sylvain thévoz

08/10/2011

Homosexuel heureux

Homosexuel heureux, c’est les autocollants que l’on distribuait lors de la reprise des assises contre l’homophobie mercredi passé à Genève (www.federationlgbt-geneve.ch). Pourtant, la réalité décrite par les différents intervenants lors de cette journée n’est pas toute rose. Etre homosexuel, c’est avant tout des troubles de l’anxiété supérieurs à la moyenne et des risques de dépression accrus. Il y a jusqu’à 5 fois plus de risque de suicide chez les jeunes LGBT (Lesbiens gays bi trans).


Cette fragilité individuelle est intimement liée à la difficulté, pour l’ensemble de la société, d’accueillir les individus dans leurs différences et de leur créer des espaces plus inclusifs. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre le pouls dans les préaux d’école des flux d’insultes homophobes et de leurs banalisations. On peut aller au stade, ou simplement, au boulot aussi. La collectivité doit réagir, et donc commencer, dès l’école primaire, à sensibiliser les jeunes à ces questions, leur permettre de dire qui ils sont et ce qu’ils sentent en toute liberté. L’école est un lieu des possibles. Pour cela, foin du paternalisme, elle devra bien s’ouvrir à des interventions directes visant à la sensibilisation et aux témoignages de vécus. La projection du film “It’s elementary” de Debra Chasnoff, lors des assises contre l'homophobie, plaidant pour un traitement de la question de l'homosexualité dans les écoles a été un électrochoc. Elle a montré que, par rapport aux Etats-Unis, le chemin qu’il reste à parcourir en Suisse sur ces questions est énorme mais aussi et le pouvoir et le potentiel qu’a un film pour changer les mentalités.  

Les jeunes gays discriminés taisent en général leur souffrance à l’égard de leur propre famille par peur du rejet. Le secret, la souffrance est bien souvent leur seul « refuge ». On a vu, suite au débat en France sur la polémique concernant la publication dans un manuel Hachette d'une note sur la théorie du Genre, que les résistances sont nombreuses. Elles sont politiques, religieuses, idéologiques. En Suisse, UDC, PDC, PLR ont une conception de ce qu’est « LA » famille encore figée dans un imaginaire passéiste. Les familles d’aujourd’hui sont plurielles, recomposées, bourgeonnent au-delà des schémas traditionnels. Cette multiplicité va croître encore. Si le Conseil national a refusé aux couples homosexuels le droit à l’adoption à un courte majorité de 14 voix, il faut prendre cela avec une note d’espoir. C’est peu, 14 voix, les choses changent et les majorités vont bouger suite aux élection du 23 octobre prochain ! Pourtant, les milliers d’enfants vivant dans ces familles ne peuvent pas attendre indéfiniment que les changements sociaux s’inscrivent dans la loi. 86% des Suisses se disent prêts pour une reconnaissance de l’homoparentalité. Il faut donc maintenant que cela se traduise politiquement et juridiquement.

Etre homosexuel, c’est aussi vivre une exposition aux violences sociales accrues. Si, chez les moins de 24 ans, 18,4% des jeunes hommes disent avoir subis des violences, c’est 49,2% dans le groupe des jeunes gays qui est visé (chiffres de l’association Dialogai). Au niveau mondial, on constate une recrudescence des crimes à caractère homophobes. En Suisse, la police se heurte encore à des chiffres noirs. Le chiffre de reportabilité est seulement de l’ordre du 10% ou 20% c’est-à-dire que 80 à 90% des agressions contre les homosexuels ne sont pas reportés. Violences cachées. Pourquoi ? Parce que la peur du rejet et la peur du jugement prédominent encore sur l’application de la justice et surlignent le déficit de loi condamnant l’homophobie en tant que délit. Mais si les crimes à caractères homophobes augmentent, n’est-ce pas aussi parce que le mantra:  “pour vivre heureux vivons cachés” a fait son temps? Aujourd'hui, les gays prennent leur responsabilités, la tenue des assises le démontre. Au tour de la société dans son ensemble de prendre compte du changement. La question de la diversité doit, aujourd’hui, être traitée d’urgence, elle est incontournable.

Cette reprise des assises contre l’homophobie a permis de mettre les choses aux point. Homosexuel heureux, bien ! Mais ce bonheur sera véritablement possible uniquement dans un espace social qui se sera adapté aux individus plutôt que durci dans un moule utopique qui date de la Suisse d’avant-avant-hier cherchant à limiter les diversités pour se rassurer sur son identité.

20:42 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : homosexuel, diversité, justice sociale, homoparentalité | |  Facebook |  Imprimer | | |

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