sylvain thévoz

25/10/2011

Du destop pour les artères fiscales

arteres.jpgPour déboucher les artères fiscales, les socialistes ont lancé une double initiative (http://bit.ly/mQrOt8). L'une intitulée "pas de cadeaux aux millionaires" invite à supprimer les forfaits fiscaux. L'autre, nommée "pas de cadeaux aux multinationales" souhaite supprimer les allégements fiscaux. Pourquoi cette double initiative? Parce que si, selon le dicton, si on ne prête qu’aux riches, les plus petits ont de la peine à trouver des financements et s’épuisent avant d’être mangés. Il est donc urgent de faire sauter les caillots sanguins qui préparent l'infarctus social, et de redistribuer plus amplement les richesses. C’est-à-dire: que les plus fortunés contribuent d’une manière équitable aux coûts sociaux, environnementaux que leur présence occasionne.


Car la course au toujours plus gros est devenu une course au toujours plus gras. Ce qui ne rapporte pas trop semble ne plus rapporter du tout. Les banques jouent-elles encore leur rôle de soutien à la petite économie (PME et autres)? Non. Pour obtenir d’une banque un prêt de 50’000 francs il faut une garantie de 50’000! La mission sociale et cohésive que doit jouer l’entreprise financière disparaît en regard du pur profit. Il est donc vital que via un impôt juste et sa redistribution, on puisse préserver et soutenir les secteurs les plus fragiles et en priorité les PME (La Ville de Genève le fait directement via la Fondetec pour les entreprises qui ne correspondent pas aux critères des banques).


Si, aux USA, en 1970, 1% des habitants détenaient 10% des richesses, ils en détiennent 23% aujourd'hui. A Genève, même progression exponentielle des riches toujours plus riches. Le coefficient de Gini qui mesure le degré d'inégalité de distribution de revenus dans une société ne ment pas. Notre société est toujours plus inégalitaire. Bref, ça coagule dans les tuyaux et les richesses s'accumulent au profit des happy few uniquement. Mais si l'argent n'est pas redistribué par des impôts équitables, à quoi bon attirer encore des entreprises qui coûteront cher en terme de hausses de loyers et pèseront sur les infrastructures? Est-ce correct que les PME paient proportionnellement plus que les grandes firmes (société de négoce, hedge fund, holdings et autres) qui ne sont taxées qu'à 11,65% respectivement contre 24,3% pour les entreprises suisses (et bénéficient en plus du baume des allégements fiscaux?) Non. Ces injustices financières créent les conditions d’une crise sociale grave. Conséquence du bouchon vers le coeur: on risque la rupture d'anévrisme.

Les tentes plantées aux bastions, est-ce un hôpital de campagne? Un terrain pour des opérations à coeur ouvert? Le taux de cholestérol de notre société est proportionnel à la masse fiscale retenue par les plus gras. Pour s’en convaincre, on peut lire le dernier livre de Jean Ziegler, “Destruction massive” (Seuil). Car si l’argent, ici, n’a pas d’odeur et si l’on ne fait de cadeaux qu’aux riches sans regard éthique sur leurs pratiques, les conséquences, au Sud se paient cash par la malnutrition, la famine, et donc aussi des mouvements migratoires dont les pays du nord sont les cibles. L’économie globalisée doit impliquer une solidarité globalisée et cela localement, dès maintenant. Que faire? Comment intervenir? En prenant son stylo comme un scalpel. Car ces deux initiatives dont le terme est à fin décembre sont deux opérations à réaliser d'urgence pour la santé économique de notre canton. Du "distop" dans les artères fiscales, c’est désormais une possibilité pour ravigoter le corps social.

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