sylvain thévoz

28/06/2012

La Conversion de Saint David

Allelouhia, on en est presque tombés à genoux en écoutant Forum mercredi passé. Après avoir pourchassé les apostats qui défendaient qu'une autre économie était possible, qui prétendaient - les illuminés- que les cadeaux fiscaux ne descendaient pas du ciel mais avaient un coût cash pour les habitant-e-s, Saint David s'est converti. Chemin de Damas du grand argentier? Délivrance d'un donneur d'hosties; l'inspiré (entraînant avec lui le Conseil d'Etat in-corpore) parlait en langues - Salerno, sort de ce corps!- Il affirmait donc ne plus vouloir mettre tous ses oeufs dans le même panier, ses crucifix dans la même bassine; que les vitamines des forfaits fiscaux avaient crées un colosse aux pieds d'argile et qu'à trop jouer les Schwarzenegger, Genève pourrait bien se retrouver chocolat (et sans ses bras). Bon, il n'a pas dit cela exactement ainsi, Saint David, mais le souffle y était. Pourquoi cette conversion? A-t-il eu peur le visionnaire, annoté sa bible le vizir; revu ses interprétations, prévisions à la baisse sur les années à venir, est-il revenu à la raison ? Certes, Merckfistoseronofeles est passé par là, laissant dans l'air une odeur de souffre et sa traînée de souffrances. Le saint dogme de la croissance à tout crin pour aimanter tous les quartiers généraux de toutes les entreprises s'est écroulé. Vouées aux gémonies les forfaitures fiscales! Vade retro forfaitas! Saint David nous a baptisé d'eau bénite et d'un sermon de premier décroissant : la richesse sans la base ne durera pas.


Mais il faut rendre à Salerno ce qui appartient à Salerno. Diversification, économie sociale et solidaire, Saint David vénère aujourd'hui une vision qui n'est pas la sienne. Nous louons sa posture de premier communiant revenu à la raison, soulignons son respect de l'initiative sur les forfaits fiscaux du parti socialiste et sa volonté de convertir les entreprises non seulement en lévitation libre mais aussi incarnées et véritablement durables mais Saint David, à qui on aurait donné le bon dieu sans confession, et qui vendait il y a une année l'éternité au rabais, a retourné sa soutane et changé de chapelle pour défendre -enfin- le développement durable.

D'apôtre new-age avec galons d'apprenti sorcier, Saint David a fait retour a l'incarnation, et d'un monthéisme béat, il a fait un petit tas de bois pour une chaleur polythéiste. Nous ne savons pas ce qui s'est passé pour Saint David. "Salerno est grande et je suis son prophète" l'a-t-on entendu murmurer devant la National Bank of Abu Dhabi (NBAD), Eli eli Lama sabachtami aurait-il aussi glissé devant le mur des lamentations, des Bastions jusqu'à Rive.

A-t-il vu la lumière, l'apocalypse débouler? Sont-ce les sombres perspectives des baisses d'entrées fiscales qui lui ont fait méditer les risques de la monoculture financière et risquer sa foi verte de charbonnier? Bourronnements des feux de l'enfer et cymbales des diables? Sandrine Salerno, telle Ananias, paraît envoyée pour guider l'égaré, rendu aveugle et sourd par la révélation. Elle pourrait se nimber d'une auréole, préparer un panier pour la fuite du pourfendeur devenu saint le long des remparts du dogme - car la garde noire voudra sa peau- mais non. Car le seul panier dont elle se soucie, c'est celui de la mènagère.

N'oublions pas trop vite les saigneurs. Car si les membranes sont tombées des pupilles de Saint David, le veau d'or, composé avec les boucles d'oreilles et les économies des genevois est encore bien planté sur ses quatre pattes; la fonte des pièces a coûté cher. Alors, Saint David, revenu à la religion de vos mères (sol et travail), priez pour nous pauvres pécheurs soumis à la dime pendant que d'autres rient de l'impôt. Priez pour ceux qui entrent en grève de la faim quand leur boss à distance les balance. Et retournez aussi de temps en temps prendre conseil à l'isoloir et vous y confesser, de peur qu'un vote sanction et la colère des genevois ne vous y condamne. Car, Saint David, nul ne devient prophète en son pays... en tous cas pas du jour au lendemain.

 

 

10:18 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : multinationales, décroissance, économie sociale et solidaire | |  Facebook |  Imprimer | | |

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