sylvain thévoz

25/10/2012

Pour un Islam de gauche

Certains politiciens d’extrême droite et Madame Mireille Vallette qui a récemment obtenu des tribunes d’expression dans le Temps et le Matin pour un livre prônant la haine et les clivages ethnique veulent faire de l’Islam, religion séculaire, complexe, ayant imprégné le continent européen, sa science et sa culture, une caricature. Leur fatras intellectuel prétend répondre aux fatwas en mêlant indistinctement pays d’origine, appartenance religieuse, pratique effective, discrimination sociale et racisme, tout en refusant le principe laïc du respect de la croyance et de la pratique religieuse. La Suisse est ainsi entraînée sur une pente que l'on peut qualifier de néo-fasciste (interdiction des minarets, limites mises à l’exercice du culte) et les minorités religieuses servent de bobsleigh sous les fesses de partis conservateurs prônant l’intolérance.

  

Il faut rappeler qu’en Suisse, les musulman-e-s sont entre 300'000 et 350'000 (3,8 à 4,5 % de la population). Ce sont des citoyens et des citoyennes comme les autres, qui paient leurs impôts, respectent les lois, et contribuent au bien-être de ce pays qui est le leur. Si 75% des musulman-e-s vivants en Suisse résident dans les villes, 76% résident en suisse-allemande. Ce sont en grande majorité des turcs. Ceux qui résident en Suisse Romande, 14%, sont principalement originaires du pourtour méditerranéen. Et s’il y a aujourd’hui environ 100 lieux de prières en Suisse, ces espaces sont de loin inadéquats (garages, appartements). Il faut d’une manière urgente emprunter la voie d’accommodements raisonnables, négociés, afin que les différences culturelles entre les peuples ne soient pas des murs mais des espaces de négociation et de dialogue. Sur la question des rapports entre les hommes et les femmes, c’est aux femmes musulmanes de décider ce qu’elles veulent pour elles, pas à leurs hommes ni à certaines féministes occidentales voulant faire leur « bonheur » à leur place et bien souvent sur leur dos.

 

Etre de gauche, c’est accepter de dialoguer avec son voisin là où il est et tel qu’il est, non pas de le vouloir à son image. Etre musulman, c’est placer Dieu au cœur de sa vie, un Dieu de justice et de respect. Les discours essentialistes, qu’ils viennent de formes dégénérées parlant au nom de l’Islam ou de réactions xénophobes apeurées en Suisse doivent être écartés pour progresser vers une société de la compréhension réciproque et du respect de l’autre. Nous défendons une Suisse ouverte, accueillante, riche et curieuse de ses diversités et qui ne bafoue pas les valeurs que prône sa Constitution qui commence, faut-il le rappeler, par cette phrase de son préambule « au nom de Dieu tout puissant », sans que cela en fasse pour autant une théocratie. Le journal Le matin nous a refusé tout droit de réponse aux thèses propulsées par Madame Vallette. Nous déplorons ce journalisme orienté jetant de l'huile sur le feu et stigmatisant une minorité. Les nationalismes étriqués sont un poison. Ils ont démontré toute leur nocivité dans l'histoire. Oui à une Suisse ouverte et curieuse. Oui à un Islam de gauche, afin que tous deux puissent, en se rencontrant, se féconder réciproquement.     

 

Hafid Ouardiri, Directeur de la fondation de l’Entre-Connaissance.

Sylvain Thévoz, Conseiller municipal socialiste en Ville de Genève.

 

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24/10/2012

Combler le jet d'eau (et vite)

"A la différence des autres villes, Genève est sans emphase. Paris n'ignore pas qu'il est Paris, Londres la bienséante sait qu'elle est Londres, Genève sait à peine qu'elle est Genève. Les grandes ombres de Calvin, de Rousseau, d'Amiel et de Ferdinand Hodler sont là mais personne n'en parle au voyageur" -J.L.Borges-

Borges se trompe quand il écrit que Genève est sans emphase. Tout d'abord parce que Genève a désormais Borges dans la peau, hôte d'honneur logé au cimetière des rois pour l'éternité. Mais surtout, Genève rayonne culturellement dans le monde entier avec son joyau: le jet d'eau. Oui, notre spécificité mondiale, c'est d'envoyer de l'eau en l'air. Notre distinction: vaporiser du vent, et ça en jette. En cela réside l'esprit du lieu. Le jet d'eau, inconscient collectif, est notre modèle politique rêvé. Les fameuses Genferei et autres lancers de verre d'eau, seau d'eau, sont des tentatives à petite échelle, des ébauches de condensations, maquettes d'embruns pour rivaliser avec notre seule réalisation marquante :viser le ciel pour mieux en retomber. Avec pour seule finalité, se faire voir, ou plutôt: mousser. Nous sommes des Sisyphes lacustres et recommençons sans cesse le même travail. Il faut nous penser heureux (et libérés de la Cour des comptes). 

