sylvain thévoz

04/05/2012

Panem castagne et circenses

été06 085.jpgLa castagne politique est-elle le seul sport pratiqué à Genève ? A ceux qui seraient tentés de dire oui, la renaissance des Jeux de Genève la semaine prochaine (12-13mai) les calmera. Voilà un projet fédérateur qui allie à la fois histoire et jeunesse, porte un élan gorgé d’envies. Les vertus sociales intégratives et les bénéfices pour la santé physique, mentale, communautaire, du sport sont reconnus. Pourtant, utilise-t-on assez le sport, ses potentiels ? Doit-il aider à résoudre tous les problèmes sociaux, est-ce son rôle ? Politiquement, Genève doit-elle, peut-elle viser l’organisation de grands événements, sachant que ces derniers sont de plus en plus chers et que le développement durable n’est pas leur souci premier ?


Quelle caution politique donne-t-on en accueillant ou diffusant de grands raouts sportifs ? L’emprisonnement, depuis 2011, la maladie et la grève de la faim de Ioulia Timochenko en Ukraine jettent un voile sur le régime co-organisateur de l’Euro 2012. Des pays comme l’Autriche, l’Allemagne, prévoient de ne pas envoyer leurs représentant-e-s assister aux matchs. Dans ce contexte, la Ville de Genève doit-elle se poser la question de maintenir ses DJ vedettes aux Vernets et faire la fête du « sport-business » dans la « fan zone » en diffusant les matchs qui se dérouleront sur territoire Ukrainien ? La Ville pourrait-elle jouer dans la cour des grands, décider de boycotter un tel événement;  ou alors, le sport c’est le sport, et la politique autre chose ? Panem et circenses, et rien d'autre ? On ne touche pas au veau d'or? 

 

Depuis l’accession de Sami Kanaan, socialiste, à la tête du département de la culture et le rattachement du service des sports à celui-ci, sport et culture sont conjoints en Ville. Pourtant, si ces deux domaines sont massivement subventionnés, l’un tourne avec un apport majeur de bénévoles et distingue clubs d’élites et associations pendant que l’autre finance massivement des institutions (musées, théâtres) qui n’ont, évidemment, pas le profit comme objectif premier. Le Canton, qui avait jusqu’alors un rôle subsidiaire souhaite maintenant jouer les avant-centres. Si ce dernier, avec toutes ses difficultés politiques et des perspectives financières inquiétantes n’a pas les moyens de ses ambitions, la Ville, dotée d’un département « lourd » de plus de 240 millions en a-t-elle suffisamment ?

 

Le coup de sifflet d’envoi de plusieurs matchs est donné (on joue portant déjà, pour certains, les prolongations). Match du partage des compétences entre la Ville et le Canton, des péréquations financières, et des ressources fiscales. Match des rénovations des installations sportives, des constructions de nouvelles infrastructures ; Genève a du retard en la matière et les demandes sont criantes. Match enfin des nouvelles pratiques sportives liée au vieillissement de la population et à l’émergence de nouveaux publics (sport féminin, sport-handicap, etc.,).

 

Si la finance démonétarisée et les nouvelles technologies s’affranchissent des supports et laissent croire à un espace dé-corporalisé, la leçon et la vertu du sport est de nous y ramener. Le corps, avec son potentiel de croissance, ses aspirations et ses limites, est un lieu de résistance à la volatilité dématérialisée. Il est aussi un enjeu de société majeur qui ne doit ni être instrumentalisé ni naïvement contemplé comme n’engageant pas un discours et un positionnement politique fort. Panem et circenses, est-ce bien cela que le peuple désire ? Si oui, la castagne politique peut continuer, et les Dj valser. Si non, il faudra se poser la question des finalités et des buts pour le sport à Genève.  

 

10:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sport, genève, politique, timochenko, eurofoot | |  Facebook |  Imprimer | | |

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