sylvain thévoz

28/12/2012

Bang Bang

Depuis la folie meurtrière de Newtown, elle est entrée dans les cerveaux, la question fiévreuse portée par l'industrie médiatique : quand est-ce que cela nous arrivera ici. Dans la veillée d'arme du tsunami meurtrier, certains guettent des signes, nerveux. La propagation de la panique (Miguel D.Norambuena) fait son chemin dans les esprits. Oubliez votre cartable dans une rue, la rue est évacué, votre cartable explosé. Faites péter un ballon dans la rue, quatre personnes se couchent à terre. Ecrivez sur facebok "je vais faire un massacre LOL", les flics sonnent à votre porte, alors que vous vous prépariez à aller jouer aux quilles. La panique prend racine, elle se visse dans les têtes, comprime les poumons. L'air qui se respire ne permet plus de ne pas prendre au sérieux ce qui pourrait faire croire au pire. Dans le doute: alarme générale. Pour tout, pour rien. Comme des rats de laboratoires soumis à un stress constant, la parano du pire entretient son coûteux appareil sécuritaire. A la présomption de vie bonne et confiante se subsitue la présomption criminelle et violente biberonnée par les amplificateurs médiatiques qui se régalent de confiture rouge.... allô police bobo, je sais pas ce que tu m'as fait suis plus safe.

Suite à Newtown, des autorités scolaires et des polices helvètes sont montées fissa au créneau. La ville de Zürich a annoncé des investissements de plusieurs millions pour un système d'alerte unifié. Il manquerait des hauts-parleurs, des systèmes bloquants les portes. Elle s'est vantée de la mise en place d'un logiciel d'analyse des risques: 30 questions permettent d'évaluer si un jour un élève fera usage de la violence. Programme, programme, dis-moi qui est le plus dingo. Tout élève est désormais un tueur potentiel. A force de fantasmer le carnage on peut se poser la question sur l'attente inconsciente d'en voir surgir un...

Nous voilà donc arrivés à un temps de l'histoire où la peur est devenue panique. Où ce qui garantissait notre sécurité commune: la certitude d'une vie commune et d'une protection entre pairs, s'étiole et où le fait de vivre ensemble n'est plus une garantie que l'autre, c'est-à-dire, l'inconnu, potentiellement autistiquement arrimé uniquement à son ordinateur, son téléphone portable et son antidépresseur, n'est pas une menace mortelle. Pour y faire face, l'escalade sécuritaire est promue antidote. Vous voulez quelques millions pour de nouvelles portes blindées et des gilets pare-balles, des caméras? Si pour avoir la paix il faut y mettre le prix, allez, on casse la tirelire. Un garde armé devant chaque école? Oui, pourquoi pas. On va se rassurer à coups de caméras, se régaler de portes bloquantes, d'APM 24/24 sans bien sûr toucher au sacro-saint service militaire et aux armes d'ordonnance à la maison; celles-là on les garde sous l'oreiller, pour le cas où. Et des avions supersoniques sur nos têtes? Oui, oui, c'est bon. Et s'il y a un petit malin pour sortir l'argument comme quoi cela va booster l'économie, il faudra bien policer à blanc l'espace public, car notre sécurité le vaut bien.

Mais pourquoi mon adolescent me regarde-t-il avec ce drôle d'air? Pourquoi la menace me semble-t-elle avant tout intérieure, et pourquoi, concrètement, les policiers sont-ils dans le voisinage? Demandez-leur, ils vous le diront: pour des jeunes dans un parc, des voisins qui font du bruit, un homme qui marche seul à minuit dans la zone villa, pour un arabe ou un black assis sur un pas de porte. Allô police bobo ou le blues du gendarme. 9 fois sur 10, la police, quand elle ne tourne pas en rond dans le vide, est réclamée pour des tâches de conciergerie de gardiennage, de pouponnage, dans une société du cran où le gendarme est devenu avant tout le gardien des angoisses et le doudou des faillites relationnelles ; deus-ex-machina d'un espace social remplacé par des écrans et des interfaces tactiles. 

Nous voilà arrivés à un temps de l'histoire où des alarmes toujours plus sophistiquées et coûteuses ne nous protègeront plus de rien. Dans un état de guerre économique où la guerre des places s'ajoute à la guerre des classes, où l'épuisement guette, les derniers mécanismes inhibants de contrôle social qui faisaient aux bêtes humaines retourner la violence contre eux, et se jeter sous un train ou du haut d'un pont, menacent de céder à la tentation de se lancer dans la rue armés d'un flingue.

Ceux qui attaquent le service public, vident les espaces de leur dimension commune, remplacent partout l'homme par la machine et le témoin par l'automate, le texte par l'annonce publicitaire, et créent des champs urbains minéralisés au nom de la rentabilité, faisant tenir à l'humain un rôle subalterne ou décérébré, ceux là, quand ils attaquent en plus les budgets et les ressources sociales qui créent du lien : les financements d'écoles, d'hôpitaux, des travailleurs sociaux, des maisons de quartier, des crèches, des concierges, sont alors les porte-flingues qui huilent et arment les tireurs de demain.

Une logique de sécurité préventive viserait d'abord à se prémunir contre ces porte-flingues et leurs attaques préméditées contre l'espace social, le tissus, le lien, la transmission et cohésion sociale, garants de la sécurité collective. Assurer cette sécurité là ne coûterait pas des millions d'ailleurs... ni même la corde pour les pendre, ces sicaires.

