sylvain thévoz

23/06/2012

Les roses et les clous

Le Parti Socialiste, un groupe comme tant d'autres. En son sein: des chefs, des leaders désignés, auto-proclamés, refoulés, des envieux, des généreux, des ambitieux, des altruistes. Rien de bien singulier, un groupe comme il y en a tant: dans le monde du travail, sportif, associatif. Un groupe composé presque exclusivement de bénévoles (du latin benevolus: de bonne volonté) unit autour d'idéaux et de désirs communs, mais en proie a des rivalités aussi, des luttes, internes, externes. Saine les luttes: pour grandir, s'affirmer, se développer et lutter contre les inégalités sociales et accroître le pouvoir des citoyen-ne-s. Ceux qui reprochaient au PS son manque de transparence en sont quitte pour leur salive. C'est un signe de démocratie et de vitalité que de laver son linge sale en famille et en plus de l'étendre aux fenêtres. Aujourd'hui, même les petites culottes sont alignées au balcon, et il n'y a pas à en rougir, c'est cela le déba(llage) démocratique.


Laver son linge sale en famille et le suspendre aux fenêtres démontre à mes yeux la richesse des mouvements à l'intérieur du parti. La force des divergences, aussi, mais diable, comme dans tous groupes vivants! Ici, pas de leader auto-proclamé qui verrouille les discussions, pas de conducatore ou de lobbies influents qui font la pluie et le beau temps. Chacun-e est libre d'exprimer ce qu'il pense (et ne s'en prive pas). Lorsque je parle avec des ami-e-s qui hésitent à s'engager et leur propose de rejoindre le parti, elles me disent parfois craindre une main-mise, d'y perdre leur individualité, autonomie, au profit de la voix unique, du dogme. Ce qui se passe ces jours, ce bouillonnement, montre qu'il n'en est rien. Les individualités sont plus fortes que le groupe et l'emportent sur lui. Mais ce sont des dynamiques, des cycles. Le groupe l'emportera ensuite sur les individus, et ça balance toujours ainsi, pas de quoi en faire un drame. Faut juste gérer les amplitudes. Quand les individus sont très forts, le groupe est peut-être affaibli, mais quand le groupe est tonique, il se dote de leaders à son image aussi, ce qui le renforce en retour. Cercles vertueux. Les individus sont au service du groupe, mais le groupe est aussi une composition de chacun-e. Cette liberté donnée à chacun-e, dans le groupe, d'entreprendre, de risquer sa parole, engage, pour le groupe, celui de la perdre. Cette passionnante (et parfois douloureuse) aventure humaine de constituer un groupe et d'y négocier non seulement sa place, sa parole mais aussi son pouvoir, nous le vivons, je crois, au PS, comme dans tout groupe, avec intensité et passion. Nous ne sommes pas, sauf le respect que je leur dois, un club de philatélie ou d'entomologie, et c'est très bien ainsi. Le social n'est pas donné, il est à construire, et ce n'est pas une affaire mathématique, mais une aventure dans la pâte humaine et donc toujours à risque. Il y a du levain, des failles, et des fragilités.

Non, le PS n'est pas une bonne mère angélique, ni à l'image de Tatie Danielle, il est un collectif de gueules, de caractères et de passionné-e-s. Là où certains se contentent de verre d'eau, il sert des tsunamis. Bien! Mélange d'influences, de désirs, de rejets, de greffes, d'adhérences. Il mélange les classes sociales, les âges, les sexes et les langues en nommant, ouvrant des arênes de débats, expression de la démocratie encore. Le PS le fait à fond et parfois cela le défait un peu, mais pas grave. Faut juste doser les ouvertures et bien tirer sur les liens.

Et puis, cette expérience de la blessure, du manque et de la perte, est salvatrice. Il nous fallait peut être aussi goûter à l'éponge imbibée de vinaigre, connaître le deuil et la déchirure, pour mieux entendre les deuils et les déchirures de chacun-e, être encore plus proche des impatient-e-s, des exigeant-e-s, comme force de changement. Le PS, est peut-être aussi, en ce moment, à son corps défendant, à l'image des fragilités du corps social, et en cela, il est en phase avec les difficultés de chacun-e. Ce que l'on pourrait lui reprocher c'est de l'être plutôt trop, au point de s'y confondre.

Mais à plus d'un an des prochaines élections au conseil d'Etat, le timing est bon. L'été sera bien suffisant pour la purge, les prières, et pour panser les plaies avant de sonner à l'automne le rassemblement pour se mettre en ordre de marche. Après la déroute, temps des émotions et temps du deuil, il faut bien enterrer les morts, correctement soigner les blessés avant de resserrer les rangs. Le PS est en rephasage, il a choisi de le faire à la dure, sans anesthésie, sans hypocrisie, par la méthode la plus démocratique qui soit: dans la parole et par le débat d'idées. Après la crucifixion, la résurrection, l'élection passée était un chemin de croix, celle à venir sera autre. On ne monte pas deux fois sur la même croix quand on a bien senti les clous.

 

22:54 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : parti socialiste, élections, crucifixion | |  Facebook |  Imprimer | | |

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