sylvain thévoz

04/07/2012

18 ans: suicidé du système

Il serait absurde, injuste et bête de dire que ce fut la faute à celui qui a fait ou non le copier-coller. On ne pourra dire: il était fragile, sensible, on l'avait vu venir, il était psychologiquement ceci ou psychologiquement cela. Impossible de dire: c'était une humeur versatile, ou de culpabiliser les parents. On ne pourra montrer du doigt la directrice Geneviève Nanchen, le directeur général de l'enseignement postobligatoire du canton de Vaud, Séverin Bez. On ne pourra dire non plus que ce meurtre est le fait du hasard. Car le fait qu'un jeune homme soit tué dans son école, parce qu'il ne voyait pas son nom sur la liste des réussites à la matu révèle un mal plus grand et oblige à prendre conscience que le responsable du meurtre, c'est le système et ses rouages faisant promotion de la réussite à tout prix. Si cette atteinte à soi-même échappe à toute responsabilité individuelle, c'est une responsabilité collective qui la porte. X, jeune homme de 18 ans ayant cru à tort avoir raté sa matu, suicidé du système.


Ce passage à l'acte dans le préau d'une école ne révèle-t-il pas en grand la violence de l'exclusion, l'angoisse profonde de ne pas en être, d'échouer, et l'incapacité à ne pas être submergé devant la vague du rejet, de la différence, de l'échec et son jugement? Le plus cruel c'est que ce jeune homme avait réussi là où le système lui signifiait qu'il avait raté. Si ce fait agrave la dimension dramatique, il n'y a là rien d'exceptionnel. Beaucoup de personnes sont dans des situations où ils réussissent, luttent, travaillent, et le système, la machine erronée à lire les performances humaines ou à les lire selon des critères pervers de perfection, de rentabilité, d'esthétisme boursouflé, leur signifient l'échec, le recalage, le redoublage, la révocation ou l'expulsion. Combien de suicidés silencieux, d'employés bouffés par la violence du système qui la retournent contre eux, de dépendances, de rage rentrée et de passage à l'acte auto ou hétéro agressif au quotidien? Les taux de suicides sont à la hausse, ceux de dépression aussi, des conduites addictives. X, 18 ans, suicidé du système est un symptôme de la faillite de ce dernier, porteur d'une maladie collective, d'une folie contagieuse qui fait que pour un examen raté, -bientôt pour un compte facebook bouclé ou un i-phone volé?- certain-e-s sont maintenant prêts à en finir.

Les passages à l'acte impulsifs deviennent manière d'être. La parole ne médiatise plus guère. Plus le temps, le recul. Un homme confisque le téléphone de son fils, ce dernière menace de se défénestrer et passe une jambe par dessus la ballustrade. Monsieur R. voit son train partir il court et se jette à la poignée, manque de passer sur les rails. L'insupportabilité de la frustration, de l'attente, la hantise de l'échec et la phobie de la distinction orientent des conduites de plus en plus incontrôlées et pulsionnelles. Tu m'enlèves mon téléphone, mon travail: je meure. Littéralement, je crève. C'est cela qui me faisait vivre, ce bout de plastoc, ce papier là, ce rendez-vous qui, dans l'instant était toute ma vie, ma signification, ma revendication ma loi unique et ma reconnaissance sociale. Système malade ou cannibale où nous sommes tous des suicidés en devenir. X, 18 ans, suicidé du système est un martyre, il en est son produit aussi.

09:03 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suicide, canton de vaud, capitalisme | |  Facebook |  Imprimer | | |

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