 

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26/12/2012

De l’abri de la bergerie à la boulangerie bombardée

Joyeux anniversaire, Christ. Les représentations que l’on se fait de toi n’ont guère changées, barbe claire, yeux bleus, tu es vieux, plus de 2000 ans paraît-il, et pourtant, tu es né hier. Que sont deux siècles à l’échelle de l’univers et de l'éternité ? Un vent... et ce monde change si vite. Tu me diras peut-être que rien ne change. Vanité des vanités, tout est vanité, et quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Mais tu as la part belle désormais : tu es au musée Grévin des mystiques, rendu intemporel. Ce ne sont pas les quelques curés laïcs qui passent à télé-noël pour louer des projets de charité opportuns qui te ramèneront sur le devant de la scène. Tu es passé du retrait au retard en 200 ans à peine, à moins que tu n'en sois l'avenir. Combien de temps encore avant ton avènement?

Serais-tu né aujourd’hui, tu n’aurais pour sûr pas vu le jour entre le souffle de l’âne et les cuisses du bœuf mais entre un i-phone et une play-station sous les lumières d’une couveuse électrique. Tu aurais risqué le Ritalin à ta cinquième année, pour sûr l’école en REP ou le terrain vague. Si tu avais revisité Bethléem, tu aurais été bercé entre un check-point et un mur barbelé. Ton père aurait été absent : service militaire ; ta mère t'aurait probablement accouché en prison. Tu aurais vagi dans un abri antiatomique, ou dans les ruines d’une boulangerie bombardée. Comme tu le vois, notre humanité a progressé à pas de géants pendant ton absence. Ce ne sont pas les feux d’artifices qui manquent sur la planète. Joyeux anniversaire, Christ. On te rajoute une bougie.

Chaque événement chasse l’autre. Toi, tu es poussé hors-jeu. On vend des églises, on en détruit d’autres. Tant mieux peut-être, elles étaient vides. Pas sûr que tu t’y plaisais beaucoup non plus. Tu ne fais plus rêver. Tu sembles presque un peu has-been. Christ, produit dépassé ? Excessivement ésotérique, rebelle, politiquement incorrect pour être monnayable. A l’ère du tout jetable, du remplaçable, qu’est-ce que ça vaut un message pour l’éternité ? L’homo oeconomicus occidental est résolu à se passer de toi. Le père Noël t’a supplanté, les crèches nous restent sur les bras. Seuls les sapins bios produits en Pologne ou à Taïwan résistent au froid.  

Le spirituel est devenu surnuméraire. L’i-phone irremplaçable. Tu likes ?

Fukushima est un souvenir médiatique inodore et incolore. Tchernobyl appartient à l’histoire et Hiroshima à l’antiquité déjà. Ça turbine sec ici-bas, ça mouline et surchauffe. Tu sens l'odeur de plastique brûlé qui monte vers toi? Les contractions s’accélèrent de ce qui semble être l’enfantement monstrueux d’une planète éventrée. Le nucléaire se fissure sous nos pieds. 2 milliards d’humains boivent une eau saumâtre dans des flaques quand ils en trouvent. Des banksters font et défont des fortunes en un clic ou en perdent tout autant en le doublant. Notre idéal de société est  le casino où se  joue à quitte ou double du blé, de l'orge, nos déchets nucléaires et des microtechniques militaires à dérivés humanitaires. Si tu as le temps, feuillettes le petit livre de Baudoin de Bodinat : « La vie sur terre, réflexion sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », ou « l’insurrection qui vient »  du comité invisible, j’aimerai bien ton avis là-dessus.

Joyeux anniversaire Christ. Merci pour la liberté laissée. De l’abri de la bergerie à la barbarie programmée, on a fait un sacré bout de chemin dans notre humanité. Y'a de quoi être fier et se taper sur l'épaule. Ne te sens pas obligé de revenir, on se débrouille très bien sans toi ici-bas, pas de soucis. Le pain et le vin de la messe, sont devenus chair et sang pour vrai, pétrin de farine et de larmes, ici, ici et là et là encore. Pas besoin de google earth pour mettre le doigt dessus. Personne pour crier au miracle, alors on baisse la tête et on continue de remplir nos bagnoles de mélasses fossiles. Le patron de la Fédération des Entreprises Romandes exhibe son smartphone, très fier : voilà le sommet auquel notre société est capable d’arriver. Ah bon. Dis, pour ton prochain anniversaire, tu préfères quoi : un cartable blindé, un nouvel abattement fiscal ou un i-phone-6 ?

Joyeux anniversaire Christ. Ne reviens pas trop vite, ici on gère. La croissance ne va pas si mal, on annonce une embellie sur le front des affaires et notre humanité crie par une ouverture franche tirée au botox bordées de dents radioactives : avant nous le déluge, la barbarie est à venir, on saura bien la prendre de vitesse avant qu'il ne soit trop tard.

20/12/2012

L'actu datait d'hier

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Omar Feisal, photographe chez Reuters a reçu en 2011 le 1e prix dans la catégorie vie quotidienne pour la photo d'un homme transportant un requin dans les rues de Mogadiscio en Somalie. Le mercredi 19 décembre 2012 la photo du jour de la tribune de Genève est désormais l'homme à... l'espadon, photo Reuters toujours (omar Feisal encore?) qui dans une troublante répétition des ruines et de la guerre, rejoue la même histoire. La photo du jour n'est-elle pas celle d'hier, dans un perpétuel recommencement du même? "L'actualité" un plat réchauffé ou plutôt cuisiné avec espadon ou requin mais toujours à la même sauce.... Les commentaires changent, les preneurs d'images, d'otages, ou de sons vieillissent, le propos dominant reste le même.  

