sylvain thévoz

09/07/2012

Dealers partout, consommateurs aux fraises?

Les demandes de médicaments stimulant l'érection augmentent de 30% chaque année. "Beaucoup d'hommes sont trop fiers pour se rendre dans une pharmacie ou chez leur médecin pour obtenir du viagra, ils ne veulent pas montrer qu'ils ont un problème avec leur virilité. Un autre cause est le prix. Une dose de viagra coûte 20 francs et n'est pas remboursée par l'assurance maladie. Sur internet la pillule ne coûte que deux francs." annonce un article de la TDG du 1e juillet. Et dans la rue, la pillule de Viagra, elle coûte combien? Les dealers du coin de la rue, ils vendent quoi: de la coke, de l'héro, mais encore? Chiffre d'affaire de R, dealer: 40% de Viagra, 60% de coke? Commerce de la jouissance immédiate pour pas cher. Qui veut mes pillules érectiles, mes bonbons pour être moins stressé, plus compétitif et relax, moins émotionnel plus centré, pour faire la fête plus longtemps? Qui n'en veut, qui n'en veut? Cette pharmacopée de rue, qui la consomme et en redemande? On parle beaucoup des nuisances des dealers, mais qui les fournit en demande, qui sont les accros de la vente et qui, au-dessus, les approvisionne?


Parce qu'enfin, à force de ne voir le problème du deal que par le petit bout de la lorgnette en essayant sans y parvenir de le faire disparaître des rues (merci aux policiers qui s'y collent, interminable travail de Sisyphe) à force d'entendre les phrases chocs et creuses, aveu de faiblesse politique, du type:  "je débarrasserai Genève des dealers en 45 jours" et l'échec prévisible de Monsieur Maudet, car enfin, si on le juge sur son bilan, a-t-il fait disparaître les joueurs de bonneteau et les roms, comme il l'avait planifié en évacuant pour les uns leurs campements sous les ponts et pour les autres en essayant vainement de déplacer leurs installations sur ceux-ci? Non. Ni l'un ni l'autre n'a fonctionné. La pauvreté a été criminalisé et le crime ailleurs a prospéré. Monsieur Maudet peut-il faire autre chose, avec la même logique, que de continuer à déplacer les petits dealers, de faire de la comm' et jouer d'écrans de fumée? Un coup de poing au jardin anglais, un coup de pied dans la fourmillière du quai du Seujet, une intervention place des Volontaires et à Plainpalais, puis aux Pâquis et aux Eaux-Vies ainsi se déplaceront les scènes du deal qui recouvrent déjà toute la ville, car la ville entière consomme. Rochat, Maudet, Zappelli puis Jornot, le Parti libéral radical détient tous les leviers du judiciaire et du policier en Ville et au Canton depuis plus de 4 ans. Pour quels résultats?

La vraie question est : comment régler un problème qui reviendra sans cesse car il est pur produit d'un système et non lié à une conjoncture? L'addiction, autant qu'un problème de sécurité et de police, est LE problème économique du capitalisme. Un problème du désir et de la virilité, des fragilités et des failles. Une solution au deal dans la rue? Police, oui, bien sûr. Mais aussi: réévaluation des actions du désir, désir de faire, de construire et de croire, désir d'association et d'occupation de l'espace public, et surtout: rétablissement de la justice à tous les niveaux, pour les petits comme pour les gros justiciables. Et basta des politiques du laisser-faire dans les salons feutrés. Utopique? Peut-être, mais pas autant qu'espérer vouloir faire déguerpir les dealers du coin de la rue avec de gros bâtons quand tout le monde y veut jouir et jouir pour pas cher ; quand tout le monde il est bon gros consommateur, qu'il veut prendre son pied sans désir et appartenir sans l'être.

Les dealers au coin de la rue et la jouissance qu'ils vendent au gramme sont un pur produit du système capitaliste. Leur dealer en chef, c'est le marché. Ethnicisation? Les blacks, du coin de la rue ou le petit blanc de la banque sont tous deux des entrepreneurs capitalistes qui essaient, chacun à son échelle, de faire fonctionner sa micro start-up sur le manque de jouissance du système, son désir d'accroître sa puissance. Et puis, qui sont les consommateurs, combien consomment-ils, on devrait s'y intéresser, non? Et vite, car s'il y a autant de deal et de pharmacopées de rues que cela, c'est que notre société est gravement intoxiquée, non ?

Enfin, Genève est la capitale mondiale du négoce de pétrole et de céréales. Combien de milliers de personnes vivent de l'addiction à ces substances, combien de millions en meurent? Les dealers sont à Genève, et ceux de la rue sont des apprentis sorciers ou des enfants de coeur par rapport à ceux-ci. Ils sont aussi les produits sociaux directs des politiques africanistes et moyen-orientales menées par les compagnies pétrolières et les hedge-fund du négoce des céréales qui mettent à genoux le continent africain. On cherche des responsables? Le problème du deal est directement lié aux politiques de ces entreprises, c'est donc à elles de payer les nuisances, pas au citoyen. Genève s'enrichit sans vergogne en hébergeant à son profit les entreprises qui mettent l'Afrique à genoux. En retour, l'Afrique envoie à Genève ses enfants qui lui pourrissent la vie. C'est donc aux entreprises de négoce du pétrole, de céréales, aux hedge-fund spéculatives d'assumer le coût de leurs misères sociales et de payer la police, pas seulement aux Genevois.

10:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sexe, drogue, commerce, &, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

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