Allons plus loin. Si l'idée du premier jet d'eau, alors que l'usine hydraulique était à la Coulouvrenière, visait à empêcher la supression, et que le jet d'eau d'une hauteur alors de 30 mètres (on était modestes) permettait de contrôler la pression et de la réguler, notre jet a évolué. Il dispose désormais d'un moteur autonome pour le faire fonctionner. En bref, il n'évacue même plus la pression, mais tourne sur lui même. La masse d'eau suspendue en l'air est conséquente: 7 tonnes et il ne faut que 16 secondes à une goutte sortant de la buse pour revenir au lac. En résumé: c'est joli mais lourd et implacable. Et si ça fait beaucoup d'effet, ça retombe très vite.

Sur la tombe de Borges, une inscription: And Ne Forthedon Na, que l'on peut traduire par: On ne doit pas avoir peur, et qui invite à la tranquillité. Alors que tout semble partir à vau-l'eau dans notre République, du verre d'eau au seau, et que ça risque encore de déborder, on doit craindre désormais un tsunami. Mais assez de psychodrames, remettons les pieds sur terre, il y a urgence. Osons le seul geste culturel radical: combler d'urgence le jet d'eau (serrons-en tout du moins déjà vite les vannes).

Libérés inconsciemment de notre modèle de la chute inéluctable, notre République pourra enfin prendre de la hauteur et qui sait, s'extraire définitivement de sa gangue?

 

14:06 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jet d'eau, politique, genève, cour des comptes, inconscient collectif | |  Facebook |  Imprimer | | |

22/10/2012

Post tenebras ploutocratie

Aujourd'hui, une élection ne semble plus se gagner, mais s'acheter. Post tenebras ploutocratie, est-ce la nouvelle teneur des armoiries de notre république? Lorsque l'on demande au candidat Barazzone à combien se monte son budget de campagne il répond négligemment, la mèche de travers, d'une manière distraite: entre 100'000 et 200'000 francs. Arrogance de celui pour qui, au moment du point presse, une centaine de milliers de francs est un point de détail. Le pouvoir de l'argent est puissant. Il devient totalitaire lorsqu'en face de-celui-que-l'on-voit-partout, les trois autres petits candidats réunis ne comptabilisent pas le quart de cette somme ou de la surface sur les espaces d'affichage public, banderoles sur les bus, posters sur les trams, autres supports publicitaires. Et comme si ce n'était pas encore assez, surgissent oh miracle du journalisme d'enquête, deux pages supplémentaires dans le "journal" Le Matin mettant en scène Monsieur Morisod faisant un coming out "politique" opportun. L'écoeurement monte devant l'indécence et la servilité d'une partie de la presse. Elle se transforme en nausée quand le candidat du fric-show reproche à l'Association Transport Environnement (ATE) d'envoyer un courrier à ses membres pour mettre en avant la candidature d'un des trois petits, membre de son comité. Le pouvoir de l'argent est sans limite, il ne supporte ni la contradiction ni ce qui lui résiste, et surtout pas l'indépendance du mouvement associatif, qui ne se laisse pas acheter.

Plus choquant encore que le montant des sommes engagées, c'est l'opacité de leur provenance. Plus trouble que les réseaux d'influence, c'est leurs contreparties cachées. Monsieur Vanek se trompe lorsqu'il annonce béatement que le candidat de droite sera le bon otage d'un conseil administratif de gauche. Le candidat à la mèche ne sera pas l'otage de la gauche, car il est déjà celui des milieux financiers, qui sont exclusifs. Pour preuve, quand on lui demande quelle est la provenance de ses fonds, il nous répond que le magot provient d'entreprises, des cotisations des conseillers municipaux de son parti ( à 3000.- par tête de pipe par an?) de particuliers; certains dit-il ont même donné 5 francs... On se demande alors s'il ne nous prend pas, bonnes poires, pour des C***, car addition faite, on demeure loin du compte. Alors Barazzone, votre liste de "donateurs", vous nous la montrez? On aimerait juger sur pièce, et en transparence constater quels sont les pouvoirs de l'argent dans notre République, jusqu'où ils se nichent et quelle est la longueur des tentacules qui vous soutiennent, vous qui êtes pour les baisses d'impôts sur les personnes morales, quitte à ce que ceux des personnes physiques soient relevés.