Dans le genre "l'actualité" bégaie. Patrick Simon dans la Tribune toujours,  propose une apologie de la colonisation israélienne vieille comme le monde en resservant les mythes israéliens les plus éculés et insultant les faits.

1) Israël aspire à vivre en paix avec ses voisins et l'a montré à maintes reprises (Ben oui les bombes c'est bien connu c'est une bonne base pour le bien vivre ensemble. Les Gazaouites peuvent en témoigner. 2002: invasion de la bande de Gaza sous le nom opération bouclier défensif, mai 2004: opération arc-en-ciel. Octobre 2004: opération jours de pénitence.  2006: Opérations pluie d'été, Israël lâche plus de 40'000 bombes et missiles sur la bande de Gaza en un été. 2008: oération hiver chaud contre Gaza encore. 2009: opération plomb durci assaut massif contre la bande de Gaza ainsi qu'une opération en eaux internationales dans la méditerrannée contre une flotille pacifiste. C'est l'opération vent du ciel: neuf morts et vingt huit blessés parmi les miliants. Toujours, les opérations sont affublées de noms rappelant la nature ou la bible pour laisser sous-entendre que les opérations sont de droit divin ou naturel, comme le relève Raja Shehadeh. La place manque ici pour parler des agressions répétées d'Israël contre le Liban. Au rayon chiffre: de juin 2005 à novembre 2008, l'association israélienne B'Tselem compte 1609 palestiniens tués par les israéliens, et 99 israéliens tués par les palestiniens; plus de 8200 détenus palestiniens sont dans les prisons israéliennes, pour un seul détenu israélien, le soldat Guilad Shalit, libéré le 18 octobre 2011. Si c'est vrai qu'Israël aspire à vivre en paix avec ses voisins, il va bien au-delà de l'adage qui dit qu'il faut préparer la guerre, il la fait et frappe fort.

2)  Israël est un pays démocratique qui accorde aux arabes palestiniens le droit d'être représenté au sein du parlement israélien (Pourquoi alors n'ont-ils pas le même statut de citoyen, sont dispensés de faire l'armée, sont victimes d'inégalités économiques, sociales, culturelles et religieuses? Pourquoi sont-ils de fait, des citoyens de seconde zone de plus en plus marginalisés? De plus, comment un état peut-il être dit démocratique quand il est sous une tutelle économique complète, maintenu en vie sous perfusion par les Etats-unis: environ 85 milliards reçus depuis la création d'israël en aides sonnantes et trébuchantes, sans compter le soutien militaire et diplomatique sans faille. Israël est un pays de colons colonisés, pas encore une démocratie.)

3) Israël est un ilôt de civilisation et de démocratie entouré de vilains états arabes vivant à l'état sauvage et opposé à la libéralisation de la femme (c'est clair les communauté ultra-orthodoxes juives qui imposent des bus séparés pour les hommes et les femmes, chassent les femmes qui ont des tenues "indécentes", sont un modèle d'équité! Mmh, qui veut faire l'expérience d'aller en jupe à Méa-Sharim? Israël est un pays de colons colonisé par sa propre tentation terroriste et son choix de  sauvage fuite en avant).  

Enfin, à la fin de cette journée "d'actu", un scoop! L'annonce par Israël de la construction de 2621 logements supplémentaires à Jérusalem Est, qui se rajoutaient aux 1500 annoncés quelques jours plus tôt. L'actu' du jour datait en fait d'hier, voire d'avant-hier. La colonisation se poursuit tant et plus, il y a toujours des voix pour la légitimer. Shalom Simon d'avoir amené ta pierre à l'édifice, à défaut d'avoir porté la croix cette fois-ci. 

Alors peut-être que demain les archives feront la une? En attendant, si l'histoire n'est pas seulement cet éternel recommencement de "l'actu",  c'est bien parce qu'elle se construit dans ses failles et zones d'ombre, en arrière plan et au revers des écrans.     

Il y a beaucoup de requins et d'espadons en liberté dans l'océan. 

 

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18/12/2012

Tamedia Midas moderne?

journalisme,cct,tamedia,travailLes éditeurs de la presse écrite en Suisse romande, par l'intermédaire de leur association, Médias Suisses, ont annoncé la semaine passée qu'ils allaient résilier la convention collective de travail cette année, avec effet au 1e janvier. La convention collective de travail, comme le rappelle impressum, l'association professionnelle des journalistes, prévoit les conditions de travail des journalistes et des photographes de presse, un plan social en cas de licenciement massif, des salaires minima. Elle traite du paiement du salaire en cas de maladie, du congé de maternité et autres absences, prévoit les normes en matière de santé au travail., édicte les délais de congé en cas de licenciement, etc. En bref, c'est la garantie de conditions de travail correctes et d'un minimum de sécurité au travail.

Attaquer la convention de travail (comme l'a aussi fait la RTS plus tôt dans l'année), c'est une déclaration de guerre contre la paix du travail et la porte ouverte aux dumpings et aux inégalités de traitement. C'est l'instauration de la loi de la jungle pour toutes et tous, et surtout, de la part de Tamedia, qui s'était engagé au moment du rachat d'Edipresse de respecter et maintenir la CCT romande et l'accord interne des rédaction, voir son nez s'allonger sur son visage marqué par l'abus de pouvoir, le non-respect des travailleurs, et la dérégulation forcée des conditions de travail. 

