et le musée d'ehtnographie de moyens supplémentaires, Monsieur Maudet, s'inspirant des mauvaises pratiques du Canton en la matière (qui cède gratuitement l'usage de l'usine Sicli à la route des Acacias à une entreprise "culturelle" privée), a choisi de morceler la culture en bradant des biens publics pour en régaler les privés. Est-ce cela que l'on appelle le partenariat public-privé? N'est-ce pas, au mieux, une politique improvisée et non concertée, et au pire, une politique particulariste visant à satisfaire des investisseurs culturels? Certains théâtres ont des fréquentations en baisse. L'offre est abondante. Faut-il vraiment vouloir ouvrir un nouveau lieu théâtral, à la sauvette?

Alors que le patrimoine de la ville a besoin de soutiens privés en bonne intelligence pour se refaire une façade, pourquoi offrir au privé des espaces publics sans contre-partie? Les intérêts de la collectivité sont placés là sous les intérêts d'une fondation de prestige. Joli cadeau: un écrin en vieille ville avec, cerise sur l'abri, la sécurité fournie par les agents de police municipaux de la Ville... 

Pour terminer, il est troublant que le département de la police municipale et de la voirie élabore dans son coin un projet de nouvel espace culturel. Cela veut-il dire que désormais le département de la culture est invité à s'occuper des casernes de pompier; le service social des espaces verts? Et que va faire désormais Monsieur Barazonne du projet mal ficelé de Pierre Maudet ? La promotion faite sur le site de la Ville de Genève laisse penser qu'il a choisi de le faire sien. Enfin, sien.... celui de la fondation Wilsdorf, plutôt.

 

 

 

20/01/2013

Le socialisme n'est pas une mathématique

rosa_lives.jpgFaut-il que le Parti socialiste aligne quatre candidat-e-s en vue de l'élection au Conseil d'Etat ou seulement deux? Et pourquoi pas trois ? Réduit-on vraiment au carré les ténors comme on le lit dans la presse dominicale? Il y aurait-il donc des petit génies qui réduisent de moitié l'influence de ceux qui comptent ? Qui voudrait la peau des gros numéros, ceux qui pèsent pour quatre?

Combien il y a-t-il de gestionnaires qui font des calculs politiques et de visionnaires qui raisonnent sur la théorie des ensembles? Ce qui est démontré: dans une premier temps, au-delà (ou comme résultante?) des arithmétiques, ce seront les presque mille membres du parti qui poseront l'équation la meilleure, puis le peuple fera ses additions, ses soustractions... et exigera des comptes!

Rosa Luxembourg l'avait compris :"la liberté pour les seuls partisans du gouvernement, pour les seuls membres d'un parti- aussi nombreux soient-ils- ce n'est pas la liberté. La liberté c'est toujours au moins la liberté de celui qui pense autrement" Les calculs doivent englober le plus grand nombre d'inconnu-e-s possible.

Alors quoi, il y aurait des clans, des groupes, des couples, des gens qui se parlent et font de la tactique politique? Il existerait des stratégies pour maximaliser le résultat du parti au bénéfice aussi de résultats personnels? Il y aurait des alliances, des nombres premiers, des intersections et des intervalles ouverts? Quoi, les partis seraient donc des usines de traitement d'idées, d'ambitions, de pouvoirs, de désirs et de vouloirs à géométries variables? Quelle suprise... Et pourtant, les calculs doivent toujours englober le plus grand nombre d'inconnu-e-s possible.

Car rien, évidemment, n'est pure logique et calcul statistique. C'en est même une part réduite. Et pan dans les sinus, et vlan dans les tangentes! L'arithmétique du politique passe par le rêve, l'engagement et la passion, et 2+2 font souvent autre chose que 4. Et 4 fait aussi parfois moins que 2. Celles et ceux qui font les calculs en laboratoire ou au bureau reçoivent alors une bonne pomme bien réelle sur la tête; sortent éclairés d'un bain (de foule?). Heurekâ, nous avons trouvé: les autres d'abord, JE est à leur service. 

