sylvain thévoz

14/06/2012

Festifoot: fête à la censure

"Il est hors de question de diffuser un clip d'une telle violence et susceptible d'engendrer celle-ci sur notre esplanade. Je vous rappelle que les forces de l'ordre sont présentes sur le site et que leur image en serait détériorée." La réponse de l'organisatrice de Festifoot à la question de savoir pourquoi une vidéo d'Amnesty International n'avait toujours pas été diffusée sur l'écran géant de l'esplanade des Vernets est martiale. Olivier Francey, dans un article Tribune de Genève du 14 juin, met en exergue la censure opérée par l'organisation. La gouvernance à la mode ukrainienne s'inviterait-elle à Genève? Lors du dépôt de la motion socialiste au conseil municipal demandant la non-diffusion des matchs de l'eurofoot ayant lieu en Ukraine en raison du non-respect des droits humains les plus élémentaires dans ce pays, la droite avait poussé des cris d'orfraie, criant à la censure en arguant du fait que le sport n'a rien de politique. Or, on le voit aujourd'hui, non seulement le sport est politique mais ceux qui ont pour tâche de le diffuser et de faire de l'argent avec, aussi. Madame Andersen (d'obédience libérale-UDC), assume avoir pris seule le soin de censurer le clip d’amnesty international avant les matchs de l’eurofoot sur l’esplanade des Vernets. En Ukraine, et à Genève, désormais, la libre expression à ses limites, qu'on se le dise, faut pas que ça dérange, ni mette en cause le pouvoir policier, économique et donc moral en place. Sinon: couic, on coupe.

 


Suite à la rapide décision du magistrat Sami Kanaan de donner une tribune aux défenseurs des droits de l’homme, on pouvait s’attendre à ce que l'organisation de cette messe footbalistique prenne la balle au bond et fasse son possible pour diffuser des messages sensibilisant les spectateurs à la situation socio-politique en Ukraine. Mais non, madame Andersen a d'abord choisir de pratiquer l'art du passement de jambes, avant de forcer le contre-pied et décider, seule, que ce clip était trop violent (parce que la réalité sociale en Ukraine, elle ne l'est pas peut-être?) Faut-il s'en inspirer désormais pour censurer la diffusion de scènes d'amour à Ciné-Transat de peur que ça partouze dans les parcs, et plomber les westerns pour éviter les duels au pistolets dans la rue? Réponse à la prochaine diffusion d'un film ou d'un match de foot en public...

La fourmi n’est pas prêteuse dit le dicton. Tant que la diffusion portait sur des publicités pour rasoirs, hôtels de luxe, et bières, un peu sexistes, un peu machistes, oh rien de méchant, il n'y avait pas de quoi troubler l'ordre public hein, tout allait bien. Mais lorsqu'il s'est agit de diffuser des images dénonçant des abus policiers (de montrer du réel donc et plus du rêve), alors là, fini, on baisse le rideau. Il y a menace sur le psychisme des spectateurs et sur l'ordre social! A la question politique portant sur la manière dont il faut entourer la diffusion d'événements sportifs, la droite défend le laisser faire économique prétendu a-politique en mobilisant l'appareil sécuritaire. Faut pas perturber la vache à lait lorsqu'elle rumine.

L'argent a-t-il une odeur? La Ville de Genève ne doit pas apporter sa caution à la censure. Les éventuels bénéfices que la Ville retirera de l'événement Festifoot par la mise à disposition de l'espace public (35'000 francs attendus) pourraient, par exemple, être reversés à des associations défendant les droits humains en Ukraine ou à une associations féministe de type Femen, bannies, elles, de l'orgie glamour et médiatique offerte aux spectacteurs entre deux matchs de foot aux Vernets...

13:51 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eurofoot, festifoot, amnesty internationale, ukraine, usage de l'espace public | |  Facebook |  Imprimer | | |

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