On peut se gargariser des mots de démocratie, de participation, de liberté de la presse, mais quand il n'y a presque plus qu'un seul acteur dans le domaine de la presse écrite, et que ce dernier souhaite fixer tout seul les règles du jeu pour faire valser ses journalistes comme bon lui semble, c'est-à-dire: au gré des courbes de ses bénéfices, quel sens pouvons-nous encore donner au mot information et quelle sera demain la qualité de celle-ci, si ceux qui la font seront des journalistes payés au rabais au sein d'une profession toujours plus précarisée?

Tamedia, Midas moderne, ayant fait le choix de vouloir tout changer en or, fait un mauvais calcul. Il perdra ce qui fait la base, le pain et l'eau de son entreprise: l'adhésion des journalistes à leur travail ; leur respect pour celui-ci et leur employeur. Tamedia, en faisant le choix de précariser ses journalistes pour plaire à ses actionnaires, fait à moyen terme un calcul avide qui péjore les conditions de ceux qui sont son unique plus-value. Comment des journalistes payés au rabais et révocables à merci, feront-ils un travail de qualité et garderont-ils un bon niveau de publication?

Mais peut-être est-ce cela, au final qui est visé. Peut-être faut-il se demander si ce n'est pas l'existence même d'une presse de qualité qui est en jeu. Car enfin, pourquoi servir des informations travaillées, et un journalisme fouillé, quand la pâtée molle remplit aussi, et que les pages people sont suffisantes pour agrémenter le voyage en tram et trouver quelques annonceurs?

Dans le final du mythe antique, Midas supplie les dieux de l'arracher à son brillant fardeau, et de revenir à sa nature première. Il finit néanmoins avec des oreilles d'âne allongées, puni d'avoir eu des oreilles si grossières et d'avoir su si mal entendre. Tamedia, Midas moderne, saura-t-il s'épargner la même fin que son ancêtre mythique ? Pas sûr. Il y faudrait une autre volonté, et surtout: une autre éthique que celle de la bourse.



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16/12/2012

Peut-on encore jouir du sexe des huîtres?

Dans la nuit de jeudi à vendredi passé le parlement allemand a fait voter une loi qui rend passible de 25'000 euros d'amende les pratiques zoophiles, afin de protéger les animaux. La nouvelle loi interdit de "soumettre à des actes sexuels ou de mettre un animal à disposition de tiers en vue de le forcer à des actes sexuels". On se demande maintenant comment les juges feront pour évaluer la notion de "forcer" un animal, tout comme celles de "plaisir", "désir" que ce dernier pourrait ou non éprouver envers son meilleurs compagnon : l'Humain.

La sexualité se résume-t-elle à la génitalité? Non. De la caresse au petit baiser sur la truffe en passant par le flattage coquin de l'encolure, combien de maîtres exhibitionnistes expérimentent aussi le SM en attachant leurs bêtes à la laisse devant la Coop ou la Migros? On les comprend. Pourquoi faudrait-il s'en priver? Comme le chantait si bien Brassens :" le gorille est un luron, supérieur à l'homme dans l'étreinte, bien des femmes vous le diront". Alors gare aux gorilles! Faut-il désormais, par crainte de la loi se priver de flatteries sur la croupe, de giligilis dans le cou? Et demander à celles et ceux qui veulent adopter une bête un certificat de bonnes vies et moeurs avant de la leur livrer pattes et coussinets liés? Qui se trouvera en présence d'un animal trop expansif, devra-t-il contacter d'abord son avocat ou un éthologiste afin d'être sûr des intentions de l'animal à son égard? Et les castrations, ça tombe sous le coup de la loi? Baiser avec une bête, c'est pénal, lui couper les couilles, non. Allez comprendre....    

Plus sérieusement: la nouvelle loi permet donc de punir sévèrement les amoureux des bêtes même en l'absence de blessures constatées chez l'animal. Il est désormais interdit de faire jouir et de jouir des bêtes. On ne peut jouir qu'entre animaux humains, sinon, à défaut de carottes: bâton! Depuis 2007, l'amour avec les bêtes est condamné en France par deux ans d'emprisonnement, et 30'000 euros d'amende. Un homme avait reçu un an de prison avec sursis, interdiction définitive de posséder un animal et 2'000 euros d'amende pour avoir sodomisé son poney. Le poney s'était-il plaint? En Suisse, c'est une peine de prison allant jusqu'à trois ans ou une amende qui attend l'amoureux des cornes et sabots, mais seulement s'il fait subir des violences à l'animal (art 135 et 197 du code pénal).

Mais après tout, Jacques Dupin, dans Ballast, enculait bien les chèvres, en poésie il est vrai. Doit-il être condamné pour incitation à la débauche? Et depuis la nuit des temps, que ce soient dans la mythologie grecque, les sociétés agricoles, nomades, masaï, innuits, hopis, rurales, la nôtre donc, la proximité avec les bêtes qui étaient soignées, caressées, utilisées, servaient de modèles éducatifs a toujours été, d'une façon ou d'une autre, sexualisée. L'homme n'a jamais semblé aussi bestial envers ses semblables qu'à notre époque, est-ce une raison pour qu'il s'interdise de caresser ses bêtes? 

Enfin, et c'était le point de vue de Marcela Iacub, juriste des moeurs, dans "Confession d'une mangeuse de viande", il est quand même troublant que la justice se mêle de sanctionner le fait de donner du plaisir aux bêtes et d'en recevoir, alors que l'on peut toujours les tuer/découper/démembrer/écarteler/égorger et ultimement: dévorer. Hameçonner sa truite, avant de l'éventrer, c'est parfait, mais l'utiliser pour autre chose que de se la mettre dans la bouche, c'est pénal! Qui mange un oeuf viole un boeuf? Pas encore. Mais qui sait, peut-être verra-t-on bientôt fleurir sur les emballages des steaks et des boîtes de thon des indication pudiques: "interdit au moins de 18 ans", "contenu pornographique extrême", avec des rideaux opaques pour cacher les viscères de nos bestioles destinées à nos babines lubriques.