La vérité? Les puissances de l'argent se rient du thème de la sécurité ou de l'insécurité, elles se moquent des questions de logement comme de l'an quarante. Ce qui les intéresse, c'est de faire parler des candidats ventriloques et porter un discours qui les maintiendra en tant que puissances d'influences et ne bousculera pas la poursuite de leur entreprise d'emprise sur les institutions publiques ou associatives.

Vous me répondrez : l'important, c'est que la Fer (Fédération des Entreprises Romandes) y trouve son compte, et le business ses bonus. Pour le reste: Post tenebras ploutocratie, le PLR, arrogant, peut placer ses hommes dans tous les conseils d'administration et ses hommes de main aux exécutifs. Post Tenebras ploutocratie, il faut subir le chantage à la fuite des entreprises favorisant l'évasion fiscale, c'est la loi. Post Tenebras Ploutocratie, le débat sur la fiscalité n'a aucune dimension éthique, money is money, et c'est ainsi. Post tenebras ploutocratie, nous devrons relever les impôts des familles pour permettre aux entreprises morales de continuer à payer moins pour gagner plus.

Mais je vous répondrai, avec Jaurès: au moment où l'on voit qu'un Etat nouveau, l'Etat financier, a surgi dans l'Etat démocratique, avec sa puissance à lui, ses fonds secrets à lui, c'est une contradiction lamentable que de ne pas entreprendre la lutte contre cette puissance. Alors, Post Tenebras ploutocratie, une fatalité? Au citoyen, bulletin de vote en main, d'y répondre en exerçant le dernier luxe du pauvre: celui de viser l'urne.

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18/10/2012

Tuer la Ville

Le candidat Barazzone a tout du ventriloque. Il en a la distorsion vocale et les mimiques ralenties. Quand il parle on entend d'autres que lui et quand il se tait, ses lèvres continuent de bouger. Maudet, Longchamp, sortez de ce corps, retirez vos mains du dos du bon garçon Barazzone. Car ce n'est pas Barazzone qui tire les ficelles, lui, c'est le ventriloque. On lui crie 'haro sur la ville', il crie 'haro sur la ville'.  On lui souffle ' stop aux doublons', il souffle ' stop aux doublons'. 'Hallali sur la ville', et il fait écho; On lui murmure 'mon poste est de trop' il murmure 'mon poste est de trop'... tout en étant candidat pour l'occuper. La Ville, il ne l'aime pas, et c'est pour d'autres qu'il charge la dynamite. Mais à sa décharge, si "la Ville doit cesser d'être arrogante", et s'il a tout pour l'être, ce sont les intérêts qu'il sert, qui le font parler et agir. S'il veut une ville sous tutelle c'est qu'il l'est lui même.

On lui donnerait presque le bon dieu sans confession à ce libéral radical chrétien, quand il déclare dans Le Temps que "Si un magistrat doit céder du pouvoir pour le bien de la communauté qu'il en perde". On lui décernerait sans confession une auréole de saint sacrificiel, si, derrière la pose du martyre chrétien, ne se cachait le projet du ventriloque kamikaze de faire sauter la ville au détriment de la communauté. Alors qu'en Suisse, les villes ont toujours plus de poids économique et luttent pour une juste représentation politique, le kamikaze ventriloque, lui, dessine la ville dans sa cible. C'est bien connu, la criminalité, c'est surtout dans les campagnes que ça se passe, et les délits n'ont pas besoin de budget pour être résolus! Maudet, sort de ce corps!

