sylvain thévoz

05/12/2011

Indignes ou indignés? Bastion-HUG.

001.JPGPour s'indigner aujourd'hui, faut-il être indignes, retirés de la marche bien pensante, mis de côté (et il y a plusieurs manières d'être à côté, sur ce point,l'économique ne prime pas)? Les indignés, retranchés aux Bastions, sont indignes, car ils réclament avant tout ce qui ne se calcule pas, ne se monnaie pas. Aujourd'hui, réclamer cela, c'est un vrai sacrilège. Qu'exigent les indignes? Une visibilité, une reconnaissance, en somme: une dignité. Des queues de cerise, quoi! Mais ils la réclament pour tous et toutes. Pour certains, ce mouvement est proprement hallucinant ou alors anodin. Les intérêts des intéressés se moquent bien de cette revendication. Mais attention, demandez aux grévistes des HUG ce qu'il en est des rapports de force quand on touche à la dignité et qu'en plus on la monnaie et c'est un autre chapitre.


Ces indignes, travaillent-ils? campent-ils? s'amusent-ils? ont-ils un i-pad, i-phone, et si ils en ont un, de quoi se plaignent-ils alors? Qui sont-ils? Leur contestation est éthique, on leur sert de la morale:  si tu bosses: tais-toi, tu as de la chance d'avoir un job. Si tu ne bosses pas: tais-toi aussi, le fait de ne pas travailler te retire toute voix. Tu pourras parler quand tu travailleras... auras gagné le droit de te taire, donc.  Demandez alors, encore, une deuxième fois, aux grévistes des HUG, ce qu'il en est des rapports de force quand on touche à la dignité et qu'en plus on la monnaie!

Les indignes indignés réclament une dignité dans une société qui ne la donne plus d'office, mais la troque, et d'une manière révocable en échange d'une utilité, d'un travail, ou d'un silence. Il y a dans cette occupation du terrain des bastions quelque chose qui, au-delà d'une contestation, est un geste de réclamation d'un sol, d'une appartenance, en résumé: d'un territoire.

Monsieur Hessel, mondialement connu leur rend une visite de courtoisie, le Maire de Genève leur propose l'expulsion, et le nettoyage de l'espace au nom d'une hygiène publique et d'une équité de traitement! Mais que vaut l'équité de traitement dans un système inégal si ce n'est qu'elle favorise encore plus les inégalités? Et en quoi l'occupation d'un espace public par le public, brise-t-il une équité de traitement, si ce n'est dans le sens que contester est aujourd'hui devenu payant et que tout s'évalue à l'aune du pognon? Ceux qui ne veulent pas payer pour s'indigner devront rester chez eux, et s'ils n'ont pas de chez eux, eh bien ils devront aller ailleurs. Demandez encore, une troisième fois, aux grévistes des HUG, ce qu'il en est des rapports de force quand on touche à la dignité et qu'en plus on la monnaie! Demandez aux nettoyeurs, grévistes des HUG ce qu'il en coûte de s'indigner.

Il est possible que les indignes indignés soient balayés. Il est possible que toujours plus d'indignes demeurent silencieux et chez eux, cloîtrés. Il est possible que l'espace soit nettoyé. Il est possible que l'on réaffirme que la dignité se marchande, se mérite.

Mais il est aussi possible, et cela dépend de chacun-e, que l'on s'interroge sur ce que les indignes réclament;  ce que l'indignation recouvre de devoirs mais aussi de droits et ce qu'elle inclut, dans ce mouvement même, de dignité et de solidarité, aux Bastions comme à l'hôpital.

 

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