Mais ne nous gâchons pas les fêtes pour autant. Ce sont quand même celles du petit Jésus ayant vu le jour entre le boeuf et l'âne, réchauffé par le museau de l'un et serré par les cuisses de l'autre. Alors haro sur le foie gras, le oeufs de lompe, mais ne jouez pas trop avec la nourriture. Et quand vous collerez votre langue sur les sexes d'huîtres vibrantes, ayez l'air calviniste. Il n'y a rien là de sexuel. Et puis surtout, réflechissez avant d'appeler votre amoureuse chienne ou de monter en hennissant votre étalon, des oreilles prudes pourraient bien appeller la police. Et si vous avez le malheur d'avoir d'autres bêtes à la maison, vous pourriez bien finir l'année derrière les barreaux. Autrement dit: en cage....     

 

15:29 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : zoophilie, viande, moeurs, sexualité, plaisir, iacub | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/12/2012

L'enfant au pistolet de plastique

Papa regarde plus souvent que d’habitude la télévision. Il dit : ce n’est pas possible qu’ils osent faire cela. Tu vois à l’écran des femmes se prendre les mains dans la tête, et des maisons ouvertes comme des fruits trop mûrs, ou comme si l’on avait donné un coup de pied dans un gâteau d’anniversaire. Papa dit : ils bombardent à nouveau Gaza, comme ça.  Tu es sorti jouer dehors. Avec tes amis, vous faites la course, tu tournes au coin de la rue et tu reviens. La télé est toujours allumée, tu vois des hommes qui lèvent des armes, refusent de se faire traiter et écraser comme des vers. Tu vas chercher dans ton petit placard ton petit pistolet de plastique rouge. C’est décidé, toi aussi, tu vas résister.

30 novembre: Fête à la maison ! Papa et maman chantent, ils tapent des mains, ils disent quelque chose de compliqué qui ressemble à : nous sommes reconnus par l’assemblée des nations unies à New-York comme état observateur non-membre, plus rien ne sera comme avant, notre existence comme pays est acquise aux yeux du monde ! C’est un grand jour. Tu ne comprends pas tout. Ta sœur t’explique : l’assemblée générale des nations unies, c’est comme une cour d’école avec tous les enfants dedans.  Hier, on était dedans mais tout le monde faisait comme si on n’y était pas. Maintenant, les autres enfants nous reconnaissent le droit d’y être et de regarder ce qui s’y passe. Fête à la maison, fête dans la rue, dans toute la ville, on crie et on chante. C’est un moment historique. Mais toi tu dis : regarder, c’est bien, mais c’est quand qu’on pourra y jouer pour vrai dans la cour avec les copains ?

A la télévision, un homme avec une barbe embrasse le sol. Papa dit : c’est Meshaal, en exil depuis plus de 25 ans il revient dans notre pays, la Palestine. Il a tendu la main au Fatah, et le Fatah lui tend la main, les palestiniens marchent unis à nouveau, ça tu comprends bien. Papa sourit, maman aussi, même si elle n’a pas oublié les bombes et les morts des semaines passées. Tu sors jouer au foot avec tes amis. Pas de soldats en vue. Quand ils sont là, c’est plus compliqué, ils confisquent parfois le ballon. Un jour ils ont fait boire leur urine à un copain.  Alors, tu as quand même glissé ton pistolet en plastique rouge dans ta ceinture, au cas où...

La rumeur se répand qu’un des 4700 prisonniers palestiniens en Israël est mort suite à une grève de la faim. Les plus grands du quartier, par rage et dégoût sont allés chercher des pierres, les ont lancées en direction des soldats. Trois arrestations. Personne ne sait quand on les reverra, parfois ça prend des années. Ta sœur pleure. Toi aussi. Ils ont emmené ton copain Marwan. 

Papa dit qu’il n’a pas été payé depuis deux mois. Les taxes perçues par Israël et reversée ensuite à l’Autorité Palestinienne sont bloquées. Un projet de colonisation est réactivé. Ils l’appellent E1. Cela veut dire : ne plus pouvoir traverser la rue, être coupé des voisins et priver à terme notre nouvel état d’accès à sa capitale Jérusalem. Tu enrages. Tu connais bien ça quand tu joues, il y a le gros Rachid qui ne supporte pas que tu le dépasses à la course. Quand tu le fais, il te tape toujours dessus. Là c’est pareil. Le gros David se croit tout permis. Et la décision de l’Organisation des Nations Unies ? Et tous les autres enfants alors, ils disent rien ? Tu sors dans la rue pour crier. C’est pas toujours le plus gros qui va l'eeeeeeemporter et tu fermes tes poings.

12 décembre. Ton père se frotte la moustache. A Bagdad la ligue arabe réunie en conférence signe une déclaration commune en faveur des prisonniers arabes et palestiniens en Israël et promet la création d’un fonds de 100 millions pour l’accompagnement des prisonniers à leur sortie. Ce n’est pas cela qui te rendra Marwan plus vite, la liberté n’a pas de prix. Tu te lèves pour demander à papa une partie des millions. Après tout : murs, barbelés, soldats, toi aussi tu vis dans une prison depuis que tu es né.  

