sylvain thévoz

16/11/2011

Certitude de l'insécurité

KAlifornia 011.JPG"Abriter les SDF, la demande croît" titrait le Courrier ce week-end. Accompagné par la baisse des températures, l’abri de la protection civile a donc ouvert ce lundi, et les sans-abris ont retrouvé leur toit d'hiver. Le constat est posé. Cette problématique d'être "sans" (abris, logements, ressources) touche des personnes venues de tous les horizons et n’épargne plus les plus jeunes. Femmes, jeunes, anciens, Suisses, Roms n’en meurent pas (grâce au dispositif d'accueil) mais tous en sont frappés. Certitude de l’insécurité, celle de la précarité et des fragilités des attachements. C’est devenu une banalité, une banalité du mal.


Mais pour celui qui est dans l’exclusion, ce n’est pas que cela va bien, ou mal, c’est que cela va autre désormais. De citoyen, il est devenu exclu et d’exclu, paria. Pour pouvoir s’approcher de lui, il faut maintenant se laisser altérer. Devenir un peu de la peur de l’autre donc, et répondre à sa provocation (pro vocare, appel à l’aide, silencieux ou non). Mais comment ? Cela implique nécessairement un sacrifice, d’une part de sécurité psychique et de protection par la mise à distance du « surtout pas moi ». Oui, le surplus d’exposition, c’est un risque, et c’est souvent in-supportable.

Pour cela, on délègue des professionnels pour ce travail, des spécialistes. S'il n’est plus supportable d’être tenu pour responsable de son prochain, de la misère de l’autre, il n’est pas facile de s’en défausser non plus, et de passer son chemin. Cela a un coût interne fort. On est bien toujours encastré dans le visage de l’autre, et le visage de l’autre, ou sa main qui dit : tu n’es plus ici dans le jeu du passe-passe ou de la séduction, de la virtualité d’un rapport bien agencé, mais tu es dans le passage à l’essentiel : ma misère, ta misère, notre soumisison à une violence commune.

« Cachez ce rom que je ne saurai voir ». Interdire la mendicité, éparpiller les exclus? On peut penser dormir ainsi, sinon tranquille, du moins : rassuré. Car c’est la loi qui le dit. Et le problème : c’est toujours l’autre, pas moi. Mais « le problème » demeure, car il est structurel, économique. C’est un pur produit du capital et de sa nécessaire production de déchets, de rebus, de chutes. Il est celui de la démonétarisation de la cote de l' humain, de la dévaluation de l'être et de sa marchandisation forcée. Nul n’est irremplaçable, clair, mais la brutalité avec laquelle des entreprises bien portantes font passer leurs bénéfices optionnels à une certitude de condamnation à la survie pour leurs employés est criminelle et devrait, en tant que telle, relever du code pénal. 

« En temps de crise, les gros maigrissent et les maigres meurent ». C’est peut-être ce qui a poussé Nicole Guedj, Secrétaire d’Etat aux droits des victimes, en France, de plaider pour la création d’une agence nationale des sans-abris afin d’anticiper les basculements ou, du moins, de faciliter, par plus de coordination, leur accueil dans des lieux appropriés. Il semble qu’il faudra pourtant aller beaucoup plus loin sous peine d'accepter de voir nié à des citoyens le droit de l’être et les condamner à la relégation et à la dépossession de leurs droits humains premiers (d'appartenance à une communauté, de travail, de logement, de santé).

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