sylvain thévoz

22/08/2012

La librairie qui vend Genève à Paris

Jolie publicité pour Genève. Dans le supplément été du journal Libération du 22 août (4 millions de visiteurs en ligne), sous le titre "Genève hors conventions", ce sont deux pages sur la librairie Archigrahy à la place de l'île, rien de moins! Une fois n'est pas coutume, ce n'est donc ni un musée ni un théâtre qui fait vitrine pour Genève, ni même un salon international, mais une petite librairie! Et voilà deux pages de pub dans le quotidien national français. Joli, et beau succès culturel pour cette librairie classée par Libération parmi l'une des 6 plus belles d'Europe. 


L'article est donc une superbe publicité pour Genève. Il rend hommage à la Genève que certains se sont acharnés à tuer, celle des lieux alternatifs, des squats, et des espaces libertaires. La Genève sur laquelle on n'aurait pas parié à priori pour attirer le touriste. Et pourtant, l'article est là: histoire des squats, des halles de l'île, photos de la librairie, du Rhône, parcours de David Rossi, propriétaire, qui retrace la fondation par Michel Mottet, ancien squatteur. Genève, après avoir fait émerger ce qui s'est fait de mieux dans cette Ville en matière artistique: toute une génération d'artistes nourris au berceau squat (Omar Porras, Polar, Gil Jobin, et tant d'autres...), n'a-t-elle pas brûlé le landau en bouclant ses incubateurs culturels, y voyant un nid à profiteurs quand il y avait là pépinières de créateurs culturels et promesse de retour sur investissement à 15 ans. Mais surtout, la leçon a-t-elle été retenue? Il semble que non. Genève est en train de laisser crever ses libraires. En un mot, de brader encore un peu plus son capital culturel. La fermeture de la librairie Descombes, celle du Musée d'Art et d'histoire, de La part du rêve, etc., devraient nous alarmer. Plus de librairies, plus de squatts, des starbucks et des vente de sacs, ce serait donc ça l'horizon de notre politique culturelle?

La journaliste parisienne s'émerveille encore de la librairie Papier gras, puis de celle du Mamco:  "On serait bien resté plus longtemps: deux libraires pour le prix d'un, loin du politiquement correct calviniste et de l'image de Genève , si tranquille, si banquière". Nous, on l'aurait bien retenue encore un peu! Car voilà que l'alternatif fait recette et devient même une plus-value pour une promotion touristique tonique! Berlin l'a bien compris, Zürich aussi. Et Genève? L'Usine se débat dans des difficultés sans nom et des bâtons sont mis dans les roues du théâtre du Galpon par les partis de droite. Le capital alternatif est entamé. N'est-il pas venu le temps de réinvestir dans ce dernier? 

Cet article devrait nous aider à affiner notre réflexion sur la nécessité de multiplier les lieux de création et d'inclusion à bas prix, à préserver les librairies actuelles, vitrines culturelles pour la ville au même rang que ses musées et ses théâtres; à les pousser à se développer hors murs comme le souhaite notre magistrat Sami Kanaan et surtout, nous convaincre de la nécessité de préserver et développer un patrimoine culturel accessible à toutes et tous qui fait la promotion et la richesse de notre cité. 

http://www.liberation.fr/culture/2012/08/21/geneve-hors-conventions_840999

 

15:24 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : archigraphy, rossi, squats, alternatif, culture, libération | |  Facebook |  Imprimer | | |

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