Les personnes qui travaillent en ville paient leur impôt dans celle-ci. Barazzone propose lui que ces travailleurs paient leurs impôts dans leur commune de résidence ; que les frontaliers qui travaillent en Suisse paient donc leurs impôts sur France! Avec cette mesure, c'est environ 115 millions que la Ville percevra en moins. Dans quel but? Faire maigrir la ville pour engraisser des communes déjà prospères n'ayant pas le tiers du quart des problèmes de sécurité de Genève; et ayant même, pour certaines, de la peine à dépenser l'argent qu'elles ont. Concernant la Culture, il propose rien de moins que de couper les budgets, au prétexte fallacieux que  "l'ouverture à l'intercommunalité, à des financements cantonaux, régionaux, voir privé" serait la panacée. L'attentat est annoncé, on va donc percevoir moins d'impôts en ville pour aller mendier ensuite vers les communes et le Canton les financements dont la Ville se sera privée! Quand on connaît le déficit annoncé du Canton, et les intérêts des financements privés, autant dire que le chemin de croix dessiné, c'est celui de l'enterrement de la Culture en première classe.

Le kamikaze dit: il y a 100 postes vacants au budget chaque année qui ne sont pas pourvus. Je les coupe, voilà déjà 10 millions de sauvé! Mais ce n'est pas une coupe ça, car par définition, si les postes ne sont pas pourvus, ils ne coûtent rien au contribuable. Le kamikaze Barazzone ne fait donc pas la différence entre un budget et des comptes. Si j'ai 5 pommes sur ma liste de commission et que je n'en achète aucune, par définition, cela ne m'a rien coûté. Le kamikaze ventriloque veut jeter les listes de comission en nous faisant croire qu'il y aura des économies de faite.

Le 4 novembre, les électeurs et les électrices de la Ville de Genève auront le choix entre se faire hara-kiri en se faisant les complices d'un kamikaze ventriloque ou élire une personnalité qui parlera en leur nom et défendra leurs intérêts. Ils auront le choix entre payer toujours autant d'impôt pour offrir des services publics à d'autres communes et au Canton ou garder des force vives à la Ville. Nous verrons alors jusqu'à quel point le masochisme suicidaire a été poussé en art de vivre dans cette cité au point d'élire ou pas à un poste un ventriloque kamikaze se proposant d'y mettre fin.  

 

07:54 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

15/10/2012

Fragile, force de notre Constitution

54,1% de oui contre 46 % de non. Mais surtout 30% seulement de votants parmi les 60% de citoyen-ne-s ayant ce droit dans le canton, si le soulagement et la joie du oui l'emportent, pas de quoi jouer les gros bras. Cette votation a, en partie, divisée la gauche, marquée par des interprétations divergentes du texte. Surtout, la faible adhésion populaire fait peur. Cette votation n'a pas été le plébiscite de LA grande Constitution voulue par toutes et tous, ni un rassemblement populaire autour d'une Constitution rêvée. Malgré cela, ou plutôt, par cela même, ce oui du bout des lèvres, ce oui timide, ce oui du doute, ce oui apparaît comme une opportunité car il ne nous acquitte de rien, ne nous dédouane de rien, ne nous permet pas de nous en remettre pleinement à une constitution toute puissante. Au contraire, il nous contraint, dans un temps d'extrême incertitude, à la participation; dans sa fragilité, il puise sa force.

Si une constitution est le reflet d'une époque, celle-ci l'est parfaitement. Un univers en expansion risque, à un certain stade de son développement, par surplus de matière, l'effondrement. Nous sommes arrivés là. Fin de la croissance, le péril du trou noir est perceptible et rien, ou si peu, ne pourra nous en prémunir. Faut-il désespérer? Céder à la peur? Non. La foi dans la croissance infinie et les institutions pour la porter est terminée. La foi dans le politique omnipotent appartient au passé. Les sauveurs providentiels ont été promus ailleurs. Le salut par l'économie, les frontières, est un salut troué, fictionnel, faillible. Mité, poreux, le tissus social fuit de partout, tant mieux! Tant mieux, car on y voit plus clair, on y voit même au travers, et ce oui de rien du tout au premier round de la lutte oblige à se prendre en main. Il oblige ceux qui n'ont rien fait pour lui à s'engager. Il les met au défi, par effet miroir, car tout reste à négocier, à transcrire en lois, à interpréter, et le peu d'adhésion au projet final montre combien celui-ci sera plastique dans son application même.  

