sylvain thévoz

03/02/2012

Oui à la mendicité

A Genève, la mendicité est punie par la loi depuis novembre 2007, mais on devrait plutôt écrire : les mendiants sont punis par la loi; et pour être plus juste : les mendiants Roms sont stigmatisés par un édit qui fait d’une nécessité vitale un crime. Les amendes distribuées sont convertibles en jours de prison. Etre pauvre et le montrer est donc un crime puni d’emprisonnement. Par cette loi, c’est la pauvreté qui est visée, bannie de l’espace public, et le pauvre prié de s’enfermer chez lui. Et quand il n’a plus d’espace privé? Il est condamné à aller se faire voir ailleurs.


Dans cette période de crise où nous sommes soumis à l’extrême précarité des conditions de travail, des réseaux d’entraide, des impossibilités de logements et de fragilisations des finances publiques par les politiques de droite visant à toujours moins de recettes fiscales au bénéfice des plus riches, il est urgent d’abolir cette loi qui enlève au citoyen appauvri la possibilité de trouver par lui-même et via la solidarité de ses pairs des moyens de subsistance. Il est aussi important d'abolir cette loi, car elle interdit aussi de contester, dans une démarche spirituelle, les conditions profondes d’inégalités sociales de notre société. La pauvreté n’est pas un crime, n’en déplaise aux députés de droite qui ont voté cette loi, et parmi eux un certain Olivier Jornot qui sera, dès le premier avril, procureur général de la Ville de Genève.


Maintenant, il faut s’interroger : le véritable projet politique de cette loi n’est-il pas surtout de tuer dans l’œuf toute possibilité de solidarité sociale, de stigmatiser le Rom comme porteur de tous les maux au nom d’un hygiénisme social à peine déguisé et ainsi isoler le pauvre et criminaliser la pauvreté ?


Qu’advient-il de notre société de tradition chrétienne où la mendicité et la solidarité avec les plus pauvres est le fondement de la solidarité sociale, une solidarité sociale qui ne se définit pas en terme de passeport de sexe ou de couleur de peau mais de dignité humaine; principe, protégé par l’article 7 de la Constitution fédérale ? De nombreuses associations et partis politique, dont le Parti Socialiste soutiennent cette pétition visant à abolir l’article 11A de la loi pénale genevoise relative à la mendicité. Une journée débat sur le thème « mendicité l’amende ou la pitié » aura lieu le 2 mars dans les locaux de la faculté de théologie de l'université de Genève. Parce que nous croyons que la police a mieux à faire aujourd’hui que de perdre du temps à courir après les mendiants, et que nous sommes tous des pauvres en puissance (ou en impuissance), il est vital de signer et de faire signer cette pétition téléchargeable sur le site du Parti Socialiste, de l’association Mesemrom, de la Cotmec (commission tiers monde de l’église catholique) et des autres associations engagées afin d'adresser un message clair aux députés: Oui la mendicité est un droit irrévocable du citoyen afin de survivre économiquement, et cela, peu importe d'où il vient.

14:40 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mendicité, inégalités sociales, genève, loi, roms | |  Facebook |  Imprimer | | |

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