13 décembre Tu sors dans la rue. Tu joues avec tes amis aux résistants et à l’agresseur. Tu cours tout droit et le ciel est franc bleu. Et puis ça crie derrière toi et tu lèves la tête, les bras, et tu vois les soldats. Il y a six ou sept pétards qui éclatent puis tu ne sens plus rien, ni tes bras ni tes jambes, rien, et tu voles. Tu vois Marwan, ta sœur, ta maman à la télé et puis plus rien. Tes petites dents touchent le béton en même temps que ton cœur et tout s’éteint

"Hebron fake gun teenager killed. Israeli troops shot dead a palestinian teenager carrying a fake gun near a holy site in the West bank city of hebron" 

Ta sœur ouvre grand  les yeux sur l’écran de son téléphone avant de crier ton nom et courir dans la rue....  

Hébron, Etat de Palestine occupée, 13.12.2012.

09:22 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : palestine, israël, occupation, bds, onu, apartheid | |  Facebook |  Imprimer | | |

11/12/2012

Lettre ouverte au capitaine d'Etat Maudet

Monsieur le capitaine d'Etat, depuis votre arrivée au pouvoir au Conseil d'Etat au mois de juin 2012, vous jouez du bâton. En effet, après vous être débarrassé de Fabienne Bugnon, directrice de l’Office des droits humains (ODH), viré manu militari Dominique Roulin, directrice de la Clairière, vous mettiez le 3 décembre aux arrêts Jacques-Eric Richard, directeur ad-interim au motif grave que vos ordres n'avaient pas été respecté. «L’idée était d’avoir deux types de serrures, afin que les employés n’aient pas sur eux les clés permettant de sortir du centre», expliquez-vous. Cet ordre n’ayant pas été exécuté, vous vous sentiez légitime de virer votre directeur. Car vous ordonnez, monsieur le capitaine d'Etat, et vos troupes ont pour mission d'exécuter. Gare à celui, celle, qui ne marche pas droit. Bien entendu, vous, vous n'êtes jamais responsable. Vous commandez, vos subordonnés ont pour mission d'obéir. Si donc la fin des évasions exigent les changements de cylindres, c'est simple comme bonjour, cela devrait fonctionner. Sinon, vous congédiez. L'arbitraire semble faire partie de votre manière de convaincre. Mais si c'étaient vos manières de commander qui étaient à réviser? Car cette stratégie de maximilisation des "résultats" et votre rudesse à les obtenir soulève la question: combien de fusibles allez vous encore faire sauter? A chaque ordre non exécuté vous allez en virer combien, de collaborateurs et de collaboratrices ?

En même temps, sur des dossiers moins exposés médiatiquement, vous faites preuve d'un laisser-faire troublant. Par exemple, dans le rapport du comité anti-torture sur la Suisse du 25 octobre 2012, Genève était salement épinglé. Il y est écrit qu'une proportion troublante de personnes, dont quelques mineurs, avec qui la délégation s'est entretenue dans le canton, se sont plaintes de mauvais traitements physiques que la police leur aurait infligés au moment de l'appréhension, ou peu après. Ces allégations étaient souvent étayées par les données médicales. Le Comité anti-torture du conseil de l'Europe a donc recommandé que des mesures de lutte contre les mauvais traitements soient prises dans le canton, au moyen de meilleures formations et du renforcement des garanties existantes, et que les lésions traumatiques établies en période d'admission à la prison de Champ-Dollon soient automatiquement transmis à un organe d'enquête indépendant. Dites, vous avez suivi ces recommandation monsieur le capitaine d'Etat?

Le 23 novembre dernier, le comité national de prévention de la torture (CNPT) publiait à son tour son rapport dans lequel était à nouveau épinglé Genève. Les locaux de détention à l'aéroport y sont décrits comme inadaptés à l'accueil des enfants. La commission s'est déclarée très préoccupée (dans la bouche diplomate d'une d'officine fédérale, c'est quelque chose) par les conditions d'accueil dans le centre de transit de l'aéroport de Genève. Une prison n'est de fait pas adapté à "l'hébergement" de familles avec femmes et enfants sur une longue période. Les autorités devraient transférer les enfants au CEP de Vallorbe ou faire en sorte que les enfants puissent aller au jardin d'enfants ou à l'école durant la journée. Dites, vous avez suivi ces recommandations monsieur le capitaine d'Etat?

Plus grave encore. L'OPP (Observatoire des pratiques policières) fait état de régulières violences lors d'arrestations, d'insultes racistes, de poignets cassés, de minorités visibles persécutées par, notamment, un agent de police clairement identifié, de citoyens lésés dans leur droit. Dites, vous avez pris soin de recevoir l'observatoire des pratiques policières monsieur le capitaine d'Etat?

A ce jour, à ma connaissance, aucunes  de ces recommandations, que ce soient celles du comité anti-torture du conseil de l'Europe, ni celles du comité national de prévention de la torture n'a été suivi d'effets de votre part. Faut-il en conclure que si vous, vous donnez des ordres, vous êtes récalcitrants à suivre des recommandations?

Enfin, et c'est ce qui m'a poussé à vous écrire, vous vous êtes positionné, le 2 décembre, dans la presse, comme voulant poursuivre et punir ce que vous appelez les plaintes fantaisistes à l'égard des forces de police. Vous avez donc choisi, plutôt que de suivre les recommandations sur des maltraitances effectives de vos services, de mettre la pression sur ceux qui viendraient en témoigner. Vous avez préféré protéger votre troupe (quitte à jeter le discrédit sur elle), plutôt que de faire respecter le droit. Vous avez levé le maillet de la sanction sur ceux qui braveraient la loi du silence; comme si porter plainte contre la police n'était pas déjà chose suffisamment intimidante et difficile.