Ceux qui parlaient de la fin des idéologies se sont trompés, ce sont les idéaux qui sont morts. Face à leurs cadavres tièdes, face aux croyances surranées dans les supermen et wonderwomen, deux postures possible. La première, celle du refus du désenchantement et de la dépression; du déni de la fin des idéaux soutenu par la poursuite de boucs émissaires et la construction d'un cocon nostalgique. La deuxième : la mise en oeuvre, dans les failles, les fêlures, les fissures, dans l'imperfection et les débris, au ras du bitume, par petits groupes, par agrégats, d'une cardioplastie citoyenne, celle du rapatriement du pouvoir au niveau de micro-communes, réanimation cardiaque visant à faire refluer le sang du centre vers les périphéries et des périphéries vers le centre à un rythme accéléré. 

Cette nouvelle constitution appelle participation, amendements, et poursuite du travail entrepris. Elle est une mise sous tension et un électrochoc participatif; une prise de conscience que ce oui du doute, de la fragilité est une force. Car plus rien ne nous rassemble autant que les fragilités et les failles. Notre lot commun est d'être devant le gouffre, et notre fierté sera d'y être pleinement, dans la fragilité des démembrements, des éboulements, et de la perte. Sombre? Non. Car désormais, le défi, à partir de là, c'est de faire société, communauté, dans la lucidité nue que les seuls pouvoirs qui nous sauveront seront ceux que nous serons capables de nous octroyer, de défendre et de supporter contre toutes tentations idéalisantes ou totalisantes, de repli sur soi. 

01:38 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle constitution, participations citoyenne, idéeaux | |  Facebook |  Imprimer | | |

13/10/2012

Flibusterie fiscale

Prostitution pour les faire venir. Supplications pour qu'ils restent. Le Conseil d'Etat continue de se mettre à quatre pattes devant le secteur du négoce des matières premières, des hedge funds et des entreprises dites auxiliaires. Prêt à tout, il a annoncé jeudi la baisse massive de 24,2% à 13% du taux d'imposition global sur toutes les personnes morales. Mais pourquoi écrase-t-il ses taux d'impositions des personnes morales? - Par peur que la constellation des entreprises pirates du négoce alimentaire et des hedge funds laissent Genève en rade.

Le Conseil d'Etat est donc prêt à avaler la couleuvre d'un manque à gagner d'un demi-milliard avec un taux d'imposition à 13% unique pour continuer d'être le port d'attache des pirates. A force de se mettre à quatre pattes et de céder au chantage, il est devenu un paillasson sur lequel le milieu économique essuie ses mocassins. Il a choisi son camp : celui de l'intérêt des entreprises, contre la collectivité. La fédération des entreprises romandes de Genève (FER), applaudit la décision. Merci pour les cadeaux, elle dit.

Le Conseil d'Etat, à son petit jeu fiscal avec les milieux économiques est en train de payer le prix fort de sa logique d'attraction. Pour ne pas accepter l'échec de sa politique de développement économique à court terme et se désavouer, il doit continuer de faire alliance avec les pirates. Sauf que sa logique de céder sur tout pour que les holdings et autres sociétés auxiliaires restent à Genève est en train de se muer en dérive. Sur 5 ans, ce sont déjà 30 milliards que ces entreprises ont soustraits à la collectivité publique grâce à des taux préférentiels. La baisse annoncée à 13% des taux d'imposition va encore augmenter cette somme d'un demi-milliard par an!

Le choix politique suivi par le Conseil d'Etat de se mettre à quattre pattes devant les milieux économiques se résume en une phrase: les petits je les tient, les gros je les engraisse. L'impôt, ainsi instrumentalisé, devient un outil de contrôle social et d'accroissement des inégalités. Le chantage à l'emploi, à la fuite, à la croissance, n'a qu'un seul objectif: servir la maximalisation des intérêt des entreprises; intérêts de classe pour lesquels la collectivité paie le prix fort et le paie toujours plus.

A quatre pattes devant le lobby économique, c'est la ligne politique et la choix tactique voulu par ce Conseil d'Etat ultra libéral. Le peuple, lui, n'est pas condamné à le suivre. Plutôt que de faire leur quatre volonté, il devient urgent de repousser les pirates, de changer ce gouvernement qui prend ses objectifs à court terme pour ses finalités, et de reprendre le contrôle du bateau genevois avant qu'il ne soit pillé et coulé par la flibusterie fiscale. 

