sylvain thévoz

01/12/2012

La crise du divorce

Le mariage est mort, vive le contrat. L'obsolescence programmée des objets est inscrite désormais dans l'ADN des relations humaines. Rien ne dure ni n'est fait pour durer. Ni matériel électronique, ni relations ou liens affectifs. C'est le propre de la société du projet de ne plus fonctionner pour la durée. Ainsi, on construit au coup par coup, subventionne au projet, se hait pour un temps, aime jusqu'à l'alinéa suivant, sous-traite généralement. On quitte un plan pour un autre, de vie de cul ou de carrière. Plus rien pour la comète. Le temps comprimé / éclaté marque un changement de cap fondamental pour le vivre ensemble. Le désenchantement généralisé est l'angle corné du plan; le motif numéro un de consultation chez le toubib. Des projets, y'en a plein, mais au final: pour faire quoi? On aime sur l'air du new management.


Plongé dans un temps qui ne promet plus l'impossible, mais promeut le tout révocable et jetable, le mariage n'est plus que la promesse d'un divorce réussi. Les calculateurs qui se marient n'ont plus qu'un but: divorcer dans les formes, c'est à-dire, sans se quitter, tout en continuant à faire couple autrement. Le mariage permet de continuer à faire relation quand on n'y sera plus. Le grand divorce où l'on tirait un trait sur l'autre n'existe plus. Skype, Facebook, les enfants, l'autre est partout, toujours au coin de la rue ou sur l'écran. Plus de grandes ruptures, de sublimes drames, ça c'est juste pour les journaux et les manchettes, sorte de contes modernes, d'anti-modèles pour faire rêver. Dans nos réalités, on amènage au quotidien, on négocie, partage le temps, coupe les cheveux en quatre ou tire dessus. On trompe, pas trop, juste ce qu'il faut, glisse, gueule, balance, oscille, revient. Loin des yeux, proche du clavier, ainsi se poursuivent les liens, loin de l'idéal papier glacé, dans des polygamies subtiles où l'idéal sociétal est désormais la mère célibataire avec deux enfants et des célibataires qui tournent autour. Jamais le vide, jamais le manque, marché sexuel ouvert et dérégulé, facebook ou skype allumé en permanence dans le salon ou sur l'i-phone. Le modèle n'est plus celui du couple, c'est celui des meutes. Le contact semble pareil au scotch du capitaine haddock. Sitôt contre, impossible de s'en dépétrer.


Je te connais avant même de t'avoir vu. Et même quand tu ne seras plus là, je continuerai d'être en lien avec toi. Ce qui se joue aujourd'hui fortement et fébrilement, ce n'est donc pas de réussir son mariage, mais de parvenir à accomplir son divorce. Non pas de faire lien, mais d'en finir avec lui. Ce qui se met en scène: comment faire meute sans tuer le couple, tout en faisant société. Ou: comment s'en prémunir, tout en demeurant social, c'est-à-dire : perméable à l'autre....


Mon stock d'amis facebook est plein, je t'invite à me rejoindre sur une autre page.



 

 

14:10 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mariage, divorce, couple, meute, facebook. | |  Facebook |  Imprimer | | |

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