sylvain thévoz

24/11/2011

Bagage de la transparence

racard06 012.jpgL’exclu rabat tout ce qu’il peut de lui pour faire vêtement, et ce qu’il rabat de lui est son envers. C’est peut-être de la démence, c’est de la lucidité aussi. Ainsi, faire de son peu une richesse, une contestation, c’est un vêtement « comme un autre ». C’est en tous les cas le seul à disposition.  

 


Bagage de la transparence. Ne lui enlevons pas cela. Allons-y doucement sur les représentations, et les attentes. L’exclu, on peut le dire hors-réalité, il est plutôt « autre-réalité », entre, et il s’oppose à la prétention folle d’Une réalité composée avec la misère au-dehors et les exclus hors de l’exclusion ; une vision folle des citoyens en souffrance bien rangés, invisibilisés. La transparence, elle est dans le regard, derrière, il y a les vies : leur consistance, fragilisée, opacifiée aussi. 
 
Déni de la démangeaison qu’est l’exclusion, de sa crainte, dans toutes les classes et toutes les têtes. Proposition d’une exclusion bien rangée, cadrée, dans des lieux et sur des individus stigmatisés. Délire de penser une citoyenneté sans blessures, unifiée autour de ceux du dedans, contre ceux du dehors. Les exclus : ceux qui, basculés dans la culture de l’exclusion (avec son langage, ses silences, ses replis et ses manques), sont hors du culte de l’argent et de la sécurité, racontent les failles, les brisures, d’une mécanique sociale qui broie et décline sur diverses gammes, des ulcères au soliloque, de l’alcoolisme à la folie, la brisure, le détournement, la déterritorialisation.

On pourrait se réjouir qu’un peu de Roumanie vienne à Genève, un peu de « Romanie » c’est aussi exotique qu’un bar à vin ou un restaurant Thaïlandais, non ? Mais non. Car si c’est l’exotisme que nous cherchons, (ce nous des inclus, des situés) nous prenons un avion pour Berlin ou Lisbonne, direct. Nous allons vers, nous n’accueillons pas. L’exotisme c’est : « où je veux quand je veux », et non l’autre qui s’impose à moi dans ses failles et ses fragilités : « Je suis aussi ici chez moi ».
 
Pourtant, c’est aussi un dépaysement, un métissage, une partie de la brutalité des rapports de force et de pouvoir qui agitent le monde, la Romanie à Genève. Mais celui qui vient d’ailleurs pour être ici et ceux qui d’ici souhaitent aller ailleurs, ils se croisent où ? Dans la rue ? Non. Pas là, non. Car ce n’est pas agréable la détresse devant les yeux. La détresse, ce n’est pas supportable. C’est violent.

Pourtant, l’autre est aussi ici chez lui, car il n’appartient à nulle part ailleurs. Et celui d’ici, il est d’ailleurs, souvent. Exclu de son propre lieu d’appartenance.

« Citoyens du monde »: voyage à sens unique ?

15:11 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : exclusion, marginalité, violence économique, sans abri | |  Facebook |  Imprimer | | |

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