Le socialisme n'est pas une mathématique. Si cet axiome s'efface du tableau, toute équation risque bien d'être nulle et tous les petits calculs réduit à zéro. 

 

 

 

07/01/2013

Vers un journalisme sans journalistes?

Après l'annonce par le journal Le Temps en novembre de supprimer 18 postes en partie pour "répondre aux nouvelles formes de consommation des médias" dixit Valérie Boagno la directrice mais surtout pour plaire aux actionnaires, le Temps  bien qu'étant dans les chiffres noirs, mais sous les marges des 8% de rendements requis par ses actinonaires et anticipant les baisses, range les manchettes et sort la machette. C'est désormais "le marché qui va décider". Ah bon, parce qu'il en avait déjà été autrement? 

Que va-t-il rester de la presse écrite? Le journalisme d'investigation, le journalisme de reportage sont en train de disparaître. Quand ce n'est pas la même source "des agences" c'est la même soupe des grands groupes. Un reporter qui veut faire une enquête est aidé par un fixer sur le terrain, qui lui trouve les contacts, lui permet de gagner du temps. Par manque de ressources, les journalistes finissent par prendre les mêmes fixers, qui refilent évidemment les mêmes infos aux différents journalistes. Au final, à quoi bon croiser les sources, lire plusieurs journaux, puisqu'en amont, ils brassent les mêmes histoires. La diversité, c'est désormais un luxe? L'information coule dans des tubes et sous la glace des écrans, en instantané, okay, mais s'il n'y a plus personne pour la signer, elle devient liquide sous les rétines, translucide sous la peau et rendre recto dans le cerveau... pour en ressortir aussi sec? Tant qu'elle est bonne, passe encore, mais si c'est de l'intox: gare aux gros caillots. Il n'y a plus de filtres ni garanties.  

Au niveau local, la Tribune de Genève a lancé "Signé Genève" en invitant des citoyens à être reporter de quartier, le 20mn a fait de chaque lecteur un photographe potentiel lui proposant d'envoyer ses clichés. Pourquoi garder encore des journalistes, des photographes, quand le quidam peut faire l'affaire; quand le journalisme sans journaliste semble être économique alors qu'il perd sa raison d'être; que l'humain se comprime si bien sous la poussée? Les éditeurs de Suisse Romande ont bien intégré cette logique économique et semblent résolus à faire du journaliste une pâte malléable comme une autre, soluble dans le marché. De leur part, supprimer la Convention collective de travail (CCT) sans consultation des journalistes, à la fin 2012, c'est comme proposer à un pompier d'aller travailler en slip, à un médecin d'opérer dans son garage. Vive les économies et le libéralisme radical ! Qui aimerait, si sa maison brûle, que les pompiers viennent armés de seaux d'eau troués? Pourquoi alors, accepter pour les cerveaux, un journalisme anémié ?  

Qui pour se lever, qui pour protester? Qui pour manifester?   

Alors, soyons fous, risquons l'utopie, si l'on met des mécanismes en place pour protéger les paysans de montagnes, si le fait d'avoir une assurance maladie est obligatoire en Suisse, pourquoi ne pas créer un abonnement presse de base obligatoire? Après tout, si le manque de citoyenneté est relevé, l'abandon de la lecture et de l'intérêt pour la chose publique y contribue. Un abonnement pour toutes et tous obligatoire à la presse écrite de son choix, dès 18 ans, vous souscrivez? Et si vos revenus étaient trop bas pour le payer? L'Etat se substituerait et paierait l'abonnement. Peut-être bien que les annonceurs reviendraient? Que l'on serait un peu moins niais et mieux informés? On saurait très bien alors à quoi servent les impôts : à lire et faire lire, faire vivre une presse diversifiée, stimuler la curiosité, et rétribuer des journalistes pour faire leur travail dans des conditions décentes. S'il n'y a pas de journalisme sans journaliste, il n'y a pas de culture sans citoyens cultivés. Et si, plutôt que soumis à l'exigence du marché: la gratuité ou rien, nous étions devant un choix radical : l'utopie ou les usines de gavage?        

