sylvain thévoz

27/06/2012

Précarité par beau temps

Ce n’est pas parce que l’été fait son retour que la précarité sociale est moins marquée. Au contraire, l’augmentation de personnes précarisées, couplée au manque criant de structures d’accueil pour leur hébergement la nuit en lien avec la fermeture de l’abri de la protection civile de la rue des Vollandes ainsi que ceux de Richemond et de la rue du 31 décembre au mois de mars (et ce jusqu’à novembre), fait déborder la précarité sociale sous les ponts, sur les bancs, dans les couloirs des immeubles, les trottoirs.


Ces gênes sociales  (trop rapidement assimilées à de l’insécurité), occasionnées aux habitant-e-s par les abris de fortune construits sous les ponts ainsi que dans les parcs, l’usage occasionnel de pataugeoires pour procéder à des soins d’hygiène minimum coûtent chers à une ville comme Genève.

En effet, les personnes précarisées se voient contraintes à des stratégies de survie entraînant des charges pour la Ville par la mobilisation accrues de ses services : police municipale, voirie, services des espaces verts, etc., sans compter le préjudice touristique que cela peut occasionner. La population à la rue est tout autant en danger l’été que l’hiver (les risques de déshydratation sont massifs ; ceux de décès sont plus fréquents à cause de vêtements inadaptés pour la saison, de fatigues extrêmes, qui s'ajoutent aux effets conjugués de l'alcool et de la chaleur). Gare à la saison d'été, elle compose un cocktail particulièrement explosif. Ces facteurs de risque imposent d’agir aussi durant la période estivale envers les populations ne trouvant nulle part où se loger.

Si l’on ose la comparaison avec une ville comme Paris qui compte plus de 3000 places d’accueil d’hébergement de nuit l’été pour une population de 6 millions d’habitants, on se rend compte que Genève, pour un bassin de plus de 500'000 personnes compte, en tout et pour tout, uniquement les quelques 70 places payantes (15.- la nuit) de l’Armée du salut. De plus, l’importance de nouer un contact social, fût-il minimal, avec les personnes à la rue, de palier à leurs déficits d’informations et de renforcer la prévention des comportements à risques ou dérangeants, est vital.

Cette situation d’indigence sociale est, pour notre ville, qui se targue du label de capitale des droits de l’homme, préoccupante. Il est urgent que nous assumions nos responsabilités envers les populations croissantes de personnes dormant dans les parcs, sous les ponts, dans les garages, les caves, les voitures, les cours d’immeubles, les toilettes de l’aéroport, etc, en ouvrant le plus rapidement possible un lieu d’accueil de nuit à l’année sans discrimination ni distinction d’origine ou de quotas portant sur les personnes accueillies.

Mettre en place, dans ce lieu, un accueil social minimal permettra aux personnes accueillies d'être non seulement hébergées et de bénéficier de soins sanitaires minimum mais aussi, d'être orientés et accompagnés afin de favoriser leur sortie la plus rapide possible de la précarité. La précarité sociale ne s’arrête pas durant la belle saison, elle ne prend pas de vacances estivales. Seule l'ouverture d'un lieu d'accueil à l'année permettra de la congédier durablement.

07:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : précarité sociale, abri de nuit, social. | |  Facebook |  Imprimer | | |

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