 

10/10/2012

Gaston fou roillé

Il disait je suis l'affreux, le mouton noir le fils de l'ouvrier et de la servante, enfant perdu, mauvais garçon. Oscillant entre l'argot et une langue travaillée, entre le refus des bourgeois et l'oubli de sa classe, il a avancé sur un fil, le beatnik de la Broye, pécheur de tanches. Il disait: je suis un martyre un dérangeant, un dérangé. Il vivait au Lieu qui est une jolie place pour être, à la vallée de Joux, entre le Chenit et le Sentier, proche du jour comme du jouir. J'écris il vivait, car il a changé d'espace, le millitant le révolté, l'élu du Parti Ouvrier Populaire, éloigné de l'enseignement pour raisons politiques; le renégat, non-renonçant, étendu sous une bannière gauchiste, entendu sous une autre, forcené social. Main tendue poings fermé, dans Cherpillod, j'entends charpie, billlot, entends ruclon, bétaillère, raisinée, ruches, galetas, salée au sucre, petit blanc du Lavaux... et la bise noire désormais. Donner, recevoir, échanger: des mots, des coups. Mort, Cherpillod, vraiment? Morts Chappaz, Haldas, Yvette Z'graggen, Monique Laederach, encore? Têtes chercheuses des lettres romandes, l'ayant fait vrombir à plein moteur sur leur gauche, là où le coeur se loge, dans une langue vernaculaire, celle du combat du peuple des cafés et des stades, des théâtres, des collèges, des parlements, de toutes des arènes de paroles, généreuses, granuleuses... grivoises aussi. Ecrevisses aux pâtes grêles, voix qui portent.

Dans ce temps où les lieux de parole collective sont attaqués, menacés, contestés par l'hégémonie du langage opérationnel, programmatique, efficace; ou l'écran fait véritablement obstacle, ou dire c'est pour faire et faire pour se taire, il disait, le poète que prendre la parole à la place d'autrui était non seulement risqué mais scandaleux. Chacun sa voix. Chacun son souffle. Mais chacun pour tous. Son parti place l'écriture au rang de patrimoine muséal, et le public avant le peuple, il choisit d'aller se faire élire ailleurs. Cherpillod, chêne brûlé, Gaston for ever, pour ne pas dire foudroyé. Fou roillé, dingue, illuminé, irradié d'une folie révolutionnaire aurait dit: les balbutiements de la gauche sont un problème orthophonique. Quand on a des cristaux dans l'oreille, ça peut conduire au vertige, on doit alors se jeter violemment contre un mur. Et ça passe. Pour bien entendre et bien dire, il faut des oreilles et une langue propre. Gaston en a donné une, fondamentale, elle appelle la tradition, socle où rebondir.  Elle est aussi foudre ou benzine, produit inflammable tombé d'un ciel bleu pâle hautement incendiaire.        

16:03 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cherpillod, politique, langage, poésie | |  Facebook |  Imprimer | | |

04/10/2012

Le sexe de ma Constitution

Si le Matin fait sa manchette en mesurant la longueur des sexes des Suisses, la nouvelle Constitution que l'on va voter à Genève le 14 octobre est moins sexiste. Elle ramène les sexes masculins à leur juste proportion: celui de la complémentarité. Ainsi l'article 15 affirme que la femme et l'homme sont égaux en droit en précisant surtout, et c'est une nouveauté, que la loi pourvoit à l'égalité de droit et de fait en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail. Ainsi, ce n'est pas le plus gros pénis ni le plus long ni même le pénis tout court qui l'emporte désormais. Mais c'est le lien et le bon lien entre les sexes. La nouvelle Constitution :un véritable aphrodisiaque législatif. 

On peut comprendre que certains esprits rétrogrades s'échauffent, que la nouvelle Constitution leur hérisse les poils en mettant un frein à la domination d'un sexe sur l'autre. Mais de là à charger sous la ceinture comme la ligue suisse contre la vivisection et pour les droits de l'animal en tirant à vue sur la nouvelle Constitution c'est se prendre pour des gorilles. Affirmer que la nouvelle Constitution réintroduit la chasse, c'est souffrir de gesticulations précoces, car la seule chasse que la nouvelle Constitution réintroduit, c'est celle au mâle dominant. Et le seul animal que la LSCV défend avec sa position c'est le bon gros bourrin sexiste et homophobe. Hi Han.  

