sylvain thévoz

21/04/2012

Mendie, c'est de la bonne!

download.jpgEst-ce que parce que 3500 personnes ont signé la pétition demandant l'abrogation de la loi anti-mendicité votée en 2007 par les collègues de parti de Madame Isabelle Rochat, messieurs Jornot et Lüscher, que cette dernière perd le sens de l'équilibre? En effet, on peut lire dans Le Courrier du samedi 21 avril une édifiante prise de position de la magistrate en charge de la police. Que répond madame Rochat au dépôt de cette pétition demandant la non-criminalisation de la mendicité? "Que le phénomène de la mendicité fonctionne par vagues. Qu'aux mendiants succèdent des populations au comportement plus difficile suivis ensuite dans un troisième temps par de vrais délinquants." Madame Rochat rejoue là une vieille ritournelle, celle, erronée, que l'on pouvait entendre concernant le cannabis (le premier joint conduit à la drogue dure). Elle fait un amalgame direct et dramatique entre précarité sociale et crime. La présence de mendiants serait un appel d'air conduisant au crime. Or, si le mendiant est un pousse au crime, la pauvreté doit logiquement être interdite et pénalisée. Cette logique, si elle est cohérente, n'en est pas moins démente. On ne lutte pas préventivement contre la pauvreté avec un code pénal. Cette logique folle, c'est exactement celle que dénoncent les pétitionnaires : la mendicité, la pauvreté, ne sont ni un crime ni un appel au crime. Il faut donc les sortir du champ pénal et ramener Madame Rochat à la raison (à défaut de pouvoir l'empêcher d'appliquer strico sensu la loi); et ainsi l'empêcher de faire passer les menottes aux pauvres par ses pandores, comme le décrit si bien Marguerite Contat-Hickel, présidente de l'Assemblée Constituante, dans la Tribune du 20 avril.


Pourtant: "Isabelle, mendie, c'est de la bonne"! aurait-on envie de lui crier si on la suivait dans sa logique. Car l'entretien du Courrier se poursuit, et la confusion de la magistrate entre précarité sociale et comportement criminel aussi. Quelles sont les pistes qu'esquisse la magistrate pour lutter contre la mendicité : "Adaptation du droit, collaboration avec la police municipale, mise en service d'une nouvelle brigade anticriminalité visant à lutter contre les pickpocktes, les zizous et autre joueurs de bonneteau!" Mendiants, zizous, joueurs de bonneteaux et pickpockets sont indistinctement tous jetés dans le même panier à salade!

De cet entretien, on retire une leçon: que les polices cantonales et municipales, si elles prétendent tirer à la même corde ne le font pas. Comme nous le confie un haut fonctionnaire de la Ville, les services de monsieur Maudet se passeraient bien d'évacuer les campements de fortune des Roms sous les ponts s'ils n'y étaient contraints par la gendarmerie. Or, comment collaborer quand certains veulent évacuer et d'autres non? Si Madame Rochat oblige Monsieur Maudet à faire le sale travail, et ses employés à jeter les doudous des enfants et leurs médicaments dans les bennes à ordures, comment attendre de ces mêmes services municipaux qu'ils collaborent de gaieté de coeur avec les gendarmes? Et lorsque les gendarmes ont le sentiment de faire l'ennuyant travail administratif pour les agents de police municipaux, n'est-il pas légitime qu'ils nourrissent un complexe de supériorité et fassent passer ceux-là pour des gardes platanes qui ne vont pas au bout de leurs actions? Comment est-il possible, entre ville et Canton que les deux magistrats chargés de la police collaborent aussi mal, qu'il n'y ait pas plus d'unité, et que ce problème des champs de compétences ne soient pas réglés? Voilà la vraie question, mais elle est, c'est certain, plus difficile à gérer que de stigmatiser les pauvres et de criminaliser les mendiants. Pourtant, ne pas s'y attaquer coûte beaucoup plus cher.

En résumé, aujourd'hui, on fait payer aux pauvres, aux mendiants, et aux citoyen-ne-s, le manque d'entente entre les deux magistrats chargés de la police à la Ville et au Canton. La perspective des élections complémentaires du 17 juin au Conseil d'Etat, pour lesquelles Monsieur Pierre Maudet est candidat laissent donc légitimement poindre une interrogation. Si Madame Rochat et monsieur Maudet, membres pourtant du même parti politique, s'entendent déjà si mal à distance en poliçant tous deux des problèmes sociaux à outrance, est-il raisonnable de risquer encore plus gros en cherchant à les faire vivre ensemble? Et de tenter le coup de dé d'une cohabitation rapprochée? Mariage de la carpe et du lapin, n'est-il pas préférable de les laisser aplanir tout d'abord leurs dissensions à distance, et si possible pour eux, que cela ne soit plus fait sur le dos du pauvre, du mendiant et des citoyen-ne-s.

14:44 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, police, criminalité, conseil d'etat, isabelle rochat | |  Facebook |  Imprimer | | |

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