sylvain thévoz

09/06/2012

Auschwitz anti-chambre du foot

Dérive d'un fascisme new-âge ? L'équipe d'Italie de football après la Hollande et l'Allemagne est donc allée à Auschwitz pour, dixit Capello: "remettre les pieds sur terre et retrouver la sérénité" (Le Temps, 9 juin) Ben oui, avant les équipes se mettaient au vert, maintenant elles vont au gris et ça fait un drôle de mélange vert de gris, médiatique. Où est le problème? Ben, c'est quand même un peu choquant d'aller à Auschwitz pour le team building ou recharger ses batteries comme on va à Disneyland, non? Choquant, alors que l'on représente un pays d'utiliser ce lieu non pour des fins de mémoire ou pour rendre hommage aux morts, pour dire : "jamais plus" mais pour y gagner en puissance avant d'aller affronter d'autres nations en compétition,non?


Pour ceux qui veulent nous faire croire que le sport et le politique sont complètement étanches et n'ont rien à voir ensemble, ils repasseront. Au-revoir Platini, Challandes et autres prêtres du sport-business qui maintiennent le couvercle sur la marmite. Car il est impossible de croire encore que le sport-business et le foot sont uniquement du sport. Ils sont imbibés de politique jusqu'à l'os, à la moelle, ils en sont rongés même. Les milliards engloutis en Ukraine pour aménager des stades et des infrastructures, alors que le pays manque de presque tout en sont la preuve. Le foot est devenu un produit de consommation comme un autre, ou plutôt: pire qu'un autre, car son engouement fascinant permet toute les dérives et couvre tous les abus; il permet de les dissimuler en même temps qu'il les révèle.

Dans le cas de la visite à Auschwitz, ce n'est pas l'équipe d'Italie qui est à pointer du doigt, ni la légèreté avec laquelle les stars médiatiques peuvent se promener d'un champ social à l'autre en toute "innocence", mais le capitalisme, qui fait de tout objet un sujet de consommation pour procurer un plaisir plus grand. Le capitalisme qui appelle au plus-que-jouir dans le champ marchand et au manque-à-jouir en dehors de celui-là. Le capitalisme qui pousse à jouir et sèvre dans un même mouvement. Le capitalisme qui fait de tout objet un moyen pour une jouissance finale plus grande, mais jamais atteinte, toujours à poursuivre, langue pendante devant l'écran (et si on peut au passage détester l'autre, c'est encore mieux).

Car le but final, pour l'équipe d'Italie (mais l'Allemagne, la hollande, y sont allés aussi apparemment, faut croire que c'est trendy), n'était pas la visite à Auschwitz, cela, c'était juste un moyen pour produire de meilleurs matchs. Matchs qui sont eux-mêmes un moyen, pour produire du joli jeu, du spectacle : une jouissance plus-grande. Jouissance visuelle jamais aboutie, c'est comme au peep-show, faut payer pour espérer voir la fin.. et la fin est inenvisageable.

Entraînés dans la roue infinie de la consommation, tout est bon à prendre pour l'alimenter. Le sperme masturbatoire devant le porno, les corps féminins pour l'achat de bagnole, les paroles des intellectuels pour vendre des armes, et bien entendu, le corps des footeux pour le show, pour faire oublier tout le reste, faire la trêve, la fête, se vider la tête durant trois petites semaines, etc., Malheur à celui qui essaiera de mettre un grain de sable dans la machine. Gare-à-lui le vilain moraliste, le censeur qui méprise le peuple et ses besoins. On ne va pas nous retirer le pain de la jouissance des yeux ainsi! La machine pornographique est lancée à pleine vitesse, faut pas l'arrêter, pas freiner le besoin obscène de jouir, même si pour cela on marche sur les morts et au passage méprise l'histoire.

Le capitalisme fasciste est à bout touchant. Il a fait d'Auschwitz un vestiaire de foot et une salle de répétition avant un show à millions. Il a fait du champ politique un jeu médiatique. Bien sûr nous voulons du jeu et jouir, la libido le commande, il ne s'agit pas de s'en priver, mais nous pouvons aussi éteindre la télé et faire comme ces hommes et femmes politiques qui ont eu le courage de boycotter cet Eurofoot décidément bien pourri et ne pas le cautionner. Nous pouvons tirer la prise et ne pas alimenter la machine.

 

 

 

 

 

12:05 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eurofoot, politique, sport-business | |  Facebook |  Imprimer | | |

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