sylvain thévoz

01/07/2012

Marc Bonnant: has been chapon

Marc Bonnant se fait l'avocat, dans le matin dimanche, d'une cause perdue, celle de l'essentialisme bourgeois. Dans son billet d'humeur "vue de droite" il s'oppose à la féminisation du langage. Que la langue évolue et ne soit pas l'otage du patriarcat et du virilocentrisme des siècles passés, il ne l'avale pas, ça lui reste en travers de la gorge. Le bonhomme dit souhaiter une langue organique, tonique, mais fait des colites devant la féminisation de celle-ci. Il se plaint d'être châtré par la vilaine Salerno et ses consoeurs revendiquant l'égalité dans la langue. Alors, Bonnant, pôvre victime? Il apparaît plutôt comme une pièce de collection à conserver dans un musée de curiosité ou à actionner comme ventriloque à la foire. Car s'il n'est pas une femme à barbe, il serait plutôt avaleur de sabre, le brave. Mais à trop avaler de couleuvres, voilà que ça coince. Chaud devant et crampes d'estomac face aux revendications de femmes décomplexées et affranchies du contrôle des pères, Bonnant se bloque. Il s'embrouille, tricote, confond féminité et féminisme, attaque "l'inculte, les cuistresses, les cervelles idéologiquement embrumées, les fossoyeuses du goût" (galant monsieur) et se soulage fissa sur le trône. Sur la défensive, la bibliothèque ambulante devient une académie-bunker avec un angle de lecture bloqué XVIIe. Bonnant n'a pas vu le monde bouger, il campe sur une ligne Maginot langagière en friche.


L'avocat badigeonne un vernis "culturel" et "classiciste" pour défendre LA langue française (la sienne donc) et fait la démonstration qu'un homme un vrai, "en a" et qu'il ne va pas se laisser casser les couilles par des féministes. Sous couvert d'un langage fleuri, on  retrouve l'inquiétude du mâle anxieux de perdre ses privilèges et sa posture, voir son intégrité. Bonnant dénonce l'émasculation de la langue? Que nenni, il prêche pour sa paroisse psychanalytique. Et ce sont les lecteurs, les lectrices, qui paient sa thérapie. Un petit accent de "vous ne m'aurez pas vivant" donne à son billet un côté kamikaze et laisse penser qu'il s'agit là du cri d'un des derniers des Mohicans. Bonnant veut-il la guerre des sexes? L'important n'est pas la rose, pour lui, c'est le phallus. On passera sur la ligne de front de son islamophobie "grâce soient ici rendues aux musulmans, dernier bastion de la virilité", maître Bonnant manie le lance flamme et cite opportunemment Rousseau pour se fabriquer une altérité à son image. Mais puisque "Le féminisme est une revendication de l'arrogance des déshéritées", son machisme c'est quoi alors: la rente à vie des possédants? Bonnant sent fort la paille le formol et le viagra.

Bon an mal an, il fait donc la démonstration, à son corps défendant, que le pouvoir masculino-centré et que les classes sociales sont bien établies. Si l'on touche à l'un ou l'autre, que ce soit par le désir d'une économie autre ou d'une langue renouvelée, les généraux de l'ordre établi, défenseurs du statu-quo, chargent, arguant avec autorité de la loi, de l'héritage, de la culture ou du marché, pour faire taire celles et ceux qui pensent que le temps est au changement et que les privilèges sont à renégocier et à redistribuer équitablement. Touchez au pouvoir, c'est Pavlovien, vous vous prendrez un-e- beigne. Mais dans la langue, dans l'économie, la culture, il ne doit plus y avoir de rente viagère ni de bassins de rétention pour le plaisir et les privilèges de quelques uns.

Alors, Bonnant, donne-nous les clés de ta villa, qu'on y danse et pense toutes et tous ensemble le monde d'aujourd'hui, et on te préparera en échange une chouette place au musée d'histoire naturelles pour que tu y reposes avec une belle plaque: Ci-gît Marc Bonnant, has been chapon, nourri au grain du capital.

13:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : langage épicène, féminisme, castration, salerno | |  Facebook |  Imprimer | | |

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