sylvain thévoz

21/11/2012

Gaza, prépuce d'Israël?

Le 7 novembre dernier, à Genève, une imam, un rabbin et un pasteur s'étaient réunis pour parler de la circoncision. Le rabbin a eu des paroles d'une finesse et d'une profonde intuition. Il disait, tout d'abord, ce qu'était matériellement l'acte de la circoncision, qui vise à sectionner le prépuce, petit bout de peau qui entoure le gland tout en protégeant ce dernier. Ensuite, et surtout, il faisait de cet acte une lecture symbolique et spirituelle. Le sexe recouvert d'une peau est symboliquement fermé et représente l'image d'un plaisir recroqueveillé sur lui même. Sectionner le prépuce, c'est ainsi, pour le rabbin, s'ouvrir à l'autre, à son désir. Si cela n'est pas fait, on demeure sous le dôme protecteur de la peau, dans la clôture. Le possible partenaire de la relation sexuelle n'est alors pas considéré comme sujet partenaire mais objet de plaisir à asservir ou menace dont se méfier. Pour la femme, pas de rituel équivalent. Pourquoi? Parce qu'elle est ouverte déjà, dans la vulnérabilité; dans l'ouverture naturellement taillée.

Gaza, prépuce d'Israël? Pourquoi? Parce que de ces territoires coupés, découpés, retiré du plaisir, il semble que le déni et la négation de l'autre aient remplacé l'alliance avec Dieu, parfois au nom de Dieu même. La question de Gaza ne repose-t-elle pas avant tout sur une faille spirituelle, et un déni, de la part de deux peuples circoncis, de leur alliance commune avec Dieu découlant d'un ancêtre commun : Abraham, et d'une prescription commune: l'ouverture à la vulnérabilité et l'exposition mesurée mais confiante à l'autre?

Dans les textes des deux peuples circoncis pourtant, la reconnaissance de l'existence de l'autre est inscrite. Il est écrit dans le Coran (sourates 2:136 ) Dites : "Nous croyons en Allah et en ce qu'on nous a révélé, et en ce qu'on a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur : nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes soumis". Et dans la Torah, qui est aussi le premier testament des chrétiens, la prière d'Abraham à Dieu est la suivante: "Si seulement Ismaël pouvait vivre devant toi" (Genèse 17,18). Prière d'Abraham pour Ismaël auquel Dieu donne suite: "En ce qui concerne Ismaël, je t'ai exaucé: je le bénirai, je le ferai proliférer, et je le multiplierai considérablement. Il aura pour fils douze princes et je ferai de lui une grande nation." (Genèse 17, 20). Ismaël, ancêtres des Arabes pour les musulmans, et même pour ces derniers, rénovateur, de la ka'aba, dont il ne restait que ruines, confié à Dieu dans la prière par le patriarche des juifs!

Dans cette lecture de la Torah et du Coran, la convergence d'origine est inscrite dans la circoncision d'Abraham. Si la déchirure de Gaza était un manque à la circoncision, une trahison de la parole de Dieu? Ce ne serait pas la religion qui dresserait ces deux peuples circoncis l'un contre l'autre, mais bien son déficit. Gaza peau restante, ni entière ni tranchée. Gaza lieu de la fermeture dans la foi des lanceurs des bombes, des kamikazes ou des pilotes d'avions. Gaza peau de chagrin de chacun clamant la légitimité de son camp. Gaza,  prépuce d'Israël? Pour autant qu'Israël soit le prépuce de Gaza, et que chacun accepte d'être à la fois le membre et l'enveloppe de la zone vulnérable de l'autre; lieu de l'intime blessure comme de la possible sanctification et la présence de l'autre comme présence sacrée d'une image de Dieu. Difficile? Certes. 

En ce sens là, la circoncision est toujours a-venir. Une circoncision qui serait bien plus que la section d'un bout de peau ou de territoire, mais véritable remise à Dieu de ce que l'homme croyait sien. La terre sacrée, pour un croyant, n'est-elle pas un fermage de Dieu, un simple prêt à usage? Dans cet abandon par Dieu d'un territoire occupé par les hommes, ne faut-il pas aussi lire le retrait unilatéral de Dieu et la confiance qu'il fait aux hommes d'en prendre soin? Confiance trahie par les bombes? L'acte de laisser la terre en héritage n'est pas un blanc seing.   

Peut-être alors que la circoncision à Gaza et en Israël, ne s'opérera pas avec des chars des bombes ou des roquettes, mais avec le couteau de la sagesse et la prière juïve qui accomplit la circoncision: "bénis sois-tu éternel qui nous a demandé d'entrer enfant dans l'alliance d'Abraham"; par des spiritualités renouvelées incluant l'autre et l'invitant à se convertir pour rapprocher les camps encore capable de s'entendre et minoriser les forces incapables de le faire. 

 

08:27 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : israël, gaza, circoncision, altérité | |  Facebook |  Imprimer | | |

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