sylvain thévoz

22/10/2012

Post tenebras ploutocratie

Aujourd'hui, une élection ne semble plus se gagner, mais s'acheter. Post tenebras ploutocratie, est-ce la nouvelle teneur des armoiries de notre république? Lorsque l'on demande au candidat Barazzone à combien se monte son budget de campagne il répond négligemment, la mèche de travers, d'une manière distraite: entre 100'000 et 200'000 francs. Arrogance de celui pour qui, au moment du point presse, une centaine de milliers de francs est un point de détail. Le pouvoir de l'argent est puissant. Il devient totalitaire lorsqu'en face de-celui-que-l'on-voit-partout, les trois autres petits candidats réunis ne comptabilisent pas le quart de cette somme ou de la surface sur les espaces d'affichage public, banderoles sur les bus, posters sur les trams, autres supports publicitaires. Et comme si ce n'était pas encore assez, surgissent oh miracle du journalisme d'enquête, deux pages supplémentaires dans le "journal" Le Matin mettant en scène Monsieur Morisod faisant un coming out "politique" opportun. L'écoeurement monte devant l'indécence et la servilité d'une partie de la presse. Elle se transforme en nausée quand le candidat du fric-show reproche à l'Association Transport Environnement (ATE) d'envoyer un courrier à ses membres pour mettre en avant la candidature d'un des trois petits, membre de son comité. Le pouvoir de l'argent est sans limite, il ne supporte ni la contradiction ni ce qui lui résiste, et surtout pas l'indépendance du mouvement associatif, qui ne se laisse pas acheter.

Plus choquant encore que le montant des sommes engagées, c'est l'opacité de leur provenance. Plus trouble que les réseaux d'influence, c'est leurs contreparties cachées. Monsieur Vanek se trompe lorsqu'il annonce béatement que le candidat de droite sera le bon otage d'un conseil administratif de gauche. Le candidat à la mèche ne sera pas l'otage de la gauche, car il est déjà celui des milieux financiers, qui sont exclusifs. Pour preuve, quand on lui demande quelle est la provenance de ses fonds, il nous répond que le magot provient d'entreprises, des cotisations des conseillers municipaux de son parti ( à 3000.- par tête de pipe par an?) de particuliers; certains dit-il ont même donné 5 francs... On se demande alors s'il ne nous prend pas, bonnes poires, pour des C***, car addition faite, on demeure loin du compte. Alors Barazzone, votre liste de "donateurs", vous nous la montrez? On aimerait juger sur pièce, et en transparence constater quels sont les pouvoirs de l'argent dans notre République, jusqu'où ils se nichent et quelle est la longueur des tentacules qui vous soutiennent, vous qui êtes pour les baisses d'impôts sur les personnes morales, quitte à ce que ceux des personnes physiques soient relevés.

La vérité? Les puissances de l'argent se rient du thème de la sécurité ou de l'insécurité, elles se moquent des questions de logement comme de l'an quarante. Ce qui les intéresse, c'est de faire parler des candidats ventriloques et porter un discours qui les maintiendra en tant que puissances d'influences et ne bousculera pas la poursuite de leur entreprise d'emprise sur les institutions publiques ou associatives.

Vous me répondrez : l'important, c'est que la Fer (Fédération des Entreprises Romandes) y trouve son compte, et le business ses bonus. Pour le reste: Post tenebras ploutocratie, le PLR, arrogant, peut placer ses hommes dans tous les conseils d'administration et ses hommes de main aux exécutifs. Post Tenebras ploutocratie, il faut subir le chantage à la fuite des entreprises favorisant l'évasion fiscale, c'est la loi. Post Tenebras Ploutocratie, le débat sur la fiscalité n'a aucune dimension éthique, money is money, et c'est ainsi. Post tenebras ploutocratie, nous devrons relever les impôts des familles pour permettre aux entreprises morales de continuer à payer moins pour gagner plus.

Mais je vous répondrai, avec Jaurès: au moment où l'on voit qu'un Etat nouveau, l'Etat financier, a surgi dans l'Etat démocratique, avec sa puissance à lui, ses fonds secrets à lui, c'est une contradiction lamentable que de ne pas entreprendre la lutte contre cette puissance. Alors, Post Tenebras ploutocratie, une fatalité? Au citoyen, bulletin de vote en main, d'y répondre en exerçant le dernier luxe du pauvre: celui de viser l'urne.

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