Certains d'entre-nous, lors du vote de la nouvelle constitution genevoise, craignaient l'engagement potentiel de l'armée pour des tâches d'ordre public. Force est de constater, aujourd'hui, que cette crainte n'est rien en regard du risque bien réel de dérive militaire de la police, et la relégation au second plan du respect des droits humains les plus élémentaires. La conception avant tout répressive de la sécurité que vous défendez. Le cocktail composé de new-management, d'obligations de résultats et d'obéissance militaire avec laquelle vous souhaitez la réaliser fait aujourd'hui peser un risque sur la sécurité des citoyen-ne-s au contact de la police.

Dites, monsieur le capitaine d'Etat, vous n'auriez pas envie de repasser vos habits civil?

06:08 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maudet, militaire, insécurité, prison, répression | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/12/2012

Dicker, son éditeur, et la Berne fédérale.

Le 4 décembre, l'office fédéral de la culture a désigné les premiers lauréats des prix fédéraux de littérature. Huit auteurs sont primés, quatre alémaniques, trois romands, un italophone nous annonce le communiqué de presse de la Berne fédérale. Irena Brežná, Massimo Daviddi, Thilo Krause, Marius Daniel Popescu, Catherine Safonoff, Frédéric Wandelère, Matthias Zschokke, et Arno Camenisch. Bravo aux écrivains talentueux de ces nouveaux prix qui ont remplacé le bon vieux prix Schiller qui était attribué depuis 1905 à un auteur ou une autrice par année. Bravo aussi aux maisons d'édition qui les ont soutenus, côté romand: les éditions Zoé et la Dogana. 

Mais il faut signaler quand même que le communiqué de presse fédéral ne reconnaît pas le fait qu'Arno Camenisch (certes publié aux Editions d'en-bas) écrive en romanche et qu'il est un écrivain originaire et trouvant assise dans la quatrième langue helvétique, qui est déjà bien suffisamment oubliée et menacée sans que la culture s'en mêle. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que Joël Dicker, primé en France par le grand prix du roman de l'académie française 2012, le Goncourt des lycéens 2012, ou le prix de la vocation de la fondation Bleustein-Blanchet 2012, ne trouve pas grâce aux yeux du jury fédéral. Okay, nul n'est écrivain en son pays, mais là quand même, on frise le blasphème.

Alors, un prix fédéral de littérature de 2012 qui passe à côté de la révélation littéraire helvétique de l'année éditée à l'âge d'homme: scandale? En tout cas, la société genevoise des écrivains n'avait, elle, pas raté le petit Joël. C'était en 2010 sur manuscrit anonyme pour son premier roman: "les derniers jours de nos pères". Bravo les écrivains genevois! Comme quoi, si nul n'est prophète en son pays, il l'est parfois dans son canton... Mais on se calme tout de suite, car il faut laisser son indépendance au jury, et penser qu'il a probablement préféré primer, pour sa première année, des auteurs un peu moins connus, placés à distance respectable du feu des projecteurs. Enfin, peut-être, on spécule... eh bien... non. La raison est à chercher ailleurs que dans un choix artistique du jury, mais tout bonnement dans le fait que le prix était donné sur concours.  Vos manuscrits, si vous aviez des prétentions devaient avoir été envoyés entre le 26 juin et le 15 août 2012 pour avoir une chance de concourir au... prix littéraire de l'année 2012 (ben oui, il valait mieux s'y prendre à l'avance). Alors, Goncourt, Grand prix de l'académie ou pas, cela ne changeait rien à l'affaire. Au moment où le concours fédéral des prix littéraires se bouclait, les prix français n'étaient pas encore attribués. Je vous le dis, y'en a pas des comme nous. La Berne fédérale sélectionne avant les prix français, mais annonce les résultats après ceux-ci. Vous avez dit kafkaïen?

Maintenant, une petite question perfide: Dicker faisait-il partie du lot? Etait-il du nombre des 236 auteurs et autrices à avoir tenté leur chance du premier prix fédéral de la Culture? Si c'est le cas, le premier prix fédéral de littérature serait alors passé à côté du futur grand prix du roman de l'académie française 2012 qu'il n'avait pas vu venir.

Mais cela, seul Dicker, son éditeur et la Berne fédérale le savent....

 

22:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dicker, genève, prix fédéral de littérature, berne, ofc | |  Facebook |  Imprimer | | |

02/12/2012

Du mariage du sexe de l'homme de la femme de la famille et de l'onanisme politique.

Le mariage, d'essence divine ou sacralisant l'union exclusive d'un homme et d'une femme est mort. Il ne suffit plus, ne tient plus, n'est plus la digue qui assurait la durabilité et la reproduction contre vents et marées. Il n'est plus adapté aux amours, aux désirs, aux élans, aux besoins et aux formes actuelles de faire lien. Car on fait des gamins par éprouvette, par touchette, par pipette, et que l'on soit hétéro homo ou bi, ne change rien à l'affaire. Pour un projet d'enfant, la mère seule suffit. On lance un spermatozoïde sur un ovule par désir et de plus en plus par des rampes de lancement qui sont prothétiques. Ce geste désirant n'a pas besoin d'être porté par un phallus. Seulement, le droit retarde. Tous et toutes ne sont pas encore égaux pour le faire et s'en voir reconnaître la possibilité. Au nom de quoi? 


