sylvain thévoz

11/05/2012

Travailleurs de tous cols unissez-vous

topelement.jpgJeudi, les employés de Merck Serono ont marché "tous ensemble tous ensemble" sur l'hôtel de Ville pour rejoindre les 1200 fonctionnaires du Canton mobilisés pour la grève. Sur les dos "indignez-vous" et dans les bouches ce "tous ensemble tous ensemble" crié à donner des frissons. Aux terrasses du Bourg-de-Four, joli soleil de mai, personne n'a quitté son expresso pour rejoindre le cortège. Le combat social promet d'être violent ces prochains mois, comment se préparer à y aller armés? Partis politiques, syndicats, commissions du personnel, les ressources sont disponibles. Je veux m'engager avant d'être shooté.

 


La commotion tue ou fait bouger. Le licenciement annoncé des 1250 employés de Merck Serono, et des 500 autres personnes travaillant dans d'autres services (nettoyage, électriciens, etc.,) le plus grand que Genève ait connu, choque. Il est puissant de voir des travailleurs, jusqu'alors non-syndiqués pour la plupart, ne faisant pas partie de partis politiques pour la majorité, se retrouver sur les pavés pour crier "tous ensemble tous ensemble". Ils pouvaient penser vivre non pas à l'abri mais distancés des enjeux politiques locaux et des luttes sociales. Ces derniers les ont rattrapés. Alors "tous ensemble", OUI, mais le plus tôt possible avant de plonger dans la panade. Les Merck ne sont pas des victimes, ils le prouvent aujourd'hui, par leur lutte. Ils exigent le respect de leurs droits. Mais dans le monde du turbocapital moulinant bien huilé avec la FER (Fondation des entreprises romandes), les actionnaires des groupes et les partis politiques de droite bien soudés, comment les travailleurs en sont-ils venus à se soucier davantage de leur pouvoir d'achat que de leur pouvoir de droit?

Les Procters sont-ils descendus dans la rue en solidarité pour les Merck? - Non- Les Merck seraient-ils descendus pour les Procters? Je ne crois pas. Est-ce que les UBS, les Pictet, les Hsbc descendront dans la rue pour qui que ce soit? Chacun continuera-t-il d'espérer, la tête dans les épaules, que la charriotte passe à côté de lui, dans la boîte d'à-côté ou dans le bureau conjoint ; que la foudre tombe plus loin? Alors certes, le Conseil d'Etat n'a pas vu venir la claque, et il est responsable d'avoir, avec une politique de bradage via ses forfaits fiscaux, ouvert les portes au tout-jetable. Mais le discours qui fait porter la responsabilité aux rapaces de l'économie ou aux impuissants du politique égare. Ces discours donnent encore tout pouvoir à des forces qui se défaussent. Cherchant dans le labyrinthe du pouvoir qui l'a, je tire un fil jusqu'à l'impasse, entre Darmstadt, Pékin ou New-York. Le seul pouvoir réel, disponible ici et maintenant, c'est celui que les travailleurs obtiendront en se regroupant en se préparant à la lutte, avant de recevoir des projectiles (des lettres de congé). Car ça flingue par lettres et par e-mail maintenant, pas de traces. Le turbocapital se veut vaporeux. Les corps résistent.

Ce licenciement massif chez Merck Serono apparaît comme la déclaration explicite d'une guerre qui semblait jusque là se mener ailleurs. Novartis, ouf, c'était passé près, à Nyon, chez nos voisins Vaudois, on s'en sortait bien. Le principe d'extraterritorialité ne joue plus. Les tirs se sont rapprochés et c'est ici et maintenant que ça cogne. Alors, travailleurs de tous cols, unissez-vous. Rejoignez un parti politique, un syndicat, amenez vos expertises, expériences, connaissances du terrain, cotisez-vous, soyez des chevaux de troie plutôt de la chaire à canons. Personne n'aura de badge-talisman pour se protéger, que ce soit à la Migros, chez Procter, ou à l'ONU. L'humain ne pèse pas grand chose pour le turbocapital, il est un carburant. Acteur ou victime, le turbocapitalisme laisse peu de choix, mais il permet de voir plus clair. Je distingue deux chemins. Le premier mène au turbin comme si de rien n'était, avec la crainte de la charrette au bide et en alimentant des vampires. Le deuxième à l'arsenal collectif où je me donne des armes sociales pour me préparer à la lutte et l'engager, ici et maintenant.

09:41 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : merck serono, emploi, engagement, syndicats, parti politique, solidarité | |  Facebook |  Imprimer | | |

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