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02/01/2013

Charlie-hebdo co-dépendant fondamentaliste

On pourrait penser que Charlie-Hebdo, en réchauffant, ce 2 janvier, les caricatures de Mahomet en publiant une BD de la vie du prophète certifiée Hallal souhaite 1) faire exploser ses ventes 2) s'offrir de la pub facile 3) défendre la liberté d'expression 4) tirer sur la barbe des intégristes de tout poil 5) rire un bon coup. Probablement un peu de tout ça, assurément.

Suivant le mécanisme de la dépendance alcoolique, et son corrolaire: la co-dépendance, une autre idée vient à l'esprit. Celle d'une co-dépendance fondamentaliste. Qu'est-ce que c'est? Les symptômes, du co-dépendant fondamentaliste, sont les mêmes que chez le co-dépendant alcoolique : avoir un comportement obsessionnel, une volonté de contrôler le comportement de l'autre, répéter toujours la même chose. Car enfin, que serait Charlie Hebdo sans l'islam fondamentaliste, sans céder au kick de caricaturer Allah, ridiculiser Mahommet, et le rush de faire du sacré une pantalonnade; parodier Rushdie?

Pas besoin d'avoir la foi pour être accro au fondamentalisme. Au contraire, c'est même déconseillé. Suffit d'y adhérer. Par contre, y être symétriquement opposé pousse à y croire. Si la co-dépendance fondamentaliste n'est pas listée dans le DSM, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (qui a inclu les problèmes religieux et spirituels comme catégorie signifiante en 1994), je parie ma bible, mon coran, mon Charlie-Hebdo, qu'elle ne tardera pas à faire son entrée dans la 5e édition (prévue pour mai 2013). La recherche psy progresse sur les fondamentalismes qu'ils soient religieux ou athées. Que Charlie-Hebdo se foute de la gueule des fondamentalistes: bravo. Mais qu'il ironise sur des figures rassembleuses pour les croyant-e-s, à quoi ça sert, hormis jeter de l'huile sur le feu et y faire dorer les marrons des islamophobes? 

Les co-dépendants fondamentalistes ont besoin des fondamentalistes et de leur conception rigide de la religion comme un curé de sa robe de première communion. Tous deux se tiennent par la barbichette. Pendant que l'un rit, l'autre montre les dents; pendant que l'un menace, l'autre provoque. Vieux couple.

Pendant ce temps, les croyant-e-s vont à la mosquée, à l'église, aiment, dorment, font l'amour, des enfants, votent, bossent, et se foutent pas mal des caricatures de Charlie caricaturant l'islam caricaturé des fondamentalistes, que ce soit au nom de la liberté de la presse, des exigences du marché ou du droit de rire de tous. Ils achètent Charlie-Hebdo, voient que les caricatures des caricatures y sont presque plus vraies que nature, c'est-à-dire, qu'elles finissent par faire l'apologie de ce qu'elles prétendaient dénigrer. Vieux couple.

Mais si les accros à la provoc' des deux bords parvenaient à se lâcher la barbiche, afin que chacun puisse croire, ou ne pas croire en paix, que ce soit dans la vie ou dans le livre ce serait, pour la compréhension respectueuse des croyances, qu'elles soient athées ou inspirées, un véritable coup de foudre. Malheureusement, entre dépendants et co-dépendants, les histoire de haine sont souvent des histoires d'amour et durent même quand les caricatures des Lumières et des mille et une nuits  pâlissent et font moins rire.     

 

16:46 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, caricatures de mahomet, bd, dépendance, codépendance. | |  Facebook |  Imprimer | | |