Ceux qui nient le droit au mariage pour les homosexuel-le-s, au nom d'un naturel hétérosexuel, sont à la pointe du débat d'arrière-garde. Car que l'on soit hétéro homo ou bi ne change rien aux liens et aux besoins d'une juste équité dans la reconnaissance de leur durabilité. Le fait est que l'on ne se marie plus pour la vie, mais pour faire du divorce une relation à long terme. Le mariage est désormais une garantie supplémentaire de faire lien dans la séparation. Il faut bien se marier pour réussir son divorce. Pas de jugement moral là, au contraire, ça bouge! Mais un constat de la nouvelle plasticité des liens et de leurs multiples possibles. Et pourtant, si le mariage a été désacralisé au XVIIIe, il sent encore l'encens.


L'institution mariage n'est plus up to date, elle est désuète, à rénover ou dynamiter. Après cinq ans de mariage, 50% de divorce. Les paires durables ou les mères mariées sont de fait devenus exception, source d'admiration ou d'idéalisation, pour ne pas dire de mythe. Nous sommes corps et âmes dans le temps des polygamies effectives, des choix affectifs à double-clic, plutôt que dans celui des signatures à la vie à la mort sur les parchemins. Le défi est doncde rénover ce qui peut l'être et de remplacer ce qui est mort. Ce qui se traduit concrètement par : mariage pour toutes et tous, ou alors, abrogation du mariage, source d'inégalité sociale.

 

Le mariage, la famille, l'hétérosexualité sont des constructions politiques. Aucun naturalisme là-dedans. Le mariage n'était d'abord que religieux, avec interdiction du divorce. John Milton (doctrine et discipline du divorce, 1644), a institué le droit de divorcer, acte fondateur de la conjugalité moderne. Et c'est grâce à la révolution française que le droit de se marier à la mairie a été inscrit. Le mariage c'est de la pâte à modeler. Il est politique, plastique et doit continuer d'évoluer, que ce soit sur les question de genre mais aussi du nombre de personnes qu'il lie. Si le mariage a encore un avenir, ce sera en incluant la diversité. Il sera de fait polygame, polyandre, comme l'est la société qu'il sert, assemblera 2, 3, 5 personnes ensemble, ou deviendra, de fait, une pièce de musée, vénérée par certains certes, mais à côté des mouvements sociaux de compositions décompositions et recompositions des liens. La famille ne tient plus seulement du couple mais de la meute, des parentalités partagées, des co-parentalités, des homo-parentalités et des mono-parentalités. Le mariage doit être actualisée et en rendre compte, la plupart des pays d'Europe l'ont compris, par encore la Suisse. Onanisme politique? 


13:20 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, homme, femme, sexe, famille, politique, suisse, droits, lgbtiq | |  Facebook |  Imprimer | | |

01/12/2012

La crise du divorce

Le mariage est mort, vive le contrat. L'obsolescence programmée des objets est inscrite désormais dans l'ADN des relations humaines. Rien ne dure ni n'est fait pour durer. Ni matériel électronique, ni relations ou liens affectifs. C'est le propre de la société du projet de ne plus fonctionner pour la durée. Ainsi, on construit au coup par coup, subventionne au projet, se hait pour un temps, aime jusqu'à l'alinéa suivant, sous-traite généralement. On quitte un plan pour un autre, de vie de cul ou de carrière. Plus rien pour la comète. Le temps comprimé / éclaté marque un changement de cap fondamental pour le vivre ensemble. Le désenchantement généralisé est l'angle corné du plan; le motif numéro un de consultation chez le toubib. Des projets, y'en a plein, mais au final: pour faire quoi? On aime sur l'air du new management.


Plongé dans un temps qui ne promet plus l'impossible, mais promeut le tout révocable et jetable, le mariage n'est plus que la promesse d'un divorce réussi. Les calculateurs qui se marient n'ont plus qu'un but: divorcer dans les formes, c'est à-dire, sans se quitter, tout en continuant à faire couple autrement. Le mariage permet de continuer à faire relation quand on n'y sera plus. Le grand divorce où l'on tirait un trait sur l'autre n'existe plus. Skype, Facebook, les enfants, l'autre est partout, toujours au coin de la rue ou sur l'écran. Plus de grandes ruptures, de sublimes drames, ça c'est juste pour les journaux et les manchettes, sorte de contes modernes, d'anti-modèles pour faire rêver. Dans nos réalités, on amènage au quotidien, on négocie, partage le temps, coupe les cheveux en quatre ou tire dessus. On trompe, pas trop, juste ce qu'il faut, glisse, gueule, balance, oscille, revient. Loin des yeux, proche du clavier, ainsi se poursuivent les liens, loin de l'idéal papier glacé, dans des polygamies subtiles où l'idéal sociétal est désormais la mère célibataire avec deux enfants et des célibataires qui tournent autour. Jamais le vide, jamais le manque, marché sexuel ouvert et dérégulé, facebook ou skype allumé en permanence dans le salon ou sur l'i-phone. Le modèle n'est plus celui du couple, c'est celui des meutes. Le contact semble pareil au scotch du capitaine haddock. Sitôt contre, impossible de s'en dépétrer.


Je te connais avant même de t'avoir vu. Et même quand tu ne seras plus là, je continuerai d'être en lien avec toi. Ce qui se joue aujourd'hui fortement et fébrilement, ce n'est donc pas de réussir son mariage, mais de parvenir à accomplir son divorce. Non pas de faire lien, mais d'en finir avec lui. Ce qui se met en scène: comment faire meute sans tuer le couple, tout en faisant société. Ou: comment s'en prémunir, tout en demeurant social, c'est-à-dire : perméable à l'autre....


Mon stock d'amis facebook est plein, je t'invite à me rejoindre sur une autre page.



 

 

14:10 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, divorce, couple, meute, facebook. | |  Facebook |  Imprimer | | |