sylvain thévoz

05/06/2012

Foot-business ou justice sociale?

Ce vendredi débute l'eurofoot en Ukraine et en Pologne. En Ukraine, l'emprisonnement de Ioulia Timochenko jette une lumière crue sur le mépris pour les droits de l'homme affichés par le pouvoir en place. La question que se posent les gouvernements européens est celle de savoir s'ils se rendront en Ukraine. Et à Genève, se pose-t-on la question de l'attitude à adopter? Faut-il diffuser les matchs comme si de rien n'était? Le fait que le football est le sport avec le taux d'audience le plus fort, qu'il est un évènement rassembleur et festif, ne doit pas servir à couvrir les agissements d'un pouvoir politique inique. Se régaler de matchs sans y porter attention serait cynique. Derrière l'eurofoot viendra le mondial au Brésil en 2014. Une campagne de Solidar a mis sur le terrain les plus de 150'000 personnes déplacées afin d'aménager un mondial le plus glamour possible. Et ensuite viendront les jeux d'hiver de Sotchi en Russie.... La question se pose donc de l'éthique à avoir en matière de retransmission sportive, de l'emballage qu'il faut ou non leur donner (message d'introductions, scène offertes à des ONG, etc.,?) La Ville de Genève ouvre et finance un bel espace devant la patinoire des Vernets pour la diffusion des matchs, avec DJ et stands de bière. Offrir cet espace pour des ONG défendant les droits de l'homme et pouvant sensibiliser les spectateurs ne serait-il pas bienvenu?  


Il ne s'agit pas d'être moraliste, mais politique. Le foot-business et le spectacle prime-t-il sur la justice sociale? N'y aurait-il pas un coup politique à jouer pour Genève en choisissant de ne pas diffuser les matchs ayant lieu dans les villes ukrainiennes de Donetsk, Lviv, Kharkiv et Jyiv (finale) et de le faire savoir ? Si cela est trop radical et prive de spectacle les citoyens qui le réclament, ne serait-il pas alors possible, par exemple, en même temps que le match est diffusé, en simultané, d'avoir un chronomètre qui indique en temps réel la durée effective d'emprisonnement de Iulia Timochenko (en jours, heures, minutes...) soyons créatifs. Montrons aussi l'envers du décor de ces événements à haute audience visuelle. Utilisons-les comme tribunes sociales, ici, dans le domaine où notre champ de compétence s'exerce.

Peu importe ce que la Ville de Genève choisira de faire, elle doit maintenant prendre position et assumer le fait de demeurer muette et de cautionner de facto le sport-business en général sans sourciller, soit au contraire, elle doit se servir de ces levier extrêmement médiatiques et communiquer, pour jouer son rôle, modeste certes, mais essentiel, de capitale des droits humains. A mon avis, Genève doit prendre position contre les injustices sociales et les abus des pays organisateurs afin que ces grandes messes sportives ne soient pas qu'une affaire rentable en matière d'image mais aussi engageante en terme de droits humains.

16:25 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eurofoot, ukraine, droits de l'homme, politique | |  Facebook |  Imprimer | | |

Les commentaires sont fermés.