L'article 15 de la nouvelle constitution affirme aussi que nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa situation sociale, de son orientation sexuelle, de ses convictions ou d'une déficience. La nouvelle Constitution met donc à poil ceux qui, sous couverts de libre opinion, s'en prennent aux orientations sexuelles. Elle inscrit ces différences dans le cadre des droits humains et en garantit, enfin, leur inscription dans un texte de loi qui couvre la société dans son ensemble.  

Le sexe de la nouvelle Constitution est le bon. Et comme le dit le proverbe, quand le sexe va, tout va. Il est bon de dire oui oui oui et encore, OUUUUI. Il sera bon d'embrasser la nouvelle Constitution le 14 octobre pour plus d'égalité entre les sexes et moins de discriminations en liens avec l'orientation sexuelle. Au nom de quoi et pourquoi devrions-nous nous priver de ce plaisir?

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01/10/2012

Salerno, poupée vaudou?

Myope et machiste le rapport de la cour des comptes? Le choix de cibler (et non épingler comme le titre la TDG d'aujourd'hui) avant tout Sandrine Salerno dénote un acharnement et un choix arbitraire. Si la cour des comptes choisit où elle appuie et comment son rapport; il est impossible de ne pas se poser la question de l'arbitraire de sa démarche. La cécité de celui qui ne veut pas voir est proverbiale. Mais il n'y a pas pire myope que celui qui veut en voir une seule. S'il y a épingle ici, c'est bien celle qui sert à monter l' "affaire", pour piquer un adversaire politique. Car dans les faits, les pointes sont émoussées. Une directrice de ressources humaines n'a pas pu suivre un cours de formation continue parce que les inscriptions n'étaient pas encore ouvertes et la session suivante prévue seulement en 2014. Voilà tout. Mais après: piquez, piquez, il en jaillira toujours quelque chose. Au-delà du machisme ordinaire de certains membres de la cour des comptes, du ciblage et calibrage de ce rapport pour nuire plus particulièrement à une personne, une question émerge: quel exorcisme fait-on jouer à la poupée vaudou? La réponse est claire: celui du machisme ordinaire. 

 

L'éditorial de Pierre Ruetschi dans Le Tribunal de La Tribune ( il est aussi juste de masculiniser les terme de temps en temps surtout quand ils ne respectent plus leur genre) du samedi couple Künzler et Salerno sur la question des engagements. Cela n'est pas anodin. Les questions de genre et d'appartenance nationale prennent désormais le pas sur les rapports de classe et de justice. Etre femme en politique à Genève, c'est commencer le combat politique avec une cible particulière sur le plastron. Le surmonter, pour les plus combatives, c'est être basculées dans le camp des hystériques, des caractérielles. Et pour les autres, des potiches. L'homme qui n'est pas d'accord "tape du poing sur la table",  "fait preuve d'autorité", la femme encore et toujours "pique une colère" (cf. l'article de Monsieur Mabut une jour avant, dans la Tribune toujours).

 

Il n'y a ici que des hommes qui dénoncent (les limiers de la Tribune de Genève, les chasseurs de la cour des comptes). On se récuse bien pour conflit d'intérêt, n'est-il pas venu le temps que certains se récusent pour conflits de genre? Et que l'on arrête enfin de ne prêter que des casseroles et des épingles aux femmes.


Salerno poupée vaudou? L'article de Fabiano Citroni, dans Le Tribunal de Genève d'aujourd'hui, met l'aiguille au bon endroit quand il relève que la réputation de Sandrine Salerno est l'effet et non la cause de toute l'affaire. Car au final, la cause de toute cette affaire, c’est une réputation, celle d'une femme.


Conclusion de cette "affaire"? Si les créations de réputations préexistent aux faits et si pour une femme, la seule manière d’être au pouvoir c'est de se faire tailler un costard, de se faire oublier, ou alors d'être une poupée vaudou, c'est bien que les rapports politiques sont encore imbibés et pervertis par le machisme. Finalement, ce qui est en jeu  ici, ce ne sont ni les bonnes pratiques ou la bonne gouvernance, mais la volonté de régler des comptes et faire la peau d'un adversaire trop coriace pour jouer les potiches.  

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