sylvain thévoz

07/02/2012

Mort aux bastions, maire aux abois.

Un homme est mort dans les toilettes publiques du parc des Bastions le dimanche 29 janvier, d’une overdose de produits stupéfiants et d’abus d’alcool. Drame humain, drame social, drame de la précarité. Echec aussi d’un système de prise de soin, liés à l’insuffisance des moyens pour lutter contre la précarité sociale ? L’homme avait pourtant fait de nombreux séjours à Belle-idée, notamment lors des derniers trois mois avant le drame. Il en est pourtant ressorti, ni plus guéri ni plus abîmé, mais ne disposant en tous les cas pas de filets de sécurités suffisant autour de lui pour ne pas mourir gelé dans l’espace public du parc des Bastions un soir de janvier.  


Après le drame, la polémique enfle. Certains accusent les indignés, et la gauche dans son ensemble, qui les soutient, que le campement ait pu demeurer en place. Mais il est abject, après le drame, de faire de la récupération politique sur un air de « je vous l’avais bien dit ». Le maire de Genève, Monsieur Pierre Maudet, le fait pourtant, en utilisant et instrumentalisant ce drame humain à seule fin de démontrer que le camp des indignés devait être évacué « comme il l’avait bien dit ». Mais c’est pourtant lui qui, en se désolidarisant- la belle affaire, un maire démissionnaire !- de la gestion du camp des indignés, et décidant seul que cela ne le regardait pas, alors que le camp était installé sous les fenêtres de la mairie, dans l’espace public dont il a la gestion, a laissé pourrir la situation. La juste évaluation de la situation et de ses possibles conséquences n’a alors pas été prise. Plutôt que de compter le nombre de présents avec des détecteurs thermiques, n’aurait-il pas fallu mettre des moyens supplémentaires en termes de travailleurs sociaux, de volontaires de la protection civile autour de ce campement pour garantir un minimum de chaleur plutôt que de s’en désintéresser purement et simplement d’une manière naïve ou pire, cynique peut-être, en s’en lavant les mains ? Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait, pourquoi des mesures pour éviter ce drame n’ont-elles pas été prises ? Voilà les véritables questions qui se posent aujourd’hui, et trop tard.

Non, ce n’est pas le camp des indignés qui a tué ce jeune homme. Le décès, l’an passé, dans l‘abri de la protection civile, rue des Vollandes, d’un toxicodépendant à la même période ou presque en atteste -la détresse humaine des personnes marginalisées en fait des survivants précaires.- C’est donc avant tout la guerre économique, la réduction des budgets de l’aide sociale, et les politiques individualistes gommant les solidarités qui sont mortifères. Mais ne nous voilons pas totalement la face non plus, ce sont bien aussi les interprétations politiques divergentes liées, entre autre, à la non-volonté du maire de la Ville d’accepter ses responsabilités collégiales et de chercher une solution autre que la cryogénisation de ce lieu, qui ont conduit au drame.

Aujourd’hui, cet espace est devenu, par cet événement dramatique, et plus que jamais désormais, un lieu d’indignation. Indignation au nom de toutes les fragilités, des misères sociales, des marginalités que les structures d’accueil ne peuvent plus accueillir par insuffisance de moyens. Marginalités qui s’autodétruisent trop souvent dans les espaces silencieux des lieux privés. Indignation aussi au nom de toutes les associations, des bénévoles, qui rament avec des moyens limités pour éponger la casse quotidienne que produisent l’économie et la recherche du pur profit. La semaine passée, lors d’un débat avec Sandrine Salerno, Blaise Matthey, représentant de la FER (Fédération des Entreprises Romandes) affirmait ne pas voir l’échec du système économique et montrait son téléphone portable comme sommet de réalisation de la croissance ! Aujourd'hui, il faut le dire : le drame des Bastions est aussi la plus pure réalisation de ce système économique ! (ainsi que son plus sanglant démenti).

La nécessité de l'indignation est plus forte que jamais. Indignation face au drame individuel, mais surtout face au crime économique et humain. Nécessaire indignation  pour qu'un tel drame ne se reproduise plus jamais dans une ville prospère comme Genève. Et ce n’est pas en évacuant, ou pas, le camp des indignés, comme le voulait, ou pas, monsieur le Marie, que cette question sera résolue. Elle est, on le comprendra beaucoup plus vaste et complexe. Elle nécessite l'engagement de toute et tous.    

12:58 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : précarité sociale, bastions, indignés | |  Facebook |  Imprimer | | |

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